PROLOGUE. 3l
ERVA>'>
Que ferais-je pour être en Dieu rapatrié?
THÉRÈSE
11 vous l'enseignera, quand je l'aurai prié.
Elle va vers l'Ecce Homo. Elle s'agenouille, elle
prie, en regardant l'image.
Ervann. f)encLc, un peu loin, vers elle, l'admire
passionnément.
ERVA>N
Au fond de ma noirceur qui s'illumine toute, Son oraison comme la lampe d'une voûte Brille, et brijle ma faute en des spirales d'or!
Il a peur de ce qu'il éprouve.
Si ma résipiscence était du crime encor!',..
vers le Christ
Amen.
La face tout eïtasiée encore, elle se tourne vers Ervann, — elle tressaille.
Ah!
Elle sourit, se rassure.
Dans mes yeux j'avais gardé mon rêve...
Simpleuienf, fortement :
Vous partirez avant que le soleil se lève.
ERVA>>
Oui.
THÉRÈSE
Si celle oii l'enfer avait mis ses appâts Vous appelle en pleurant, vous ne répondrez pas.
EUVA>N
Je n'entendrai pas.
THÉRÈSE
Si la succube tenace Crie, et lève un couteau sur soi-même, et menace De vous barrer d'un corps de morte le chemin...
Elle hésite, comme dans un attendrissement. Elle se maîtrise.
Aous ne lui prendrez pas le couteau de la main Et passerez.
Sa SAINTE THERESE.
EUVANN
Je passerai.
THÉRÈSE
Si, haletante, Elle vous frappe et rit an sang, d'un rire fou, Vous la repousserez...
Elle lii'silo, comme tout .î l'iieure.
...en lui serrant le cou (Car l'Ange piétina Lucifer, et Saint George A fait rendre l'Enfer au Dragon par la gorge!) Et passerez.
Je passerai.
THÉRÈSE
Mais dans la chair Vous garderez jusqu'au plus proche autel le fer Et l'oUVircz avec le sang qui s'en égoutle.
ERVA>>
J'offrirai ma hlessure et je suivrai ma roule.
THÉRÈSE
Pieds nus, ayant troqué votre robe aux haillons
D'un mendiant; brûlé des torrides rayons
Ou cinglé par la neige aux blafardes furies;
Chassé des bourgs, logeant dans les léproseries
Près des hideux grabats où votre charité
Ne prendra point le mal pas encor mérité;
Du pain qu'on vous jeta pour vous seul économe.
Vous marcherez dans les opprobres jusqu'à Rome
Afm que le Saint-Père à vos pieux desseins
Accorde le congé du voyage aux Lieux Saints.
Si, pour payer votre passage en Palestine,
A bord d'une tartane ou d'une brigantine,
Une aumùne vous est offerte, acceptez-la,
Mais, comme fit don Inigo de Loyola,
Sur un pavé du port laissez tomber la somme
Dont se réjouira la misère d'un homme,
Et montez sur la nef, pèlerin indigent»