‹ Sainte ThérèseChapitre 12 sur 146 · D0> AI.I'HONSO SANCHEZ DE CEPEDA · texte numérisé non relu

D0> AI.I'HONSO SANCHEZ DE CEPEDA

Seigneur prêtre! la paix du Christ soit avec vous! Ma fille meurt. J'ai vu la croix, près de l'église, A ce vitrail. Asile! et que Dieu vous élise.

Entrez, venez.

Sœur .luana entre la première, à reculons, puis on voit une très jeune religieuse du Garnie!, extrêmement pâle et secouée de convulsions, que soutient, que porte, aidée de deux servantes, la vieille Lisoarda. Don Sanchez les a rejointes. Ervann, plus proche, désigne le fond dn l.i piècp.

rnoLOGUE. 19

Le lit csl là. De ce côté.

La jeune carmélile, en passant, toujours portée, a levé et tourné un peu la tète, pour saluer son hôte.

THÉRÈSE

Pardon, mon révérend.

Son visage a paru tout entier, très clair, sous la clarté nocturne de la porte, et sous une autre lueur aussi, qui vient de l'autel ; sans doute le vent du dehors a rallumé la cire mal éteinte.

0 blancheur! ô beauté!

La croix est-elle donc une enseigne d'auberge, Ervann? que feras-tu de ces gens-là?

EUVANX

de qui les rcirards sont allés de la religieuse à l'autel

Le cierge S'est rallumé!

XIMEIRA

singulièrement troublée

Parfois, il en arrive ainsi Sous le vent...

A elleniéuie .

Qu'est-ce donc?

Elle remonte vers le fond sonihre à gauche. Presque invisible dans l'obscurité, elle observe, inquiète. Thérèse a été étendue sur le lit par Dona Juana Suarez (Sœur Juana), la vieille Lisoarda, et don Alphonse Sanchez de Cepeda.

THÉRÈSE

Je suis très bien.

Un peu soulevée, vers Ervann :

Merci.

Puis elle demeure inerte. Les deui servantes, après avoir posé sur la table deux lanternes, un manteau et un colTret, se retirent avec les valets qui referment la porte.

Le père de Tiiérèse est debout, pleure silcncieuse- ♦n'^nt, derrière le chevet. Sifur Juana. ù >,'cnouï(

tient dans ses mains les deux maios de TJiérèso ;

la vieille Lisoarda, assise au pied du lit, dit son

chapelet.

Ln silence.

Enfin le vieux gentilhomme s'avance vers son

hôte.

Doy sa:vchez

'avec cérémonie

J'ai rang- d'écuyer noble an blason de Casfille, On me nomme Alphonso Sancliez.

Montrant Thérèse :

Voici ma fille.

Sa voix s'est étranglée, il se soutient à peine : avec l'aide d'Ervann, il s'assied dans un large lauteuil, entre l'autel et le lit, il reprend :

L'autre année, au couvent de l'Incarnation

D'Avila, ma Thérèse a fait profession.

Il m'en coûtait de voir mon veuvage s'accroître,

Ma femme étant au ciel, de mon enfant au cloître;

Elle était si jolie, elle avait tant d'esprit,

Riait tant, que Jésus l'aimait et me la prit.

A ive, active, elle fut dans la ruche morose

Lne abeille avec des fragilités de rose.

La Règle a ses rigueurs; le jeûne, l'oraison

Exténue ; on n'a pas, trop loin de la maison

Paternelle, les soins où l'on avait coutume;

Et le miel du Seigneur n'est pas sans amertume.

Elle pâlit, devint malade, elle changea

Au point qu'on l'aurait crue en ivoire déjà

Comme aux bénitiers dor sa sainteté future.

Le couvent d'Avila n'ayant pas de clôture.

Je la repris chez moi, pour la soigner. En vain.

Les savants ignoraient le mal, mortel levain.

Qui lui montait du cœur en mousse rose aux lèvres.

Il s'acharna, tordant les petits bras mièvres

Qu'on voyait, dès qu'au lit elle voulait bouger.

Fléchir sous un fardeau devenu si léger.

Elle, comme à des Heurs qu'on jette par poignée.

Riait, les yeux ravis, bien mieux que résignée,

Heureuse, et répétant : « Je n'ai pas mérité

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