‹ Sainte ThérèseChapitre 123 sur 146 · ACTE V · texte numérisé non relu

ACTE V

Elle la fait voir aux Carmélites les plus proches qui, tour à tour, dans une surprise effarée, regardent le portrait et regardent Thérèse.

J'étais ainsi; clairs yeux tendres, limpidité D'âme vierge où l'amour levant s'est reflété; Et la robe couleur d'une neige récente Semble d'une martyre enfant...

Thérèse a tressailli. Ximeira remet le portrait dans sa ceinture.

Puis, grandissante, Notre-Seigneur me prit toute, implacablement. Je l'adorais d'un si délectable tourment Que comme une fleur s'ouvre à l'épinier des haies Je pâmais vers sa croix, en exigeant des plaies! Les siennes ressaignaient de douceur sous mes pleurs. En expiation de ses chères douleurs J'aurais voulu, meurtrie, avec plus de supplices Qu'il n'en subit, lui faire un gibet de délices, Et tel fut son amour de mon zèle à souiTrir Qu'il m'envoya le mal dont j'espérai mourir. Bon mal! Déchirement bénit, d'où l'âme sorte! Afi"res sublimes du salut! Morte! enfin! morte, Pour qu'à l'assomption de ma virginité S'ouvrît le paradis de l'hymen mérité!

Après un court silence :

Mais le démon guettait, ô Jésus, ta conquête.

Et la vola. Ce fut par un soir de tempête.

Que, souverain du monde et prince des semblants,

Entre l'époux mystique et mes pieux élans

Il érigea d'un art où l'enfer se raffine

L'humaine illusion de l'essence divine

Et désormais sans souvenir de temps, de lieu,

De nom, même oubliée, elle seule fut dieu!

Thérèse, la poitrine battante, est debout sur la plus haute marche de la chaire.

Hélas! je devenais plus douce d'heure en heure. C'était l'humanité qui me faisait meilleure. Par un terrestre soin que je ne savais pas, J'espérais mon salut des mérites d'en bas,

igS SAINTE THERESE.

Le dogme slrict, comme im faisceau qui se desserre,

S'émouvait en clémence. Est-il donc nécessaire

De joindre au crime un crime aussi : le châtiment?

Et la justice a tort, car l'amour la dément.

J'excusais l'hérétique et je plaignais l'athée.

Pour une pauvre chair, ma chair déchiquetée

Se dévoua, j'aurais prié pour Belzebulh !

Et, toute l'àme encor tendue au divin but,

Dans le spasme spirituel et les paresses

De l'oraison qui rend la prière en caresses.

S'insinuait si bien grâce aux malins esprits

Le vrai désir, toujours subi, jamais compris.

Que, sauve cependant de faute volontaire.

Il me fallut, comme aux accordailles sur terre

Un fiancé qu'on peut toucher avec la main,

Voir mon céleste amant, proche et réel, humain.

Je le vis! L'Orient nuptial qui se lève

Dans ses yeux me darda d'une flamme de glaive.

Et mon cœur en saignante extase dilaté

Se mourait d'agonie et d'immortalité !

Dès lors, ambition de miracle assouvie,

Je fus l'âme en habit de noces, dès la vie

Ivre du vin sacré des célestes Cana...

Mais, du fond de l'embûche obscure ricana

Le Maudit! a Crois-tu donc, présomptueuse dupe.

Que l'infini d'un être ou d'un moment s'occupe?

Qu'il s'adapte à l'espoir cliétif dont tu le crois.

Plus haut si tu grandis, moindre si tu décrois?

Tu contemplas pareil à l'adorable idée

Dont tu fus en l'erreur sans péché possédée.

Dieu fait homme? non pas, mais le Dieu qu'en effet.

D'un homme, le mensonge extatique avait fait;

Et tu n'aimas, vêtu de ta propre chimère.

Chercheuse d'éternel! qu'un passant éphémère! »

Je criai : a Hors de moi! Tentateur! Dieu m'a lui!

Dieu seul, et je romprai ta malice! » Mais lui :

(( Tu les rétracteras, ces dévotes bravades;

Le piège est trop puissant pour que tu t'en évades !

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