FIN DES FONDATIONS
se vit en présence d'un archevêque trop tenté d'oublier ses promesses. II avait donné oralement toute permission, et cela devait suffire d'après le texte du Concile de Trente ; mais il trouva d'ingénieux moyens de reprendre sa parole, et il fit longtemps obstacle à l'établissement définitif. C'est que les couvents mis à la charge de la population étaient déjà bien nombreux; et il entendait que les nouvelles venues eussent non seulement leur maison à elles, mais leurs rentes. En attendant..., il voulait bien déclarer qu'il leur était loisible de s'en retourner. Sur quoi, la malade, toujours gaie, ne manquait pas de s'écrier : « Oui, les chemins étaient charmants, en vérité, et le temps magnifique pour se remettre en voyage! » D'autre part, l'archevêque bien pointilleux ne voulait pas que l'acquisition de la maison fût payée par les dots des religieuses amenées pour la fondation.
Sainte Thérèse avait été cependant sollicitée de venir à Burgos par les Pères Jésuites ; elle pouvait être surprise de voir en défaut leur prudence ordinaire et leur habitude du succès. Elle avait bien l'aide temporelle d'une riche dame, Catherine de Tolosa, et l'aide spirituelle de son provincial, le Père Gratien; mais celui-ci était si affligé de la triste situation de la Mère, que c'était encore à elle à lui donner du courage. Elle était loin de ces réceptions si enthousiastes et si touchantes des humbles villages. Tantôt c'était une femme qui, la voyant passer un ruisseau à côté d'elle, l'écartait brutalement et la jetait dans la boue. Tantôt c'étaient des hommes qui passant, dans une église, à côté de cette pauvre femme si mal vêtue, trouvaient qu'elle ne se dérangeait pas assez vite et la poussaient
du pied jusqu'à la faire tomber. Depuis la veille de Saint-Mathias jusqu'à celle de Saint-Joseph, elle logea dans un hôpital, travaillant toujours à aclieter une maison. Elle était là, au milieu d'autres malades auxquels elle distribuait les oranges ou les limons que Catherine de Tolosa envoyait pour elle. Aussi pendant les quelques semaines de son séjour elle se concilia tellement l'affection de tous qu'on demandait constamment à la voir : on se sentait soulagé par sa seule présence; quand elle sortit, on ne pouvait se consoler de son départ.
La vigueur morale poussée jusqu'à la perfection de l'héroïsme ne faiblissait donc pas; mais la nature pliait. Aussi la sainte ne peut-elle s'empêcher de remarquer que l'état d'esprit de ses compagnes n'est pas le même que le sien. Elle admire le peu de trouble dont elles sont affectées, leur gaieté qui reparaît si vite au sortir de toutes les diflBcultés, qui éprouve même un certain charme à s'en entretenir. Comme toujours son humilité trouve son compte à dire : c'est qu'elles sont plus obéissantes que moi. — Non ! c'était simplement que leur jeunesse réagissait davantage contre la crainte et l'abattement.
Enfin cependant, comme il était arrivé presque partout, on trouva à très bon compte une maison parfaite dont quelques communautés religieuses, par un aveuglement incompréhensible, n'avaient pas daigné s'accommoder. « Le jardin, la vue et les eaux en faisaient un séjour véritablement enchanteur. » L'archevêque qui vint visiter le tout en fut ravi ; et comme il n'y a tel que le succès pour faire tomber les préventions, « ce fut une joie immense dans toute la ville ». Le jour de l'inauguration, des musiciens qu'on n'avait pas convoqués vinrent d'eux-mêmes