‹ Saintes au XVIe siècle [microform]Chapitre 3 sur 5 · LU A LA SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DE SAINTES , EN · texte numérisé non relu

LU A LA SOCIÉTÉ ARCHÉOLOGIQUE DE SAINTES , EN

A la fin du xvie siècle, et bien longtemps déjà avant cette i , - iC, la première magistrature municipale, dont l'importance se liait intimement à celle de la Commune, avait perdu la vigueur et l'éclat dont elle brilla à son origine.

Gomme aux premiers jours de leur affranchissement , les bourgeois ne luttaient plus en armes , sous la bannière communale , pour la conquête de leurs libertés ou le triomphe de leur jeune indépendance menacée. Dans ces temps de généreux enthousiasme, il fallait souvent combattre, à force de courage, contre des Seigneurs puissants, des Comtes, des Êvêques ardents à défendre un pouvoir qui, pourtant, devait finir par leur échapper. Alors, le Chef du. gouvernement municipal devait être avant tout homme de constance et de résolution , guerrier entreprenant et intrépide.

Mciis ces jours de nobles périls qui avaient fait l'éclat et l'orgueil des Communes étaient passés. Vainqueur de la féodalité, le pouvoir communal avait fini par succomber à son tour sous la pression de l'autorité royale : il ne lui restait guère plus que le souvenir d'une glorieuse liberté, et sa vie, abâtardie et languissante, projetait à peine quelques pâles reflets de l'existence pohtique des premières associalions du Moyeu Age.

Ce n'est pas que les agitations ne pénétrassent encore parfois au sein de la Commune. Mais, dans ces luttes désormais inégales, les bourgeois s'épuisaient vainement pour la conservation de prérogatives flétries dont la Royauté ou ses agents finissaient toujours par leur arracher quelques lambeaux ; et ce n'était plus la lance au poing, sous la bannière de la Ville, que se vidaient ces querelles : les marches du trône, les salles des Cours de Justice étaient devenues l'arène des combats ; les humbles remontrances, et, dans les jours d'énergie, les stériles protestations ou la plume d'un sergent en étaient les armes.

A quoi servaient donc désormais ces titres pompeux, ces insignes guerriers, vains et ridicules symboles d'une puissance qui n'était plus? Qu'avait à faire le Maire et Capitaine de Saintes d'un heaume, d'une épée, d'une cuirasse, alors que les garnisons du Roi veillaient à la conservation de la ville, quand la soumission des sujets n'opposait plus que quelques murmures timides au bon plaisir du Souverain ? Mais ces emblèmes d'une force déchue flattaient encore la vanité de nos aïeux, quoiqu'ils ne servissent guère plus qu'à décorer le cercueil du Chef de la cité quand les bourgeois en deuil conduisaient ses restes mortels à leur dernière demeure.

Aux grands conflits du premier âge de l'indépendance municipale avaient succédé les frivoles tracasseries de sa caducité. Quelques dissentiments intesfins troublaient seuls, de temps à autre, le monotone repos de la cité ; la vie du Maire et des Échevins ne s'agitait plus que dans de futiles querelles de vanité ou d'amour-propre, et leurs efforts n'avaient d'autre but que de conserver quelques débris de privilèges, inutiles souvenirs de la grandeur du passé.

Voilà, Messieurs, ce que nous recueillons de l'étude des archives de notre ancienne Commune. Permettez-moi d'appuyer ces réllexions par le récit de quelques faits.

Les privilèges confiaient au Maire la garde des clefs de la ville, mais ce droit lui fut plus d'une fois disputé. J'ai lu dans le registre de 1577 le récit d'un démêlé de ce genre entre Cyvadier, sieur du Chantreau 4^, et Moyne , sieur de l'Épineuil, lieutenant criminel ^'^. Je dirai quelques mots de celui-ci seulement, bien qu'il me serait facile d'en rapporter plusieurs autres.

Les Huguenots venaient de surprendre la ville de Pons et

46 Thomas Cyvadier, S' de Cliantreau, avocat au Présidial, Maire en 1576. Admis, d'abord par provision, au Corps de Ville en 4572 à la place d'un Échevin de la R. P. R., il prêta serment à la séance du 23 décembre ; mais les Échevins suspendus ayant repris leur siège , il dut se retirer et attendre une vacance : celle-ci arriva dès l'année suivante et Cyvadier fut reçu le 26 août à la place de François Boursicot, décédé. Il était encore Échevin en 1590.

A cette famille appartenait Louis Cyvadier, S"" du Breuil, Maire de Cognac en 1651, anobli après la levée du siège de cette ville par les Frondeurs. Cyvadier ; D'azur, à 3 gerbes d'or^ Si et 1.

47 Henry Moyne, éc, S' de l'Épineuil, conseiller du Roi, lieutenant criminel de la Sénéchaussée de Saintonge et Siège Présidial de Saintes, Maire de la ville en 1578, continué jusqu'en 1581, réélu en 1587, enfin de 1591 à 1594. Il était entré à l'Échevinage le 27 septembre 1577 à la place de Nicolas Moyne, S' de Colombiers. M. de l'Épineuil mourut en 1598.

La famille Moyne est sans contredit celle qui a occupé à Saintes les fonctions municipales avec le plus d'éclat et le plus d'autorité. Depuis et y compris Naudin Moyne, l'un des Jurés en 1412, jusqu'au milieu du xvii« siècle, on compte parmi ses membres 2 Jurés et 9 Maires. Un d'entre eux, Henry, fils de celui dont il est question dans le mémoire ci-dessus, eut avec le duc d'Épernon et avec son lieutenant, M. d'Ambleville, des démêlés violents au sujet de la conservation des clefs de la ville.

Les Moyne, S" de l'Épineuil , de Chanclou , de Colombiers, de Chapitre, de Bruignac, de Fléac, de Bresneau , des Gonds, de Rouffiac, de Fontauzane, etc., maintenus dans leur noblesse par jugement de l'intendant de la Rochelle, Michel Begon, en 1698, ont été convoqués à l'Assemblée de la Noblesse de Saintes, en 1789. Leurs armoiries sont : Uor^ à une rencontre de bœuf de gueules, bouclée de même, surmontée d'une étoile d'azur.

les châteaux de Merpins et de Pisany ; on craignait une entreprise sur Saintes; les habitants veillaient jour et nuit; les Capitaines des paroisses faisaient ouvrir et fermer les portes et ils remettaient ensuite les clefs au Maire.

Le 2 janvier 1 177, Soulet, S^ du Port d'Arclou, Échevin et l'un des Capitaines de la paroisse de Saint-Pierre ^«, reçut comme à l'ordinaire les clefs des ponts et des portes de la rivière, et les confia ensuite au caporal Dodin 4^, Moyne demanda à cehii-ci s'il voulait garder la ville sous l'obéissance du Roi. Le caporal était sujet fidèle; ils se rendirent ensemble sur le pont; le heutenant criminel ouvrit luimême la première porte, fit entrer plusieurs soldats dans la ville et garda les clefs.

L'introduction de ces gens de guerre scandalisa bon nombre d'habitants, d'autant plus que, coupable d'une double usurpation, le sieur de l'Épineuil avait mis en garde, dès le soir même, les soldats introduits par lui et leur avait donné le mot d'ordre, ce qu'il n'appartenait qu'au Maire de faire.

L'alarme fut donc grande au Conseil de la Commune. Relyon , président en l'Élection ^. et Eschasseriaux , sieur

48 Etienne Soulet, éc, S»" du Port d'Arclou, maître des eaux et forêts. Maire de Saintes en 1586, en 1604 et en 1608. Il avait été reçu Échevin le 26 octobre 1576 à la place de son père. Le Corps de Ville le chargea l'année suivante d'une mission auprès du Roi, relative à la confirmation de ses privilèges. Au mois de septembre 1588, Geoffroy Turmet, S"- du Breuil, conseiller du Roi au Présidial, avait été élu par le Tiers-État de la province pour le représenter aux États de Blois. Des difficultés s'étant élevées au départ du S» du Breuil, le Corps de Ville s'assembla et désigna Soulet pour porter ses doléances au Roi.

49 Jacques Dodin, commis aux enquêtes du Présidial. 80 Jehan Relyon. (Voir la note 12.)

de Conteneiiil, conseiller au Présidial ^i, furent chargés de demander au lieutenant criminel raison de sa conduite. Le lieutenant particulier ^2 reçut en même temps mission de se rendre en poste à la Cour pour informer le Roi de ce qui se passait.

Gepeiidant Moyne avait remis le matin même les clefs à Huon, Procureur de la Commune. Il se défendit de la pensée d'avoir voulu s'en emparer et protesta de son obéis-

6t François Eschasserlaux, S-- de Conteneuil, avocat, juge de Clion, puis conseiller du Roi au Présidial et garde des sceaux, Éclievin de 1576 à 1592. Dès 1569, nous le trouvons, avec son frère Jacques Eschasserlaux, avocat, au nombre des principaux habitants de Saintes, convoqués aux assemblées du Corps de Ville. Il fut une première fois nommé Échevin le 29 décembre de ladite année ; mais son élection ne fut à ce moment que provisoire. Le 21 octobre 1572, le Corps de Ville le porta au nombre des candidats à l'emploi de lieutenant criminel de la Sénéchaussée qu'il soumettait à l'agrément de Sa Majesté. Au mois de décembre, il remplaça, provisoirement encore, un des Échevins suspendus par motif de religion. L'année suivante, il fut député avec Martineau auprès du roi de Pologne pour le solliciter en faveur de la Ville et demander le retrait de la garnison. Suivant délibération du 1" juillet 1575, il reçut une autre mission pour la Cour, cette fois en compagnie de François le Breton, S' des Romades. Pendant la route, les ligueurs le firent prisonnier et le mirent à rançon : cette rançon s'élevait à 150 écus; le Corps de Ville se cotisa pour les fournir. Son élection définitive à l'Échevinage est du 4 janvier 1576. Eschasserlaux était un homme d'une instruction variée et à qui l'art de la poésie n'était point étranger. Le 2 septembre 1578, lors de l'entrée de la Reine de Navarre à Saintes, .lohanneau et Gasteuil, deux poètes de la Ville, dont l'un surtout, Gasteuil, s'est fait un nom qui est parvenu jusqu'à nous, avaient accordé leur lyre : c'est François Eschasserlaux et Joliau Aymar que le Corps municipal désigna pour revoir les hommages poétiques de leurs concitoyens. Au mois de mars 1582, la Reine de Navarre étant venue à Saintes, Eschasseriaux fut chargé de prononcer la harangue.

La famille Eschasseriaux a continué jusqu'à nos jours dans la branche dite des S" du Ramet et des Vallès. A cette branche appartient M. le baron Eugène Eschasseriaux, député au Corps législatif et membre du Conseil général do la Charente- Inférieure. La création de la Commission des arts et monuments est principalement due à son initiative.

Eschasseriaux, barons de l'Empire : Fascé d'or et d'azur de 6 pièces; au franc quartier de baron ministre-plénipotentiaire employé à l'extérieur^ c'est-à-dire de gueules, à la tête de lion arrachée d'argent,

s* Jehan Blanchard. (Voir la note 39.)

sance au Maire ^3 ; mais il déclara s'opposer au voyage du lieutenant particulier. Les Échevins persistèrent néanmoins à faire entendre leurs plaintes, et un homme de pied fut chargé de se rendre à cet effet à la Cour.

Cette conclusion ne fut pas sans causer un désappointement aux Municipaux. Ils avaient cru que le lieutenant criminel voulait retenir les clefs au mépris des privilèges de la Ville , et ils s'apprêtaient à faire grand bruit de cette violation de leurs droits; mais tel n'avait pas été son but, pour cette fois du moins. Les Huguenots étaient aux portes de la ville. Trop peu confiant sans doute dans la vigilance des bourgeois, Moyne voulait faire entrer des hommes de guerre; mais il savait que le Conseil n'y consentirait pas, car les habitants supportaient avec impatience les garnisons royales, souvent violentes et toujours onéreuses. Il eut recours à la ruse. En eut-il seul la pensée? On peut en douter; peut-être partit-elle de plus haut. Cette supposition est autorisée par la circonstance que, dès le 4 janvier, c'est-à-dire le surlendemain de l'événement , alors que la nouvelle n'avait pu encore en parvenir à Blois , où était la Cour, le Roi témoignait par écrit sa satisfaction de tout ce qui avait été fait. Fort de cette haute approbation , le sieur de l'Épineuil vint à l'Hôtel de Ville ; il se plaignit des mauvais soupçons dont il avait été l'objet, et obtint la transcription de la missive royale sur les registres de la Commune.

53 C'était alors Nicolas Moyne, S' de Colombiers, conseiller du Roi , élu en l'Élection de Saintes. Il meurt avant la fin de l'année 1577. C'est à Thomas Cyvadier, le Sous-Maire, que fut confiée l'adminifctration de la ville jusqu'aux élections suivantes. M. de Colombiers occupait sa charge d'Échevin dès 1570. Il avait épousé Marguerite Couldreau.

Devenu Maire en 1581 ^^ Moyne engagea les Échevins dans un procès qui dut exciter vivement l'attention publique. Farnoulx venait d'obtenir la charge de lieutenant général ^^; Moyne s'opposa à sa réception par des motifs que je n'ai pu trouver. Ainsi empêché, le nouveau titulaire appela le Maire devant la Chambre de Justice qui siégeait alors à Agen. L'opposition fut rejetée et les Échevins furent condamnés aux dépens, taxés à 423 écus 18 sols 4 deniers.

La surprise du Corps de Ville fut grande en apprenant cette sentence et sa cause, car il n'avait jamais été assemblé pour délibérer sur le fait de la nomination de Farnoulx, et il n'avait en aucune circonstance donné mandat au Chef de la cité de s'opposer à l'entrée en charge du nouveau lieutenant général. Les Échevins désavouèrent donc formellement la conduite de Moyne. Ils frappèrent du même désaveu Esmyer, procureur au Parlement de Bordeaux, qui avait produit devant la Cour de Justice une prétendue procuration ne signée ne scellée du Greffier et sceau ordinaire de la Maison Commune, et ils déclarèrent que le Maire n'avait agi que par dol et par supposition de leurs noms.

On plaida longtemps. 11 y eut lettres de requête civile , arrêt, mise hors de cour, appointement sur le désaveu, récusations , que vous dirai-je encore?. . . Je n'ai pu décou-

** Il était Maire depuis 1578. (Voir la note 47.)

«s Pierre Farnoux, conseiller du Roi, lieutenant général de la Sénéchaussée de Saintonge et Siège Présidial de Saintes, après Mathurin Gillebert.

La famille Farnoux, Farnoulx, occupait un rang distingué dans la ville. Elle a principalement rempli les charges du Présidial et de l'Élection.

M. Dangihaud se trompe : ce n'est point pendant la Mairie de Henry Moyne, en 1581, que Farnoux fut r(;\,u lieutenant général du Présidial. Nous rencontrons encore Mathurin Gillebert (aliàs Gillibert) à cette époque. (Voir la page 27.)

vrir l'issue de ce procès. Je désirais pourtant savoir si , par un coupable abus de son autorité, Moyne avait en effet engagé les Échevins dans une opposition non approuvée; mais l'accord du Conseil dans cette circonstance et la persistance de ses votes autorisent à penser qu'il résista à bon droit.

Dirai-je maintenant ces querelles incessantes nées du droit contesté de la poHce appliquée aux plus petits détails?

Tantôt le lieutenant criminel s'immisçait dans la taxe du poisson, mesmemenl du saulmon, quoique de tout temps le droit de taxer le saulmon , le créât, le maigre et autres gros poissons eût appartenu au Maire.

Tantôt il faisait élargir un ivrogne emprisonné par le magistrat municipal à la suite d'un tapage nocturne.

C'était aussi le prieur de Saint-Eutrope qui contestait au Maire le droit de faire nettoyer les rues de sa paroisse. Sa juridiction était méconnue, disait-il ; les bourriers lui appartenaient; et si le Maire se rendait en personne chez les habitants pour les inviter à obéir, le bon prieur accourait en toute hâte; il provoquait ses paroissiens à la résistance et leur enjoignait de ne reconnaître d'autre autorité que la sienne.

En 1572, le marché tenait encore à Vendroit qui estoit depuis la porte du pont jusqu'au canton de la boucherie ; mais ce lieu, large de dix à douze pieds seulement , avoit infinies incommodités notoires à un chascun : des femmes grosses avoient esté advortées ; des gens avoient esté rompus par des chevaulx ; d'aultres avoient eu la plante du pied coupée par des charrettes. Le Corps de Ville résolut de transporter le marché près le cimetière de Saint-Pierre. La place estoit

grande et spacieuse ; il y avoit mesmement plusieurs porches ou ballets pour retirer le peuple pour Vinjure de la pluie.

Mais ce déplacement ne pouvait avoir lieu sans l'agrément des Officiers du B m* Le lieutenant général ^6 et l'avocat du Roi Fonteneau y consentirent; Thibaudeau, procureur du Roi, le repoussa. H prit même occasion de cette circonstance pour s'opposer à la réception du Maire, Jehan Roy^^^ parce que celui-ci était huguenault et de la religion , et il se permit à' impr opérer plusieurs injures contre lui. De son côté, le lieutenant criminel enjoignait aux marchands de vendre aux lieux accoutumés. Ainsi, la division était aussi, cette fois , parmi les Officiers du Roi. Forts du concours du lieutenant général, les Échevins ordonnèrent la translation et voulurent informer des injures adressées à leurs chefs ; des appels furent formés par toutes les parties, elles femmes grosses eurent à déplorer bien longtemps encore les suites de ce nouveau procès. Remarquons en passant ce qu'il y avait de singulier dans la position de ces hommes, tantôt luttant comme Maires pour les privilèges de la Ville, tantôt

56 Jean Journault, conseiller du Roi, lieutenant général civil et criminel de la sénéchaussée de Saintonge et Siège Présidial de Saintes, Maire pendant les années 1566, 1567 et 1568. Il résigna son office d'Échevin l'année de sa mort, arrivée en 1572.

57 Jehan Roy, reçu Échevin le 13 novembre 1570, Maire en 1572. Comme il était de la R. P. R., il fut forcé de se démettre de la Mairie dans Its premiers jours d'octobre. Le baron de Biron, lieutenant général pour le Roi aux pays de la Rochelle, Aunis et Saintonge, en l'absence du marquis de Villars, lui donna à cette occasion le 7 dudit mois une sauvegarde dont les considérants étaient on ne peut

plus flatteurs : « .... Nous après avoir entendu des officiers et plusieurs notables

de la ville le bon déportement de quoy ledit Jehan Roy a usé en sa charge, le déclarons et tenons pour bon subject du Roy, et bon patriote et bon citoyen lequel

S' Roy, Maire, avons pris et mis en la protection et saulvegar le du Roy et la nostrc. » Dès l'année suivante, Jehan Roy avait repris sa place d'Échevin au Corps de Ville; il la conserva jusqu'en 1574. (Voir la note 28.)

les attaquant comme Officiers du Roi. Pourquoi donc ne s'avisait-on pas alors d'une bonne théorie sur les incompatibilités?

Les statuts de la Ville donnaient au Conseil le droit de juger les différends qui s'élevaient entre les Échevins. Au mois d'avril 1587, Moyne était Maire; M. de Rellegarde^^ lui ordonna de faire faire dans la ville et au dehors des rondes de nuit extraordinaires. Guillebon, conseiller au Présidial , refusa de faire son service ; du moins le Maire , peut-être mal informé, l'en accusa et s'en plaignit au Gouverneur et aux Échevins. Cette plainte amena des explications entre les parties, puis des injures et des menaces.

Si nous en croyons les procès-verbaux du temps , cette querelle entravait l'expédition des affaires publiques. Ogier, Procureur de la Ville, somma les deux adversaires de sortir de leur différend par l'avis des Echevins; mais Guillebon , sans souci d'une menace de cent écus d'amende , repoussa par deux fois la juridiction communale.

Désespérant de vaincre cette obstination, le Conseil renvoya le débat au jugement de M. de Bellegarde, et il y a lieu de penser que l'intervention du Gouverneur y mit amiablement un terme. Si Guillebon refusa d'assister à une ronde, il fut, à mon avis, bien excusable : il avait reçu chez lui certaine dame abhesse et autres religieuses et damoiselles. Les craintives filles du Seigneur l'avaient prié de n'ouvrir la porte de nuict tant qu'elles seraient logées dans sa maison. Le courtois Conseiller se rendit à leur désir, et je ne pour-

58 César de Saint-Lary, chev , Sk' de Rellegarde et de Termes, gouverneur de Saintonge, d'Angoumois, de la Rochelle et du pays d'Aunis, mort en 1587. Il fut remplacé par le duc d'Épernon,

rais l'en blâmer. Qui n'aurait pris pitié de telles alarmes dans une ville menacée par les ennemis de Dieu ?

Cependant la réconciliation de Moyne et de Guillebon ne fut pas de longue durée ; l'année suivante amena un autre démêlé : il s'agissait encore de propos injurieux. Les Échevins se préparaient à connaître de ce nouveau litige ; mais des amis communs parvinrent à l'assoupir.

Un débat d'un intérêt plus général s'éleva, en 1575, entre Blanchard et Senne.

Blanchard était lieutenant particulier et Échevin. Senne, procureur au Siège Présidial, avait été élu Maire en 1574. Le jour des élections de 1575, Blanchard ne parut pas au Conseil. Sommé de s'y rendre, il répondit qu'il n'était plus Échevin. Il avait bien, il est vrai, fait la résignation de sa charge, mais elle n'avait pas été acceptée. Au contraire, M. de la Chapelle, lieutenant pour le Roi au pays de Saintonge-^^, lui avait ordonné de continuer ses fonctions. L'élection eut lieu; Blanchard fut nommé Maire ; il refusa. Les Échevins se rendirent en corps près de lui et le sommèrent d'accepter, à peine de tous dépens, dommages et intérêts. Ils enjoignirent en môme temps à Senne, sous la même peine , de garder les insignes de la Mairie jusqu'à l'entrée en charge de son successeur. Mais l'ancien élu s'en défendit et fît ses réserves tant contre Blanchard que contre tous autres.

89 II était de la maison de Lauziêres. Il avait succédé en décembre 1572, comme g'Uiverneur de Saintes, au capitaine de la Thibaudcrie; en 1574 il renipla(;a le baron de Biron, comme gouverneur, lieutenant général de la ville et gouvernement de la Rochelle et pays d'Aunis, et commandant en Saintonge pendant l'absence du marquis do Villars.

Il était urgent de mettre un terme à ce débat qui , cette fois, compromettait véritablement le service du Roi et la sûreté de la ville. M. de la Chapelle décida que le nouveau Maire devait accepter ; mais Blanchard persista dans son refus , et Senne , fort du sentiment du lieutenant pour le Roi , ne voulut pas se départir du sien.

Cependant, après bien des négociations, Blanchard finit par accepter provisoirement sa nouvelle position ; mais on plaida, suivant l'usage. Le Parlement de Bordeaux déchargea d'abord le nouvel élu de la Mairie provisoire, et Senne en fut investi à sa place. La Cour ajourna ensuite les parties sur le fonds du procès.

Je n'ai trouvé dans les registres de l'époque aucune mention de l'arrêt qui dut intervenir ; mais il fut sans doute favorable à Blanchard, car, dans sa séance du 4 janvier 1576, le Conseil accepta la résignation du heutenant particulier, et François Escliasseriaux , avocat, fut élu Échevin à sa place.

La démission de Blanchard fut occasionnée par une discussion qu'il eut avec Béchet, Échevin comme lui ^. Il se

«0 II y a là, croyons-nous, une erreur ; ce n'est pas d'un Béchet, mais bien d'un Buhet qu'il s'agit ici, de Jehan Buhet,S'"de la Bodinerie , receveur des tailles, Maire en 1588. Échevin depuis 1573, il résigna son office en 1598 au profit de Jehan Moyne.

La famille de notre célèbre jurisconsulte Cosme Béchet n'avait pas encore quitté le littoral à cette époque ; Cosme Béchet était alors âgé de quatre ans et c'est lui le premier qui se fixa à Saintes, où il est mort le 25 juillet 1652. M. Rainguet, dans son article de la Biographie saintongeaise, le ressuscite dix ans, même quinze ans après sa mort, pour le mettre à la tête du Corps de Ville de 1662 à 1664 et de 1673 à 1675. Ce miracle ne s'est point produit, et notre excellent confrère a tout simplement confondu le fils avec le père : la similitude du prénom est la cause et l'excuse de son erreur.

crut injurié par celui-ci, et comme il n'obtint pas du Conseil la prompte réparation à laquelle il croyait avoir droit, il se retira, gardant un profond ressentiment de ce prétendu déni f1o justice. Nous devons le croire du moins; car lors du procès dt* î.a Cym* , î'Kinchard fut récusé par le Procureur de la Commune, comme ayant conçu et manifesté en toute occasion une inimitié mortelle contre les Échevins.

Guillaume La Cyme, avocat au Siège Présidial de Saintes, était poursuivi pour crime de lèse-majesté , entreprinse et cutiSj^n-iUion (aide contre le Roy et la ville. Malheureusement il ne reste dans les archives de la Commune que des traces insignifiantes d'un événement dont les détails fourniraient sans doute plus d'une page intéressante à l'histoire de notre ville .

La discussion entre Senne et Blanchard en souleva incidemment une autre entre ce dernier et le lieutenant général Gillebert.

J'ai dit que Blanchard avait accepté provisoirement la Mairie. Gillebert lui reprocha d'avoir exercé cette fonction momentanée sans prestation de serment , et d'avoir convoqué plusieurs assemblées à la 'I ison de Ville et même réuni les Officiers du Roi , sans requérir la présence du lieutenant général , qui avait seul autorité quand il s'agissait des affaires de Sa Majesté. Blanchard répondit que la préséance lui appartenoit en la Maison de Ville. A quoi le lieutenant général répliqua : que celui qui prêtoit le serment n'était pas si digne que celui qui le faisoit prêter et le recevoit.

Les Échevins se crurent avec raison intéressés aux prétentions de Gillebert et voici comment ils protestèrent contre elles : « Par les privilèges à eulx octroyez, ils avoient droict « et possession, entre aultres choses, de se assembler pour

« les affaires de la Maison Commune, au son de la cloche, « es quelles assemblées présidoit le Maire et non aultre (( pour colliger les voix desdicts Eschevins et conclure à la « pluralité d'icelles, sans qu'ils eussent esté empeschés ne (» troublés par MM. les Séneschaulx ou leurs Lieutenants , « soict pour la préséance ou collection desdictes voix. Des « queulx droits ils avoient joui par si longtemps qu'il n'estoit « mémoire du contraire , et en iceulx entendoient se main- « tenir, priant ledict sieur Lieutenant général ne leur faire « trouble ne empeschement en leurs dicts droicts et posses- « sion. Et en cas qu'il ne vouldroit entendre à ladicte prière, « protestoient s'en pourvoir par justice. Faisant déclaration (( que en Assemblées générales qui se feroient par son « autorité ou aultrement, soict audict lieu où la justice avoit « accoutumé d'estre expédiée, que aultre, s'il plaisoit audict « sieur Lieutenant général de se y trouver, entendoient le (( respecter et déférer l'honneur qui lui appartenoit et se a mettre en tout debvoir pour le service du Roy. »

Le Greffier fut chargé de présenter au lieutenant général cette respectueuse mais ferme déclaration. Celui-ci dut s'en trouver satisfait puisqu'il ne fut pas donné suite à cette affaire.

Les Échevins ne décidaient pas toujours seuls des intérêts de la cité. Il y avait quelquefois des Assemblées générales de tous les habitants; je peux en citer quelques exemples.

En 1575, Eschasseriaux , avocat au Siège Présidial et Échevin^^, avait été envoyé à la Cour pour les affaires de la

61 C'est cependant à la séance du 4 janvier 1576, comme l'indique ci-dessus M. Dangibeaud, que François Eschasseriaux fut reçu à la place de Jehan Blanchard; il n'était donc pas Échevin en 1575. (Voir la note 51.)

ville et du pays. En revenant, il fut pris par les ennemis, qui mirent sa liberté au prix de 150 écus. Le Corps de Ville prit la rançon à sa charge; mais les habitants furent assemblés pour donner leur consentement.

î i Ni , le Roi ordonna la levée d'un emprunt de deux mille livres sur la ville et les faubourgs. Tous les manants et habitants furent convoqués pour la cotisation de cet emprunt.

Le 27 avri^ ^ '^^ le Maire ^2 fut informé que les ennemis de Dieu et du Roy devaient, sous peu de jours, attaquer la ville et se loger dans les faubourgs. Pour empêcher l'exécution de ce mauvais dessein, on pensa qu'il serait bien de mettre quelques gens au clocher ?^ <^ ' f F >/^ - rirec munition de pain, vin et nombre de quelque po' Mais le Gonseiyugea

ne pouvoir pas traiter seul une affaire de si grande importance et il proposa à M. Dars, alors gouverneur 63, d'assembler les

62 Alors Jehan Buhet. (Voir la note 60.)

63 Charles de Bremond, chev., Se»- d'Ars, de Gimeux, de Comporté-sur-Charenle, des Chàtelliers et des Padiances, chevalier de l'Ordre du Roi, gentilhomme de sa chambre, capitaine de cinquante hommes d'armes de ses ordonnances , lieutenant général commandant pour Sa Majesté aux pays de Saintonge et Angoumois, ville et gouvernement de la Rochelle.

Les registres des délibérations du Corps de Ville renferment des lettres et instructions adressées par Henri III à M. d'Ars, alors qu'il était gouverneur de Saintes. Nous renvoyons pour ce personnage au Dictionnaire des Familles de l'ancien Poitou, à la Biographie saintongeaise, à la Nouvelle biographie universelle de Didot, etc.

M. Beauchet rapporte qu'en 1568 le Parlement de Bordeaux prononça indûment un arrêt de mort contre Charles de Bremond, S^" d'Ars, qui combattait dans les rangs catholiques, en mettant son nom par erreur à la place de celui de François do Bremond, Sb' de Balansac, qui avait pris parti pour la Réforme. Il est possible que cette substitution de nom ait eu lieu dans cet arrêt de 1568 qui nous est tout à fait inconnu ; mais il n'en est pas de même de l'arrêt du 6 avril 1569; il comprend aussi bien le Ss"^ d'Ars que le Ss' dt- Balansac dans sa sentence de mort.

Capitaines des paroisses. Messieurs du clergé, de la justice, et les principaux habitants de la ville et des faubourgs.

Dans ces temps de foi et de piété municipales , les habitants étaient appelés aussi aux prières pubhques. Au mois de juin io63 une grande sécheresse désolait les campagnes. Messieurs du Chapitre « remonstrèrent que pour le tems « qu'il faisoit , il estoit besoing faire processions générales « et prières et oraisons envers Dieu qu'il luy plust donner « des eaulx et rouzées » . En conséquence, le Conseil ordonna qu'ung chascun catholique aurait à se trouver à la procession qui devait se faire le lendemain et à celles des jours suivants.

A cette occasion , j'anticiperai un peu sur les dates pour vous parler d'une question de préséance qui s'éleva, à une procession du chef de saint Eutrope, entre le Corps de Ville d'une part et les Officiers du Présidial et ceux de l'Élection de l'autre.

C'était le 16 mai 1632. Les Officiers du Présidial et ceux de l'Élection marchaient les uns après les autres. Conduit par le Sous-Maire Lécuyer64^ le Corps de Ville leur contesta le pas. Il y eut dispute à la porte Saint-Louis. Les Échevins alléguaient leur possession de plus de dix ans, et ils se plaignirent au Conseil du Roi d'avoir été dépossédés par force et par violence. La cause fut renvoyée devant le Parlement de Bordeaux. Les parties se disposaient à plaider à outrance, lorsqu'il intervint, le 18 février 1634, une transaction par laquelle il fut arrêté « qu'en tous heux, es églises

c* Nicolas Lescuyer avait été Maire en 1625. Nous le suivons au Corps de Villtjusqu'en 1639. Lescuyer était marié à Marie Alain.

« où les Ofliciers du Présidial se trouveroient en corps, ils « précéderoient les Maire et Échevins, et qu'en l'église « cathédrale et cérémonies qui s'y feroient, ensemble aux (( Assemblées générales et publiques , et processions qui (( sortiroient de ladicte église, les Otiiciers du Présidial, soit (( qu'ils fussent en corps, soit en particulier, précéderoient u lesdits Maire et Échevins, et tiendroient les deux côtés <( de rue, et que immédiatement après eux, les Maire et « Échevins en corps tiendroient semblablement les deux « côtés de rue » On peut voir dans le Traité des Élections par Vieuille, conseiller du Roi et lieutenant général au siège de l'Élection en chef de Saintes ^5^ les autres points réglés par cette transaction .

La chicane pénétrait jusqu'au pied des autels. Messieurs du Présidial avaient dans l'église de Saint-Pierre un banc dans lequel ils venaient assister à l'office divin. En 1663, ils firent garnir ce banc d'un tapis à Heurs de lys ; mais le Chapitre enleva l'ornement et les clous qui le retenaient. On plaida sur celte téméraire entreprise, et le Parlement autorisa les Officiers du Présidial à (aire étendre leur tapis fleurdelisé sur l'accoudoir du banc, les dimanches vl autres jours de fête et de cérémonie, à la charge par eux de le faire ôter après leur sortie de l'église.

Puisque j'ai parlé du Chapitre, je vais dire un usage pratiqué quand le Roi passait à Saintes : si Sa Majesté allait à l'église cathédrale, le Chapitre était obligé de venir processionnellement au-devant d'Elle jusqu'à la grande porte du saint lieu. Le doyen devait lui présenter un surplis, une

U5 Nouveau traite des Elections, contenant l'oriijine de la taille, aides, gabelles, octrois et autres impositions Paris, Rouy, 1739, in-S".

aumusse et la plus belle chape de l'église: le trésorier lui offrait ensuite vingt-cinq torches, trois ou quatre douzaines de miches, la moitié rondes, l'autre moitié longues, et du meilleur vin qu'on avait pu trouver. La Reine, elle aussi, recevait dix-huit torches, du pain et du vin. Vieuille, à qui j'emprunte la mention de cet usage, l'avait recueilli dans trois délibérations du Chapitre des 4 juillet 1586, 13 juin 1588 et 7 juillet 1660.

Voici maintenant un privilège bien précieux aux bourgeois de Saintes. L'Évêque ne pouvait entrer dans la ville qu'après avoir prêté un serment dont malheureusement je n'ai pas trouvé la formule. Le septième jour de juin 1578, Nicolas le Cornu de la Courbe, qui succédait à Tristan de Bizet, démissionnaire, se présenta pour prendre possession de son siège. Le prélat se soumit à prêter le serment accoutumé, mais il se dit muni de lettres du Roi portant certaines dispenses, dont je ne peux dire la nature, parce que la missive royale ne fut pas transcrite sur les registres de la Commune. Après avoir délibéré sur le contenu du message, les Échevins admirent le nouvel Évêque à faire son entrée, sans déroger toutefois aux privilèges de la Ville, que d'ailleurs le Roi avait eu soin de réserver. Ces dispenses devaient être de peu d'importance; autrement les Échevins, gardiens si ombrageux des derniers droits de leurs concitoyens, n'auraient pas manqué de protester en faveur de leur privilège.

Le lendemain, le Corps de Ville se rendit à la porte Evêque et y reçut le serment du prélat, qui le renouvela devant la porte de Saint-Pierre.

Nicolas le Cornu de la Courbe était assurément un digne serviteur de Dieu, Je ne veux pas croire ce qu'ont dit de lui certains mémoires du temps et l'épigramme devenue histo-

rique du prieur de Pont-l'Abbé ; mais, homme qu'il était, il pouvait oublier parfois les règles de la modération ; il y manqua au moins dans une circonstance. Au mois de février 1579, ses serviteurs oultragèrent grandement Aigron, paisible cousturier de la ville. Celui-ci alla se plaindre au prélat, qui tout incontinent lui bailla un grand soufflet. Cette voie de fait souleva l'exaspération de quelques bourgeois. Aigron, suivi de plusieurs amis, courut à l'Hôtel de Ville demander justice, et les Échevins lui conseillèrent d'informer contre l'Évéque et ses serviteurs. Mais l'irritation des esprits était grande, des excès étaient à craindre, et le Conseil fut obligé de défendre aux plaignants, sous peine de la hart, de s'assembler et de porter des armes.

Je vais, messieurs, vous dire maintenant quelques mots de- ^ '(jents-Gagers. C'étaient des personnages importants à l'époque dont je parle, car ils avaient, eux aussi, des privilèges, des immunités.

Ils étaient au nombre de six, et chacun recevait soixante sols de gages. Ils étaient logés dans les tours des portes de la ville et habillés aux dépens de la Commune, le jour de Pâques fleuries; ce qui n'était pas toujours un grand avantage pour eux; car, en 1581, la pénurie du trésor était telle que chaque Sergent ne put obtenir qu'un manteau, des souliers et des chausses.

Les cousturiers nouvellement établis avaient l'obligation de faire les habits des Gagers. En 1582, il ne se trouva en ville aulcun nouveau cousturier qui eût faict son chef-d'œuvre et faict le serment de tenir sa boutique; mais il y en avait plusieurs qui tenaient boutique ouverte sans avoir été reçus. Le Conseil arrêta que ceux-ci seraient contraints à l'office des premiers, et que, en cas de refus, les habits des Sergents

seraient faits , dans huitaine , par les maistres cousturiers., sous peine de payer un marc d'argent. Mais Pierre Mousset, procureur de ces derniers, appela de cette décision, après avoir protesté des attentats du Conseil et menacé de le prendre à partie.

J'ai dit, dans un précédent article, qu'à son entrée en charge chaque Échevin payait un écu à chacun des Gagers. Ils tiraient de plus de bons profits d'une rétribution perçue aux portes sur les denrées introduites en ville. Enfin ils étaient exempts de tailles , commissions et autres subsides ordinaires et extraordinaires.

Donnons ici un respectueux souvenir à la mémoire d'un digne bourgeois, Jehan Vilain, dit le Picard. En 1575, il découvrit les ennemis qui estoient en la ville de Pons et aultres lieulx y au moment où ils voulaient surprendre la ville par escalade du costé du chasteau près la tour razée. Les Échevins reconnaissants ne laissèrent pas cet éminent service sans récompense : Vilain fut faict et créé l'un des Sergents de la Maison Commune, sans le rendre subject de porter robe de livrée et hallebarde, avec jouissance de tous les autres avantages attachés à ces fonctions.

Parmi les privilèges honorifiques des Sergents-Gagers, je dois noter le suivant : quand le Roi ou aultres grands Seigneurs faisaient leur entrée dans la ville , les Sergents , porteurs de leurs hallebardes, marchaient immédiatement après le Maire ou aultre ayant charge de faire la harangue. A l'entrée de M. de Bellegarde, en 1585, ce privilège fort ancien leur fut contesté par le capitaine de Pernes, commandant du château ^^, qui voulut les précéder avec ses

*6 Jacques de Pernes, gouverneur des ville et château de Saintes. En 1585, il

soldats, mais le Corps de Ville repoussa cette prétention, et le présomptueux capitaine fut prié de ne se émisser prendre une telle har disse.

Je terminerai par un aperçu des revenus et des charges ordinaires de la Ville à l'époque de 1 581 . Ces renseignements sont puisés dans une déclaration des Échevins aux trésoriers de Sa Majesté établis à Poitiers. Cette déclaration était exigée parce que la Commune 1 > Saintes tenait du Roi pour THôtel de Ville et la prairie de la Fallut, et déjà il en avait été fait une au mois de mai l Vj j. Alors, pour se concilier les bonnes grâces de l'agent du trésor, les Échevins avaient envoyé une députation lui faire la révérence, avec prière de bien (av'<!>$er la Ville, et ils lui avaient fourni, durant iuul son séjour à Saintes, quoir^ quaris de vin par chaque repas,

La Ville possédait en immeubles VHostel de VEschevinage cl la rivière et prahairie de la P '' /:. Des concessions à titre de rente avaient été faites dans cette prairie ; le produit annuel en pouvait être de soixante-dix livres. Mais ces rentes étaient mal payées et il fallait souvent poursuivre les débiteurs.

urhet était un droit de quinze sols par tonneau de vin perçu sur les liôtehers et taverniers de la ville et des

commandait la garnison. Nous possédons le rôle de la compagnie de cinquante hommes de guerre à pied dont il était capitaine en 1598. Jacques de Pernes fut admis à l'Échevinage,

En 1609, en faisant démolir pur ordre du Roi une vieille tour à l'entrée de la citadelle, il mit à découvert des fragments considérables d'antiquités et un certain nombre de médailles se rapporUmt à l'époque romame : c'est la plupart de ces curiosités que Samuel Veyrel, notre savant apothicaire de Saintes, a décrites dans VIndice de son cabinet. Jacques de Pernes mourut le II janvier 1612 ; son fils Louis e remplaça dans son commandement et au Corps do Ville.

faubourgs, celui de Saint-Eutrope excepté. Ce droit, qui valait soixante -dix livres environ, aurait dû être beaucoup plus productif; mais il était odieux et la perception en était difficile ; souvent les Échevins ne trouvaient pas à l'affermer; aussi, en 1574, accordèrent-ils une bonification des deux tiers de l'impôt à quiconque le payerait volontairement.

Plusieurs paroisses circonvoisines étaient soumises au droit de Guet envers la Ville. Ces paroisses étaient : Saint- Sornin-de-Sescliaulx, Crazannes, Escurat, Saint-Porchaire, les Essards, Soulignonne, Saint-Georges-des-Gousteaulx , Nieulx, la Clipse, Corme-Royal, Chermignac, Saint-Eutrope, Saint-Palais, Plassay, Geay et Rommegoux.

Dans l'origine, ce droit seigneurial n'était pas rachetabie en argent, mais il le devint par la suite du temps. Cependant les paroisses tenancières de Saintes ne faisaient point de guet et elles se refusaient au payement de toute redevance : il y avait, en I'8f , un procès commencé à ce sujet. Si le droit eût été acquitté, il aurait pu rapporter trente-trois écus un tiers ^"^ .

fl' Ajoutons ici quelques détails nouveaux sur le même sujet empruntés à un état dressé en 1745 par le receveur général des domaines de la Généralité de la Rochelle.

Le domaine municipal de Saintes cousistait en plusieurs propriétés et droits cédés par les Rois de Franco au Corps de Ville à titre de récompense « de louables actions faites contre les Anglais », «avoir : 1° l'Hôtel de Ville proprement dit, qui relevait de Sa Majesté, au devoir de 2 deniers d'or évalués à 10 sols chacun ; 2° sept maisons avec boutiques, pour lesquelles il était payé anuuellenjent à la recette du domaine 30 sols de rente noble; 3" la prairie appelée la Pallu, située au-dessus de la Ville, contenant 4i85 journaux 18 carrés et de plus 4 quartiers de pré, au lieu dit : le Tré le Roy; la dite Pallu tenue à foi et hommage de Sa Majesté au devoir d'un niarbotin d'or à mouvance de seigneur; et ledit Pré le Roy, à 20 sols de rente annuelle ; k° le droit de guet et les bians et corvées dus sur plusieurs paroisses des environs; 5" enfin le droit de jaugeage sur la ville, les fau bourgs et les paroisses circonvoisines.

Mais ce droit de Guet imposait à la Commune elle-même un tribut de quarante écus envers le capitaine des ponts de la ville. Il lui fallait, de plus, payer annuellement :

Au Maire vingt-cinq livres ;

Au Procureur douze livres dix sols ;

Au Receveur et au Greffier pareille somme pour chacun ;

A chacun des six Gagers soixante sois et un habillement complet ;

A l'Avocat et au Procureur de la Ville en la Cour du Parlement de Bordeaux deux écus aussi pour chacun.

De telle sorte que les ressources du trésor communal étaient presque toujours absorbées; et quand il survenait un procès, les Échevins étaient le plus souvent obligés de prendre des deniers dans leur bourse pour en payer les frais.

Je me suis demandé pourquoi les Municipaux n'ajoutèrent pas au chiflre de leurs dépenses ordinaires l'argent employé chaque année, suivant les bonnes coutumes, à acheter de l'hypocras le jourde la fête du Monsieur S aint-IIilaire. Quelle était l'origine de cet usage? Je l'ignore ; mais, sans oûenser nos sévères aïeux, n'est-il par permis de supposer que tout u'étail pas religieux et grave au grand jour des élections, et qu'après avoir pieusement invoqué les lumières de l'Esprit- Saint pour l'heureux accomplissement de l'œuvre municipale , ils ne dédaignaient pas d'en sceller les résultats par de joyeuses libations ?

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