ACTE 111. j3i
Reparût dans sa gloire et dans sa pureté !
Rome, puissante, frappe, ou, séduisante, enjôle...
J'ai dit : non ! Fers aux pieds, fers aux mains, dans la geôle.
J'ai, pour le Verbe vrai qu'avant moi tu prêchas,
Mangé le pain de boue et bu l'eau de crachats!
Et maintenant j'ai fui. J'apporte à ma patrie
La Nouvelle certaine et la bonne Latrie;
Je vous partage à tous; j'épargne au cœur qui bat
Les impudicités mornes du célibat;
Et quand, seule colombe en la ville couvée,
L'amante, par celui qu'elle sauva, sauvée.
Me suivra dans ma route et dans votre chemin.
Votre Espagne arrachée à l'eunuque romain
Sera devant l'église instituée en temple
Libre dans le Seigneur, et couple, à notre exemple I
Il monte; il va redresser la croix, afin de pouvoir passer.
Laisse-moi donc aller, Maître! où tu me conduis!
Mais en regardant au delà, devant lui, vers le précipice invisible, d'où montent des rougeurs de fumée et de profonds bruits, sourds encore, il s'arrête.
Prodige! ou vision du vertige des nuits!
Le vaste val se meut et se hausse et se creuse
En compact ondoîment de rougeur ténébreuse,
Et c'est le ilux, ici lent fleuve, et là torrent.
D'un mystérieux peuple obscur et murmurant
A qui le craquement des forêts allumées
Fait sous le ciel un ciel de flamme et de fumées.
Et il voit, par le sentier, descendre, en se poussant, en rampant, des formes horribles d'hommes, du femmes, d'enfants, estropiées, hâves, sinistres... C'est comme un grand reptile de hideurs. Et, de là-haut aussi, des cimes de neige, descendent des figures mélancoliques, grotesques, effrayantes, vers le gouffre où les fumées s'épaississent, où les clameurs s'exaspèrent, sourdement encore.
Oh ! haillons de déchu ! lambeaux d'inachevé ! Ces êtres !...
Il recule vers les ruines du temple.
Suis-je fou, Ciel ! ou si réprouvé
l3a SAINTE THERESE.
Qu'à seulement loucher le crucifix j'évoque Tout un infâme enicr d'épouvante et de loque.
A gauclic, au premier plan, de l'ouverture des roches monte une très vieille femme, la robe Hoc de lierre, et qui porte sur ses cheveux blancs une guirlande de verveines et de violettes ; pendant qu3, des hauteurs de gauche, descend un très vieux homme, habillé d'une peau do bique, appuyé sur un grand bâton où il y a, en haut, des feuillages flétris, et, en bas, le Tau, renversé.
LA SORCIÈRE
Salut, berger, là-haut.
LE BERGER
Salut, vieille, là-bas.
LA SORCIÈRE
Voilà trente ans, berger, qu'aux pàques des sabbats,
LE BERGER
Qu'aux pâques des sabbats, vieille, nous nous assîmes,
LA SORCIÈRE
Moi, larve des ravins, et toi, spectre des cimes.
LE BERGER
Nous sommes le concert, toi, taupe, et moi, hibou, Du songe avec l'erreur, du gouffre avec le trou, Qu'apportes-tu ce soir ?
LA SORCIÈRE
Le viol et la folie Faits de sang d'hirondelle et d'une herbe jolie. Ce soir, qu'apportes-tu?
LE BERGER
La peste, le gibet Et vingt, désastres lus au stellaire alphabet.
LA SORCIÈRE
qui se souvient mélancoliquement
"Vierge, c'est des bouquets qu'on fait dans la prairie... Mais quelqu'un prit la serve et la laissa meurtrie.
LE BERGER
qui se rappelle avec mélancolie
Enfant, je souriais d'amour à l'infini...