ACTE V
Ne questionnez point celles qui parlent peu; On a le droit d'avoir des secrets avec Dieu.
Elle tourne encore une page.
Si l'une tombe en faute, imprudente colombe. Blâmez-la; blàmez-la, si la pauvre y retombe; Mais, la troisième fois, n'ayez point l'air fàclié : C'est que Dieu s'est gardé le soin de ce péché. »
Juana attend, la plume levée. Thérèse rêve, et dicte.
THÉRÈSE
« Les uns, dans les transports et dans les morts vivantes
Des pâmoisons où Dieu s'accorde à ses servantes,
Voient l'effet du mensonge ou de quelque vapeur ;
D'autres, l'illusion de l'Eternel trompeur;
Rt veulent que d'un cœur inflexible on les mate
Par l'outrage, les fers, l'ombre, la casemate.
Le froid du gel sous les pieds nus. Contrairement,
J'ai connu que l'extase et le ravissement
Bien loin de mériter des peines ni des blâmes,
Sont efficaces pour l'avancement des âmes.
Ainsi... »
Elle aperçoit une très vieille religieuse, qui, d'une main tenant une lanterne et descendant à reculons, lave l'étroit escalier à gauche. — Elle va vers elle.
Que vous peinez, bonne mère !
LA VIEILLE RELIGIEUSE
chancelante
En effet.
Pour mon bien. J'obéis, comme j'ai toujours fait.
Elle s'approche.
Au loin confus des jours, où le passé sommeille, (Je n'ai plus toute ma connaissance, étant vieille), J'avais le soin, je crois, des chaînes, du poteau, Et des verges de fer et du San Benito.
iga SAINTE THERESE.
Je flagellais les sœurs à l'orgueil réfractaire, J'obéissais. C'était du temps qu'au monastère Prophétisait, pareille à la femme d'Endor, Une sainte hagarde et farouclie, aux crins d'or. Je suis l'une, à présent, des quatre sacristines. Pour mon bien. Dans la nuit, je sonne les matines, — Vous avez entendu? — puis, l'escalier lavé. Je puise de l'eau pure et lave le pavé De l'autel. Je n'ai pas toute ma connaissance.
THÉRÈSE
songeuse
Harmonier l'amour avec l'obéissance !
La religieuse, tenant le seau, veut aller vers la fontaine sur la terrasse.
THÉRÈSE
Non.
Elle conduit la vieille vers la chaire, la fait
s'asseoir.
Reposez-vous là.
Elle retourne vers le seau, le soulève et dit à Juana :
Je continue.
Elle va vers la fontaine, elle remplit le seau en dictant.
« Ainsi, Toutes s'humilieront...
Elle regarde la vielle nonne dans la chaire.
...comme a fait celle-ci...
Elle revient, le seau à l'épaule, vers l'autel, en dictant toujours.
« Mais l'une au moins, sachant qu'à la Samaritaine Jésus demandait mieux que l'eau de la fontaine.
Elle s'agenouille devant l'autel, incline le seau, se penche elle-même.
Vers lui répande, à l'eau moins pure la mêlant, La limpide fraîcheur de son cœur ruisselant ! »
Elle répand l'eau, elle offre son cœur.
L'orgue a commencé de chanter, très vaguement,
dans l'église.
Deux par deux, trois par trois, les Carmélites cha-