‹ SaintGervais de Rouen Église et paroisseChapitre 4 sur 27 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

PRÈS la conquête de TAngleterre , Guillaume-Ie-

Bâtard, par estime pour Jean d'Allié, abbé de Fé-

X ^camp, et pour dédommager Tabbaye des pertes que Harold'lui avait fait éprouver dans la Grande-Bretagne, confirma ^ tout ce que le roi Édouard-le-Gonfesseur avait aumôné au monastère. Il voulut aussi que Téglise de Saint- Gervais fût, comme Tabbaye, exempte de la juridiction épiscopale; les évéques, abbés et principaux seigneurs signèrent cette charte. Le lecteur trouvera, aux pièces justificatives, le vidimus d une conlirniation de cette excinplioii, couiirmation qui fut accordée à l'abbé Estolde d'Estouteville, en si 405, par Pierre de Luna ou de Luue, cardinal aragonais se disant Benoist XIII. Ce fut alors que Téglise de Saint-Gervais devint prieuré, les prieurés étant des espèces de fermes dépendant des abbayes; d'ailleurs elle n*a pas porté d'autre nom pendant plusieurs siècles.

Le prieuré de Saint-Gervais était vaste; son exposition au soleil levant qui dissipe les brouillards de la vallée, sa situation à cinquante mètres environ au-dessus de la Seine, et d*où la vue peut s*éténdre si loin, tout avait contribué à

< <c Essai bisioriqiic et littéraire d« l'abikaye de Fécamp, » par Lerom d« llBej, p. 2(H».

— ai —

le faire aimer de Guillaume; aussi il en avait fait sa demeure, et mi^mp il y a tenu cour de justice d'abord en 4064, puis en 1 080, sous le nom d'Échiquier.

Les successeurs du Conquérant y tinrent aussi l'Échiquier ; nous voyons, en effet, dans le catalogue des chartes de l'ahbaye d'Ardennes > :

€ 5. Acte cyrographe, ermOi et non édenté (suiTant l'usage le plus commun), passé à Rouen, Tan de rincania-> tion 1494 , à la cour du roi *, dans le clottre de Safatt-Gerrais, pour régler un différend entre l'abbaye d'Ardennes, d'une part, et Paul de Bai ou, sa femme et ses enfants de l'autre, au sujet des fiefs et tennements donnés à cette abbaye par Aiulphe du Marché. »

Rétrogradons un peu, car nous sommes arrivé au pins grand événement historique dont Saint-Gervais ait été le théfttre.

Gufllatime-le-Gonqaérant, an sac de la ville dé Hantes en 4087, se blessa sî grièvement avec Tarçon de sa selle, qu'il fut obligé de se faire apporter à Rouen. Les suites de cette contusion devinrent de Jour en jour plus graves, à cause de

l'agitation qu'il s'était donnée en commandant ses troupes et à cause de la chaleur de la saison. Le bruit de la ville, qui était populeuse, lui étant insupportable*, et afin de prendre le bon air, il se fit transporter au prieuré de Saint-Gervais & oi^ il reçut les soins de Gislebert M&minot, son ancien

* Floqaet, « Histoire da Parlement, »> t. i, p. 43.

* t Mém. de la Société des AntiqiiAir«» de Noriuaudie, » t. Tii, l'« série, Lédiattdé d'Aniiy, p. 9.

* Ricbard-Cœur-de-Lion.

* Orderle Vital, édit. Ang. LepreTost, t. in, p. 227.

* E pot H mal ki s'engréga, (s'aggrtft) Porter Bc flst à Saint Gervaise, Por ço ke pias li est en aise.

{ » Roman de Ruu, u par Robert Wace, Vers 14224 et suiv., t. u, p» IBS. Bdil. Ronéo, Bd. Vtkn, IttT, in-So).

médeem, qu'il avait fait évéqiie de Lisieux. Gontard» abbé de Jumièges, a»uitai( l'évéqae avec d*autrea deret qui pratiquaient la médecine. Nous possédons, inséré dans An-

Francfort, ^603, in-folio, un récit très détaillé des derniers moments du roi Guillaume, écrit sans doute par un des prêtres qui le préparaient à la mort. Le fond en paraît vrai et offre beaucoup d'intérêt. La longueur de ce préri» ux fragment d'un ancien livre du monastère de Samt-Étienne de Cam BOUS a empêché de l'insérer tout au long ; il peut se résumer en quelques lignes : Le roi languit six semaines, et, sâtatant les approdies de la mort, il apar^t alors la vanité des grandeurs humaines. U fit d'abondantes aumônes en Noraoandie et en Angleterre, envoya de Tafgent à Manies pour rebfttir les élises qu'il avait incendiées, rendit la liberté à beaucoup de Saxons et de Normands qu'il retenait en prison ; enfin, dans un long discours il rappela tous les ' faits de sa vie, les noms de ses premiers instituteurs et sa reconnaissance envers Turquetil, songouTerneur. Il disait tout haut ses presseatioients ; l'avenir lui paraissait bien sombre,* et il se demandait quel destin était réservé à ses peuples.

« Pédant que le roi Guillaume parlait ainsi, la stupeur s'était emparée des assistants, qui, dans leur prévoyance. Usaient livec effiroi dans l'avenir. Quand Henri, le plus jeune de ses fils, vit qu*il ne lui était rien donné des trésors royaux, il se mit à pleurer et dît au roi : t jBt à moi, père, que me . donnes-tu? > Le roi lui dit : c le te donne ft,OOÛ livres d'argent de mon trésor. » Alors Henri reprit : « Que ferai-je d'un trésor si je n'ai pas dlialritstion ? Son ph« lui répondit : € Prends patience, mon fils, et aie confiance dans le Seigneur. Souliit; sans te plaindre que les frères aînés soient avant toi : Robert aura la Normandie, et Guillaume l'Angletei le , niais toi, quand ton t^mps viendra, tu auras tout l'empire que J'ai possédé et tu l'emporteras sur tes

frères en richesBea et en puissance » Sa prédiction se réalisa

€ Enfin, le cinquième jour des ides de septembre > (9 septembre 4087), comme déjà le soleil répandait ses brillants rayons dans Tunivers, le roi, réveillé, entendit sonner la grosse cloche à la basilique métropolitaine. Il demanda ce

qui sonnait; ses serviteurs lui répondirent : « Seigneur, c'est prime qui sonne à Sainte-Marie 3. » Alors le roi, avec la plus grande dévotion, éleva les yeux vers le ciel, et, levant les mains, li dit : « Seigneur! je me recommaniJe à Marie, sainte Mère de Dieu, afin que, par ses saintes prières, elle me réconcilie avec son très-cher fils, notre Seigneur Jésus- Christ. » Après ces paroles il expira. Les médecins et les autres personnes présentes,* qui gardaient le roi toute la nuit, le laissèrent reposer sans gémissements et sans bruit, et quand, au manque de respiration, ils s*apercurent qu'il était mort, ils furent grandement étonnés et restèrent comme fous. Les plus riches montèrent aussitôt à cheval et partirent, se hâtant d*aller défendre leurs bions. Les domestiques et les gens inférieurs de la maison, voyant les maîtres se retirer, enlevèrent les armes, les vases, les vêtements et le linge, enfin tout le mobilier royal, et abandonnant le cadavre du roi, presque nu dans la cour, ils s'eiifiiirent *.

Tout avait fui, parents et amis. Ce fat un simple gentilhomme de la campagne, noomié Herlnin, qui, par bon

' « Fragmeotum ex antiq. lib.. » S. Steph. Cadom.

' GalUamne de Jnalèges, « Histoire des daes de Normindie, » dit le

10 septembre, p. 241, trad. Gaiiet. — Orderic Vital, « Hist. ecclesiast., » lib. vu, apud « Script, rer. Normann., » p. 661. — Robert VVace, tome 2, vers 14347 et saiv., dit le 10 septembre. — L'art de v^ritier les dates dit : « il moarut le 8 oa le 9 septembre 1087, âge de 60 ans, après avoir possédé It Noraunidte près dednqaanUHlein mis, le Maine eaviion idagt-dim et l'Angleterre vingt et on. »

• Aujourd hui ^ntre-Dame.

* « Frasmentum ex antiq. lib. »

cœur et pour raroour de Dieu, fit Tenir à ses frais des ense- ▼elisseurs et un chariot, et fit transporter le cadavre jusqu'au bord de la Seine, et de Ik sur une barque, par la rivière et

par la mer, jusqu'à la ville de Caen.

Nous omettons les piteux et df^goûtants faits qui suivirent la mort du Conquérant, frappé dans sa soixanti^me année Ce sont des exemples sur la fragilité des grantieurs humaines ; c'est un thème toujours dt^crit fort au long par les historiens anglais. Quand Robert partit pour les croi« sades, il emmena beaucoup de seigneurs avec lui ; les classes laborieuses payaient volontiers les frais de la guerre, mais, en échange, il leur fallait des privilèges ; les artisans voulurent imiter les seigneurs ; ils eurent leurs bannières et leurs devises. Enfin ils formèrent des corporations hors desquelles il n'était pas permis d'exercer Tart ' et auxquelles on donna des statuts. Les abbayes, de leur côté, qui four> nissaient beaucoup, soit en hommes, argent ou approvisionnements, se liàent confirmer toutes leurs chartes.

A l'avèiit ment de Henri II au duché de Normartdie, les moines de Fécamp, jaloux de leurs privilèges, les tirent confirmer par le duc.

Les nombreuses confirmations qui se succédèrent dans le cours des xii*, xiii* et xiv* siècles prouvent que nos moines étaient toujours inquiétés, et par les archevêques et par les héritiers des donateurs. Voulant être en mesure d'opposer des pièces authentiques à des prétentions sans cesse renaissantes, ce n'était pas assez que leurs fondations fussent confirmées par les papes, les seigneurs supérieurs, par les évêques, par les enfants des donateurs et par toute leur famille : ils stipulaient encore dans les actes une infinité de privilèges, d'immunités ; ils y faisaient mettre que leurs

' H. At^uste Leprevost, noie insérée page 2QH du t. il du « Homra de Hoa, » par Robert Wace. , ' Onin-Lscrolx.

terres, leurs bois et posseeiiont seraieat exemptée de toute sorte de droits: t Ab omni teloneo; pontaglo, paseegîo, tota^ ûeOf roletieot salQtatieo« cespitetico, mutatico» ab omni jure et ezactione qoaeumqoe, » et sur ce sujet il n*y aveil point de rederanees, d'impositions et de levées, qui ne leur toml>assent dans Tesprit, et qu'ils n'y fissent employer tout * aa long.

Philippe-Auguste, après la conquête de la ISormandie, fit h l'abbaye de Fécamp divèises ilormtions parmi lesquelles nous remarquons que l'abbaye reçoit, pour son prieuré de Saint-Gervais, quelques propriétés sises à Campeaux, aumànées pour quatre fers à cheval et douze deniers de rentes . Nous allons Toir, dans les quelques fiiits qui suivent, quel crédit avaient les moines de Fécamp auprès des papes et des rois, et avec quelle jalouse rivalité ils luttaient contre le déirgé ; nous verrons encore les prieurs de Saint-Oervais chargés de missions de censure.

Fhrin nous dit qu'il a vu, dans les archives de Fécamp, qu'un certain Paul de Gai prenait la qualité de prieur de Saint-Oervais ; nous avons trouvé nous-méme, aux archives départementales, une petite charte par laquelle ce Paul de Gai, prieur de Saint-Gervais, donne quelques pièces de terre à'i'église.

Le même auteur nous apprend qu'Urbain IV donna, en 4264, commission au prieur de Saint-Gcrvais 3 pour excommoaier les délenteurs des biens de Saint-Ouen.

Le temps était aux croisades, et les grands malheurs qui avaient accablé saint Louis ne lui avaient pas 6té la pensée d'aller arracher, des mains des Sarrasins, le sépulcre du Ré* dompteur du monde. Apprenant que les infidèles ont quelques

■ « Hiit dé la ville et de l'ablWTe de Fécamp, w Léon Fallae, p. 19S.

* « Ren^f d*errét8 de réglemens et aaires arréu noUblet demiée ta Parlement de Nonnandie, etc., » par L. Froland, t. l*^ — POOHiienye, «« Histoire de l'abbaye de Saint-Oaeo, » p. 282.

succès en PÉlesline, swnt Lonis vent.aller les combattre ; il épuisa, à cet effet, tontes ses finances ponr les enrôlements; fl sHsns nne inflorité de chartes en fiiTeur des villes, des monastères et des seigneurs ; il fit un codictie dans lequel Bodes Rigaud, archevêque de Rouen, pour ayoir pr6ché la croisade, est un des exécuteurs testamentaires ^. Eudes Rigaud va partout, il engage les peuples à aller délivrer le tombeau du Christ. Le deuxième jour des kalendes de juillet 4269, lise rend processionneîîement à l'aître Saint-Gervais, et, monté sur un échafaud dressé à cet effet, il y prêche devant le seigneur légat en faveur des croisades \ c'est la dernière fois qu'il devait y prêcher, car quelques mois plus tard saint Louis meurt de la peste au milieu de son expédition ; et nous avons vu plus haut que Eudes Rigaud avait été nommé un de ses exécuteurs testamentaires. Cet archevêque avait trouvé à Saint-<3ervais, en IS55, un nommé Jean comme prieur.

En 4974, le prieur de Saint-Gervais est nonuné, par une hnlle de Grégoire X, commissaire du saint Siège pour empêcher la vente des terres du ilcf de Saint-Ouen de Rouen *.

Ce litre de prieur fut fort envié ; c'était à qui s'en saisirait même par fraude. Un abbé de Chartres et un religieux de Jumîèeres s'en étaient fait pourvoir en cour de Rome. Ils en forent déboutés par arrêt coutradictoire de l'Échiquier ^.

Autre fait des plus curieux, qui se rapporte indirectement à rhistoire de Saint-Gervais, mais trop étrange pour ne pas le consigner ici. Un maire de Rouen, Jean Naguet, fot excommunié par le chapitre de la caihédrale, par suite d*une lutte énergique entre la commune et le chapitre, au sujet de juridictions; l'excommunication durait encore, quanli le

* FoBiMffif^ H Archives da Rooeiij » p. 282.

* « Regestram yisitatiOBnin, » publié par Th. Bonniii, p. SS9.

* L. Froland, 1. 1.

' FariD, édit. 1668, t. ii, p. 224.

maire Naguet vint à mourir. Le chapitre demandait, pour l'absolution, des conditions exagérées et inacceptables sans lesquelles il refusait la sépulture. Philippe-le-Bel fut averti de ces faits ; mais en attendant sa décision» qui pouvait Âtra retardée, les amis et parents de Jean Naguet rensevelirent an plus vite dans le cimetière de Téglise de Saint-Gervais, qui ne relevait que de Vabbé de Fécamp. Une réponse du chapitre, au vicomte de Rouen, nous donne la fin de cette déplorable affaire ; nous l'empruntons à un savant ouvrage de riionorablc M. Chcruel *.

« A sage et honorable personiie le vicomte de Rouen, les doyen et cliapitre de lluuen, salut dans le Seigneur : Nous avons ouvert ia lettre close que vous nous avez présentée, le jeudi après Lœtare Jérusalem, et dont la teneur suit :

» Philippe, par la grâce de Dieu, roi de France, à ses amés les doyen et chapitre de Rouen, salut et dilection : On nous a donné à entendre que vous aviez excommunié et fait excommunier, par l'official de Rouen, feu Jean Naguet, jadis maire de cette ville, parce qu*en son nom et au nom de la commune de Rouen, il avait pris, de son vivant, une décision contre vous et votre église; et rjne, par suite de cette excomniuiiication, on s'oppose à son inhumation. Nous vous requérons de l'absoudre, d'après la forme canonique de l'excomnjunication que vous avez portée contre lui, et de permettre (ju'il soit aussi absous par l'official, de telle sorte que son corps puisse recevoir la sépulture ecclésiastique. £n quoi faisant vous nous serez agréables. Donné à Paris, le mercredi après la Mi-Caréme. »

< Désirant vivement lui complaire, nous répondrons qu'on a faussement donné h entendre au seigneur roi que nous avions fait excommunier Jean Naguet, ancien maire de

' Chcraei, u Histoire de Hoaeo peodaol l'époque communale^ » p. iSÙ, 190, WB, 2U9.

Rouen, par Tofficial de cette ville ; nous l'avons, de son vivant, soumis à ranathème» canoalquement, en vertu de l'autorité apostolique, et nous avons offert à vous-mém^ et . aux autres, qui nous parlaient pour lui, de l'absoudre d'après la forme ecclésiastique,- et nous vous Tofirons encore dans cet écrit. Mais ses amis, avant même qu*on eût reçu la lettre du roi, méprisant l'excommunication qui pesait sur lui, lui avaient donné la sépulture dans l'église Saint-Gervais, de fait seulement, car ils ne le pouvaient de droit. Donné sous le sceau du doyen do Rouen, l'an du Seigneur 4290 {1291), le jeudi apr^ïs le dimanche de Laetare Jérusalem (le jeudi 46 mars 1291]. y>

Un interminable procès s'éleva en 1321 , entre la commune de Rouen et les abbés de Fécamp, à cause des contributions aux aides et tailles que la ville voulait faire payer aux habitants de Saint-Gervais, qui en appelèrent au roi. Les quelques extraits suivants, des archives municipales >, nous éclaireront suffisamment sur ce curieux passage de l'histoire de la juridiction de Saint'Gervais.

« Certain procez, introduict devant le bailly de Rouen et depuis en l'Eschiquier de Normandie, sur ung lettre, impctrée par les relligieux abbé et couvent do Fescarap, du roy Phylippe, en l'an mil trois cens vingt ung, le septième jour de novembre, par laquelle ledict seigneur mandait audîct bailly que sil luy apparoist que les hommes de Saint-Gervais, ressortant de leur harronnie, fussent en possession et liberté de ne contribuer aux aides ni impôts de ladicte ville, qu'il eut yceulx entretenir en ladicte liberté et si aucun empeschôment leur avoit esté sur ce donné et pour ce leurs biens prins, qu'il eust à yceulx faire délivrer et en cas d'opposition qu'il eut adjoumé lesdicts opposans au prochain Eschiquier pour sur ce procéder, etc.

* Registre U.

» Un Tydimus donné du roi Charles, d'ane lettre et ippoinelflineiiU donné en l'Bteliiqiiier de Nornwndye, an terme de Paeqne»! l'an mil trois cens vingt trois, comme snr ee dMord d'entre lesdicts relligîeux et le maire deRooen, pour raison de ladite contrîlmtion d'aides» fut ordonné and. Sscbi^ qnier, parties oyes, et déclaré qw la sentence donnée par le bsniy de Ronen, cfne les biens des borantes dnd. lien de Saint-Gervais leur seront rendus, avoit esté dict que par ledit bailly avoit esté bien procédé et que ledict maire l'amenderoit, etc.

> Une lettre du roy Charles, donnée h Sainct-Christofle en Halais, le xi^ jour de may l'an mil trois cens et vingt trois, addressée aux gens de rEschiqnier, comme ledict seigneur mandoit que appelés des sages du payes, qui furent an pie* doyer des parties, que s'il leor apparoissoit que aucune chose eust esté fecte contre la coutume du pays qu'ils Faussent à corriger et remettre en estât, et contient ladlcte lettre forme de proposition d'aTcux. Sur leqnel y a eu longues procédures et jusques en Tan 1408, tontesfois ne si trouve aucune' décision du dict procès, etc. s » .

On ne s'était pas pressé de TÎder ce différend, car nous voyons que Philippe de Valois, par une charte de 1343, en- * joint à l'Échiquier de réviser l'arrêt et d'obéir k un ordre antérieurement donné. La commune, au nom des habitants de la ville, ne voulant pas payer l'impôt à la foire Saint- Genrais, insinua au duc Jean que les impôts qu'il percevait dans Rouen diminueraient, parce que chacun irait s'établir à SaiatoGerrais, comme juridiction franche de tout droit et aitt d'avoir pleine franchiae dans la ville. Voyons les pièces mêmes de ces curieuses discussions.

« Les bommes de Saint^-Gervais, disaient-ils, viennent tra^

' L'arrêt de rÉcbiqaier se troan avMi aoi trcfaivet départanealttoi,

liasse Saint-G^rvais, cott<» f73.

' Archives maaicipales, U, 1, 113 recto.

llqner dm Rouen, et ne ponmîent même vhnre autrement. Us veulent avoir toutes les francldses et libertés de la ville, mtfs sm contribuer à auemie des eharges. Si on leur

accordait ce privilège, les aides levés par le seigneur duc * perdraient de leur valeur. Il en résulterait de si graves

inconvénients, que la meilleure partie des bourgeois irait demeurer an fief de Saint-Gprvais, qui appartient aux r( lifj;i(îux de Fécamp, afin d'avoir pleine franchise dans la ville. Rouen serait ruiné, et le seigneur duc ne pourrait plus percevoir ses rentes. Les marchands étrangers déserteraient aussi notre eité pour la ville privilégiée t. »

Le duc Jean, craignant de voir diminuer les impôts qu'il percevait dans Rouoi, adressa au bailli la diarte suivants, signée le 43 avril 1336 :

€ Le maire et les pairs de Rouen nous ont représenté que nos amis et féaux, le seigneur archevêque de Rouen et les abbés de Sainte-Catherine, de Fécamp et de Saint-Ouen, soutiennent contre eux plusieurs procès qu'ils s'efforcent de traîner en iongueur, et qu'en ]>lusieurs cas, ils ont porté atteinte à la juridiction et aux. droits des plaignants. Ils ont igouté que, s'ils succombaient dans ces procès, nos droits et ceux de la ville seraient en péril. En conséquence, nous ordonnons que pour les procès actueliement pendants, et pour eeux qui pourraient survenir entre les maire, pairs et habitants, d*nne part, et les abbayes de Tautre, si nos droit» tsmpords étaient compromis, tu enjoignes à notre proeiK reur de s'adjoindre aux maire et pairs de Rouen K »

Leduc Jean comptait sans son hôte, sans Tabbé de Fécamp, qui jouissait de tout avantage tout le temps que le procès était pendant, et qui par conséquent ne s'empressait pas de • terminer. S'il nous fallait donner toutes les pièces de ces procédures,, nous n'en finirions pas ; nous terminerons par

* Chérad, n un. delUNMn pMriMt Vêpoqt» eoBunaaito, » t. n, tST. > Ibideai.

la note suivante. <( Vingt-quatre procédures fectes sur icelluy gaige-plège en l'Escbiquier de Normandye, depuis 4346 jusques en Fan tontes foys n'y a aucune décision dndît descord i. »

La funeste bataille de Poitiers, où le roi fut fait prisonnier (19 septembre 1356), et les pertes immenses qu'éprouva la noblesse, mirent le pouvoir aux mains des bourgeois. Pendant la captivité du roi, le dauphin gouverna, mais sa régence ne fut guère heureuse. Au l)out de quatre ans, le roi, par le traité de Bretigny, fut rendu à la liberté et rentra à Paris en décembre 1360. Pour payer sa rançon de trois millions d'écus d'or, son fils ne refusa rien, promit, jura et paya. Charles V, dit le Sage, se fiait peu h la noblesse» et appuyait fort la bourgeoisie, à laquelle il accordait beaucoup. La commune de Rouen sut profiter, et « les Rouennais détruisirent le prieuré de Saint-Gervais, sous prétexte qu'en cas de guerre, les ennemis pourraient s*y retrancber et s*en servir comme contre la ville s. » La pièce snivaiite prouve assez quelles réclamations firent les abbés de Fécamp pour obtenir des indemnités de la coijiiuune ; mais la royauté, qui avait plus que jamais besoin de secours, protégea quand même la bourgeoisie.

« Lettres de Charles, aisné fils du roi de France, duc de Normandye, daulphin de Viennoys, donnée à Paris, le ixii* jour de février l'an mil troys cens soixante ung : Narration fecte que par l'église du prieuré de Saint-Gervais lès la ville de Rouen, la dicte ville povoit estre en péril d'estre gastée, destruicte et perdue ; à cette cause avoit esté par luy ordonné que ladicte église seroit arrasée, démolye et abatue ; toutes fois le prieur dudict lieu s'estoit vanté du depuis faire semondre et tenir en procès lesdicts bourgeois et babitans, qui en ce avoient acomply le commandement et ordonnance

* AieUfBs manicipales, U, 1, 113 verso.'

' Chérofll, « Hiiloin de Rowdi époque commamte. »

dudict seigneur ; à cette cause estoil mandé au bailly et vicomte de Rouen que se ledict prieur, ou autre pour lui, perseyoit de faire aprocher lesdicts bourgeoys et habitants audict lieu et ailleurs^ ils eussent à contraindre quelque part [que] se fast par prinse et détemption de tout son temporel eu quelque lieu qu'il îuhl., sans en faire, si ce n'étoit que par son ordonnance, délivrance aucune, jusques à ce qu'il eust repparoy et redressé tantost et sans delay tout ce que faict auroit au contraire et d'en laue telle amende audict seigneur comme ledict bailly et vicomte verront estre à faire raison K »

' Chëruel, >< Uiât. de Rouen sotu la domioatioa angloise aa xv« siècle, » Notes» p. tt.

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