‹ Sainte ThérèseChapitre 84 sur 146 · ACTE 111. j3i · texte numérisé non relu

ACTE 111. j3i

Reparût dans sa gloire et dans sa pureté !

Rome, puissante, frappe, ou, séduisante, enjôle...

J'ai dit : non ! Fers aux pieds, fers aux mains, dans la geôle.

J'ai, pour le Verbe vrai qu'avant moi tu prêchas,

Mangé le pain de boue et bu l'eau de crachats!

Et maintenant j'ai fui. J'apporte à ma patrie

La Nouvelle certaine et la bonne Latrie;

Je vous partage à tous; j'épargne au cœur qui bat

Les impudicités mornes du célibat;

Et quand, seule colombe en la ville couvée,

L'amante, par celui qu'elle sauva, sauvée.

Me suivra dans ma route et dans votre chemin.

Votre Espagne arrachée à l'eunuque romain

Sera devant l'église instituée en temple

Libre dans le Seigneur, et couple, à notre exemple I

Il monte; il va redresser la croix, afin de pouvoir passer.

Laisse-moi donc aller, Maître! où tu me conduis!

Mais en regardant au delà, devant lui, vers le précipice invisible, d'où montent des rougeurs de fumée et de profonds bruits, sourds encore, il s'arrête.

Prodige! ou vision du vertige des nuits!

Le vaste val se meut et se hausse et se creuse

En compact ondoîment de rougeur ténébreuse,

Et c'est le ilux, ici lent fleuve, et là torrent.

D'un mystérieux peuple obscur et murmurant

A qui le craquement des forêts allumées

Fait sous le ciel un ciel de flamme et de fumées.

Et il voit, par le sentier, descendre, en se poussant, en rampant, des formes horribles d'hommes, du femmes, d'enfants, estropiées, hâves, sinistres... C'est comme un grand reptile de hideurs. Et, de là-haut aussi, des cimes de neige, descendent des figures mélancoliques, grotesques, effrayantes, vers le gouffre où les fumées s'épaississent, où les clameurs s'exaspèrent, sourdement encore.

Oh ! haillons de déchu ! lambeaux d'inachevé ! Ces êtres !...

Il recule vers les ruines du temple.

Suis-je fou, Ciel ! ou si réprouvé

l3a SAINTE THERESE.

Qu'à seulement loucher le crucifix j'évoque Tout un infâme enicr d'épouvante et de loque.

A gauclic, au premier plan, de l'ouverture des roches monte une très vieille femme, la robe Hoc de lierre, et qui porte sur ses cheveux blancs une guirlande de verveines et de violettes ; pendant qu3, des hauteurs de gauche, descend un très vieux homme, habillé d'une peau do bique, appuyé sur un grand bâton où il y a, en haut, des feuillages flétris, et, en bas, le Tau, renversé.

LA SORCIÈRE

Salut, berger, là-haut.

LE BERGER

Salut, vieille, là-bas.

LA SORCIÈRE

Voilà trente ans, berger, qu'aux pàques des sabbats,

LE BERGER

Qu'aux pâques des sabbats, vieille, nous nous assîmes,

LA SORCIÈRE

Moi, larve des ravins, et toi, spectre des cimes.

LE BERGER

Nous sommes le concert, toi, taupe, et moi, hibou, Du songe avec l'erreur, du gouffre avec le trou, Qu'apportes-tu ce soir ?

LA SORCIÈRE

Le viol et la folie Faits de sang d'hirondelle et d'une herbe jolie. Ce soir, qu'apportes-tu?

LE BERGER

La peste, le gibet Et vingt, désastres lus au stellaire alphabet.

LA SORCIÈRE

qui se souvient mélancoliquement

"Vierge, c'est des bouquets qu'on fait dans la prairie... Mais quelqu'un prit la serve et la laissa meurtrie.

LE BERGER

qui se rappelle avec mélancolie

Enfant, je souriais d'amour à l'infini...

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