‹ Sainte ThérèseChapitre 58 sur 59 · I. Voyez Lettres, III, igS · texte numérisé non relu

I. Voyez Lettres, III, igS

3, Pen^-être ^evenaiçût-ils, à son gré, trop italiens..,?

vue d'obtenir que tout se passât selon la justice, puis

— elle ne le dissimulait pas — en vue de leur maintenir, à eux et à leurs enfants, — dont elle plaidait quelquefois la cause avec une indulgence maternelle

— cette « considération » qu'elle jugeait nécessaire de ne compromettre à aucun point de vue. Aller plus loin dans Tordre temporel, elle ne le faisait pas ; elle jugeait que ce n'était pas son rôle ; et si elle eut avec son frère Laurent des relations plus abandonnées, plus confidentielles, c'est qu'avec lui elle parlait, comme elle le voulait, de Dieu et des choses saintes.

C'est à cette liberté qu'elle mesurait, en quelque sorte, la dose de confiance et d'amitié qu'elle réservait à ses amies. Dans Marie Briceno à la dévotion gracieuse, dans Marie Diaz à la pieté courageuse et familière, elle trouva des âmes qui ne lui furent pas inutiles. Dans la société de ses Carmels, elle eut deux groupes d'amitiés qui lui furent chères à divers titres : d'un côté la bonne sœur converse Anne de Sainl- Barlhélemy, sa providence visible dans les maladies et les fatigues, sa compagne inséparable, qu'elle guérissait par son seul attouchement, les jours où elle avait elle-même besoin de ses services ; et de l'autre, ces deux femmes de tète, qui avec moins de charme et de tendresse, la valaient presque par l'étendue de leur intelligence et la vigueur de leur volonté, Anne de Jésus, l'entreprenante, et Marie de Saint-Joseph, l'invincible*.

I. La première fut la grande introductrice du Carmél en France et dans les Pays-Bas. La seconde qui mourut prieure à Lisbonne, est l'auteur d'une admirable Instruction sur la manière de gouverner les religieuses (traduite partiellement par le P. Bouix dans son édition des Lettre» de sainte Thérèse).

Elle trouvait en elles deux, beaucoup plus accusée que chez elle-même, cette pointe — comment diraije ? — de féminisme (pour employer un mot compris de tous aujourd'hui) qu'on rencontre assez souvent chez les religieuses, fussent-elles carmélites ; car toutes les deux paraissent avoir pris contre les confesseurs qui ne leur plaisent pas des précautions assez énergiques: sainte Thérèse en rapporte quelquesunes sans peut-être les louer précisément, mais bien certainement sans les blâmer*.

Quand elle écrit à ces deux femmes, elle se sent visiblement en présence d'âmes très fortes, et elle les traite comme telles : dans les éloges et dans les marques d'amitié, comme dans les reproches qu'elle leur adresse, rien n'est médiocre. A l'une comme à * l'autre, elle aurait pu dire ce qu'elle écrit à l'une des deux: « Ma fille et ma couronne, je ne me lasse pas de remercier Dieu de la grâce qu'il m'a accordée en amenant Votre Révérence à notre Ordre » . Il en est une des deux cependant vers laquelle elle était portée par un penchant plus vif: elle ne le cache pas, et elle ne cache pas non plus qu'elle en souffre quelquefois. Il s'agit de Marie de Saint- Joseph.

Sachant un jour cette prieure malade, la fondatrice écrivait au P. Gratien : a Si elle venait à mourir, nous perdrions en elle le meilleur sujet de l'Ordre. Quant aux fautes qu'elle a commises, elle en est tellement corrigée, paraît-il, qu'elle n'agira plus maintenant qu'avec sagesse. Je l'aime beaucoup. N'oubliez pas de la recommander instamment à Dieu. Le monastère de Séville serait en quelque sorte

I. Voyez Lettres, II, p. 'jS (ëdit. du P. Grégoire de Saint Joseph) et dans l'édit, du P. Bouix, t. II, p. S^i.

perdu, supposé qu'elle vînt à manquer. » Tel est en gros le senlinaent de la sainte. Mais en voici une traduction adressée directement h Tintéressée elle-même, alors que c'est un peu la femme qui parle à la femme. « Vos lettres m'ont procuré une telle joie, que j'en ai été attendrie, mais tous ces pardons que vous me demandez me font rire. Pourvu que vous m'aimiez autant que je vous aime, je vous pardonne tout le passé et même l'avenir. » Et dans une autre lettre elle lui dira encore : « Je ne sais pas pourquoi je vous aime tant ».

Dans ce passé et dans cet avenir, qu'y eut-il donc qui méritât tant d'être pardonné ? Laissons de côté une petite discussion sur une maison qu'il s'agissait ou de garder ou de quitter dans Séville. Toutes les deux avaient là leurs volontés bien arrêtées de part et d'autre et qui ne concordaient pas. L'une trouvait que sa maison était malsaine, et elle voulait changer. L'autre voulait que l'on restât où on était parce qu'on y avait un beau jardin et une belle vue. « Je lui ai écrit, dit-elle, des lettres tembles ; c'est comme si j'avais frappé sur une enclume. » Mais au fond, ce qu'il y avait surtout, le voici : Sainte Thérèse s'adressait ici à une personne de vingt ans moins âgée qu'elle; un amour vraiment maternel s'ajoutait donc à celui d'une âme toujours aussi avide d'être aimée que d'aimer, avide également de franchise et d'abandon. Or, sous ce rapport, Marie de Saint-Joseph, si étonnamment douée qu'elle fût, ne valait pas la fondatrice : ce que celle-ci lui reproche donc le plus, c'est son trop de réserve. Peut-être à la vérité, la grande sainte était-elle là victime de ce respect profond et de cette admiration qu'inspirait, de sou vivant même, le mystère de ses grâces et dç §ç§

vertus. Mais c'était là encore une idée qui ne pouvait même pas se présenter à son esprit, et le regret dont cette naïve ignorance est la cause ne fait que donner à sa plainte un charme de plus*.

I. En ne cachant pas les démêlés de notre héroïne avec quelques jésuites, ai-je voulu prolonger une sorte d'antagonisme entre une partie du Carmel et la Compagnie? A Dieu ne plaise I Une supérieure de Carmélites m'écrit que, dans son ordre, a les âmes conduites par des voies plus particulièrement spirituelles trouvent chez les jésuites des directeurs aussi sûrs et aussi larges » qu'elles peuvent le souhaiter. Je n'en doute pas. Tout au plus ferai-je observer que l'expérience de sainte Thérèse et les enseignements qui se sont dégagés de ses plaintes n'ont pas pu être inutiles aux successeurs du P. Alvarez. Les saints sont faits pour donner des leçons. Ils n'en donnent pas' seulement à ceux qui ne sont pas saints; ils s'en donnent réciproquement, et ils en profitent mieux que les autres.

Sur les rapports de la sainte avec sa famille, le P. Grég. de Saint-Joseph me donne ce fragment inédit, venu de Quito. Voici en quels termes touchants la sainte rappelait à son neveu, le fils de Don Laurent, qui allait se marier aux Indes, une fillette illégitime dont elle avait,'semhle-t-il, pris la charge.

« Cest une grande miséricorde de Dieu que vous ayez pu rencontrer si bien et vous marier si promptement^ car vous avez commencé de si bonne heure à vous dissiper que nous aurions eu beaucoup de peine à votre sujet, ^Je vois par là combien je vous aime. Certes^ je suis profondément affligée de V offense qui a été faite à Dieu, mais, quand je vois cette enfant vous ressembler si bien^ je ne puis ni empêcher de ^accueillir et de Vaimer beaucoup, Cest étonnant comme elle rappelle, toute petite qvùelle est, la patience de Thérèse, Dieu veuille en faire sa servante! car ce n'est pas elle la coupable; aussi vous ne devez rien négliger pour qu'elle soit bien élevée : quand elle sera plus âgée, il ne faudra pas la laisser où elle est : elle sera mieux chez sa tante; nous attendrons pour voir ce que Dieu veut en faire. Fous pouvez envoyer ici une certaine somme d'argent que P on placerait, et les rentes serviraient à sa subsistance. Certes elle le mérite, car elle est très gentille. Il n'eût pas été nécessaire de nous envoyer de Vargent pour elle, si ce monastère ne se trouvait actuellement dans la plus grande pauvreté. »

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