‹ Sainte Thérèse; drame. Édition conforme au texte originalChapitre 21 sur 137 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

Offrant l'efTort de vos deux bras au lieu d'argent,

Pour que les matelots insultent au visage

Le passager qui n'a pas payé son passage.

A genoux, sans repos de lit ni d'escabeau.

Vous irez douze fois de l'Etable au Tombeau;

Le crime aux reins, ayant de voire ignominie

Fait sept parts d'espérance et sept parts d'agonie,

Vous graA'irez de Station en Station

Les pieds saignants de la divine Ascension !

Mais, au retour, vêtu de pardon sous la boue,

Gacbez d'oi^i vous venez de peur qu'on ne vous loue;

S'il réconcilia le prêtre mécréant,

La gloire en soit à Dieu, non à votre néant;

Et vers la Sainte Grâce ineffable, infinie,

Griez en vous frappant le cœur...

ERVAX^

qui tombe à genoux devant Thérèse

Soyez bénie!

THÉRÈSE

La servante a parlé. Mais le Maître ordonna. Faites.

En se détournant :

Ainsi soit-il !

Puis elle va rapidement vers la porto,

iNIon père ! Ma Juana !

Venez. Partons.

Entrent très vite Don Sanchcz, Scvur Juana, Lisoarda, que suivent les servantes et les valets. Don Sancliez, dans une heureuse surprise, embrasse tendrement Thérèse ; elle dit, pendant que Lisoarda lui baise la main en pleurant de joie :

Oui, Dieu préféra vos prières, Je vis.

DON SAXCHEZ

Jésus Sauveur!

Ses Pitiés, les tourières Du ciel, l'ont tenu clos. Partons. Je me soumets.

Pendant qu'à ces paroles on s'empresse pour le départ, les servantes reprenant les manteaux, les lanternes, et les valets faisant signe vers le dehors, Ervann s'est approché do Thérèse en tremblant.

EIWANN

Sainte! Vous reverrai-je en ce monde?

TnÉl\ÈSE

Jamais.

DO^ SA>'CIIEZ les bras au cou d'Ervann

La grâce du Seigneur soit dans cette embrassade!

C'est le dépari, parmi les mouvements joyeux des serviteurs, Lisoarda attardée à une génuflexion devant l'autel.

DO^A JIANA enlaçant Thérèse et l'emmenant

Te voilà donc guérie!

THÉRÈSE

Il était plus malade.

Ervann reste seul. On entend venir du dehors le tumulte de la mise en chemin. Il s'atténue. On n'entend plus que le bruit clair, ténu, des grelots. Le vitrail peu à peu se colore de matin. Ervann écoute, suit de toute son âme le bruit qui se perd enlin.

ERVANN

Elle part. J'ai le deuil et l'ombre à mes côtés.

Il voit le vitrail moins sombre et regarde au travers.

Mais le val devant elle est jonché de clartés Comme si dans la nuit mystérieuse encore Elle effeuillait la rose blanche de l'aurore.

Il songe. Il fera comme elle a ordonné. Il va vers le fond de la chambre. — Ximeira est sortie de derrière l'épaisse tapisserie. Elle s'approclied'Ervann.

I (lais-tu? reponds-moi.

Il a pris derrière le lit un bâton. H va vers l'autre côté de la pièce .

Voyons, parle, es-tu fouî*

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