ACTE II
Si l'àme encore hélas ! captive Doit sans jamais te voir râler de le cliérir, Fais-moi mourir pour que je vive, Je me meurs de ne pas mourir!
Lumineuse, on dirait qu'elle ne fait pas d'ombre Sur la colline. Si, c'est moi, son reflet sombre.
THÉRÈSE
s'élevant davantage
Mais il m'a dit : « Tu dois au monde un très long jour Et puisque ton amour me touche
Je descendrai vers la maison de ton amour Et je visiterai ta couche ! »
Maître! en mon sein qui s'efi'arouche,
Mets le pain de la Force et le vin du Désir, Pour que, d'un baiser de ta bouche, Je me meure, sans en mourir!
Sur ma couche claustrale, après l'hymen étrange. L'époux, hélas! n'était pas même un mauvais ange!
THÉRÈSE
Comme il tarde! Pourtant, fiancé des douleurs,
J'ai pour les seules noces vraies Mis à mes yeux du sang- rubis, des perles-pleurs,
A mon cou des colliers de plaies.
Toi qui de mes tourments te paies.
Cher Bourreau ! je suis belle assez pour t' acquérir
Puisque j'endure sur tes claies
L'âpre mort de ne pas mourir.
XIMEIRA
Puisque d'aflre et de sang il sied qu'on vous décore, Ah! coquette, je vous ferai plus belle encore!
THÉRÈSE
Il ne vient pas ! Quelque autre a mieux souffert pour lui D'un amour aux plus durs cilices !
Infidèle! du moins, de ce cœur, ton ennui. Ne détourne que les délices.
Il8 SAIME TIIEUESE.
Mets plus de fiel dans mes calices, Qu'encor mon mal s'accroisse à l'espoir d'en guérir Et redouble tant mes supplices Qu'enfin je meure d'en mourir !
XIMEIRA
Par ta sublime faim toujours inapaisée.
Oui, soufTre autant que j'ai souilert de la nausée !
— Mais tu vivras puisqu'il le veut, et puisqu'il faut
Qu'oiselet pantelant aux ongles d'un gerfaut.
Tu râles, des dix doigts de ma liaine écbarpée.
Lorsque Ervann...
Une étoile filante a traversé le ciel au-dessus de la eroix. THÉRÈSE Ah!
XIMEIRA
Qu'a-t-elle ?
THÉRÈSE
Se dressant dans une angoisse d'extase.
Ah ! frappée ! oui, frappée !
D'un glaive irrésistible, en un geste d'éclair. L'ange annonciateur m'a traversé la chair. La blessure s'acharne, et s'espace, infinie. Épouvantable extase ! Adorable agonie !
C'est que tu viens ! C'est que tu viens ! El je comprends. Comme un époux parmi l'escorte des parents Fait remettre à l'épouse, avant qu'il ne l'embrasse. Quelque illustre joyau, relique de sa race. Tu m'as mis en présent nuptial, ô vainqueur! L'un des Sept Glaives de ta Mère, dans le cœur. Mais, à présent, le fer plus large et plus acerbe Se meut comme une faux tranchant l'ivraie et l'herbe. Tout ce qui fut en moi le monde et le péché Meurt, tombe et, hors de moi, se disperse, fauché. Car il faut au Seigneur vers la demeure offerte Un chemin libre et pur ! Ma plaie est grande ouverte ! Entre! Oh! tu viens! Yoici mon cœur! marche dessus.
A ce moment, une forme, d'une part rougie par la fumée du Ouemadcro (c'est ce coté que voit
Ximcira), de l'autre, blanche de lune (c'est ce côté que voit Thérèse) fait le tour de la croix. — La tète, de ce côté-ci, sous la couronne d'épines, disparaît vit?.
Qu'est-ce donc qu'elle voit, là-haut !
Elle regarde et hurle.
Ervann !
délicieusement gémissante et qui tombe, les bras étendus
Jésus !
LE lUDEAU TOMBE