Gf.rsoms Opcra. t. IV. p. 8G
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des yji-ii^ «-i des triomphes de Reims, elle pleurait sa mort prochaine, comme le Scigoeur pleurait sur son chemin triomphal de Bethphagé, jonché de palmes.
Je n'ai pas le cœur de vou^ peindre Faliandun et peut-être la trahison de Compiègne. Ah ! Ton me dit que cette tour de Compiègne, qui vit Jeanne tomber prisonnière, vient de crouler : ce n'est pas moi, certes, qui la relèverai, car c'est bien le monument de la plus iiraude honte de la patrie française.
Je i e vous peindrai pas non plus la torture de Rouen, (m a raconté ce martyre : le martyre de la prison, le martyre de Féchafaud, le supplice du corps. Mais le supplice de Tàme; mais le martyre de ce c«>iir. qui le racontera? Ce cœur n'aimait que la France, et elle voit que la France ] oublie et Fabandonne! Ce cœur aimait son roi. et elle entend insulter et calomnier ce roi ! Ce cœur aimait l'Église, et elle voit les pontifes et les hommes d'éijlise siéger parmi ses juges I Ce cœur ne battait cjue pour la sainte foi, et elle s'entend appeler hérétique, apostate de la foi de îésus! Ce co'ur n'aimait rien tant que son viri:inal hofmeur, et elle se voit exposée à d'odieux attentats! Ah; mieux vaudrait la mort. " J'cùmerais mieux mourir que d'rire aux fers! » Pauvre fille î
File mourut, Messieurs, mais elle ne tomba pas :
ï. BossiKT. Pnlitiij'ie saciéf. liv. i. arl.0,1), 195; liv. ix, ar!. :., p. 4067.
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elle-même s'oiïrit en sacritice. Déjà son saiiL si pur avait été versé, versé à Orléans, versé à Jaiueau, versé devant Paris : mais ce n'était pas assez. Le sacrifice le plus parfait de l'ancienne loi s'appelait riiolocauste: on brûlait la victime : ce lut celui de Jeanne. Elle monta sur le bûcher comme sur un autel, et, comme le prêtre à l'autel, elle demanda (jue fût placée et tenue devant elle une croix. Puis là, de ce haut lieu, entre la terre e( le ciel, les mains liées, elle leva les yeux et commença les prières. Le temple de feu s'illumina, la fumée s'éleva comme un nuai:e d'encens, hfeu dévora les liens, la llamme couronna pui:> consuma l'hostie : - Jhesus! .Ihesus ! Le ciel s'étai' ouvert, les anges accoururent ! Une colombe parut : « Venez, ô ma colombe, venez pour être couronnée ^ ! »
Jeanne avait dit le matin : ■ Maiire Pierre, ou serai-je ce soir?... Oh oui, parla urâce de Dieu, je serai en paradis ! )^
La captive était libre, la rédemptrice rachetée. Libéra, Redempta ! Ce sont deux inscriptions qu'on lit aux Catacombes, sur les tombeaux de deux de ces vierges martyres que Jeanne était allée rejoindre dans les cieux. C'étaient aussi les deux nnu- \eaux noms de la France.
Li!)re d'abord, libre bientr.t de la domination de TAniileterre. à ([ui soit miséricorde et pardon! Puis libre aussi chez elle de ces « Grandes Com-
1. ( antic ÏV, 8. ]eni cohimhii unn, ren'' .V).'i ;/■/'//•'.; ; ri , iic inoniibus parcloj'imt .
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pa,Knies d'aventuriers et de bandits qui déchiraient son sein, et qu'elle allait remplacer par des armées rétiulières. Voilà ce que dit l'histoire. Libre aussi de ToliKarchie de ces grands apanagistes, ducs de Bouri;o:-ne et autres, non moics redoutables au dedans que les Anglbiis eux-mêmes, et qui vont de uré <»u de force rentrer demain dans le juiron de l'unité française. Libre de prendre son vol, le vol de lintelligence dans ces hautes régions où le xv*^ et le xvi*' siècles allaient faire de si belles découvertes et de si riches conquêtes; lorsque, hélas! le Protestantisme vint rouvrir dans l'Europe une nouvelle Guerre de cent ans, couper les ailes n ce pro.::rès, et tout précipiter dans la boue et le san::.
Elle fut rachetée aussi : Hedempta. Rachetée du péril imminent de cette heure de ténèbres, où la tyrannie sanguinaire de Henri VIII ne lui eut laissé que le choix ou d'apostasier à sa suite ou de souffrir comme la catholique Irlande. Catholiques et Français, si nous sommes encore l'un et l'autre, après Dieu c'est à .Jeanne que nous en devons et la .^râce et l'honneur.
Maintenant, j'ai terminé.
Le grand évêque de Meaux parlant de la prédilection du Seigneur pour saint Jean, son disciple, explique qu'il lui lit le triple don de son cœur, de sa croix, de sa mère. Orléanais, mes frères, il m'a semblé que Jeanne dont vous avez hérité a laissé à votre cilé trois semblables présents.
Elle VOUS a laissé sa mère. — Quelques années après le supplice de Jeanne, on rencontrait parfois dans vos rues réparées, une femme vénérable en habits de deuil, dont le front était marqué du signe des grandes douleurs. On lui voyait surtout répandre beaucoup de larmes, lorsque, le mois de juin ramenant le triste anniversaire du martyre de Rouen, le peuple, les magistrats, se rendaient solennellement en l'église de Saint-Samson, pour y assister au service funèbre, que les prêtres célébraient pour Jeanne et les soldats. Et tous sanglotaient à la vue de cette femme. Mesdames, c'était la mère de votre libératrice; vous l'aviez appelée à venir habiter vos murs. Vous n'avez pas voulu laisser à d'autres le soin filial de sa vieillesse, et vous lui offriez, avec le pain de ses derniers jours, une demeure honorée dans la ville naguère sauvée par son enfant'. Ne lui offriez- vous pas aussi dans la vertu de vos filles, dans leur amour de la religion, du foyer et de la patrie, une consolante image de la douce fille qu'elle pleurait?
Jeanne nous a légué son cœur. — On raconte
1. En 1440, Isabelle Romée, mère de Jeanne d'Arc, vint habiter Orléans, où elle demeura jusqu'à sa mort. La ville lui faisait une pension men>uelle. Pierre de Lys, frère de la Pucelle, et fait avec elle prisonnier à Compiègne, vint aussi plus tard se fixer à Orléans, où le duc, de retour en France, lui donna l'Ile-aui-Bœufs, en 1443.
C'est d'Orléans que la mère de Jeanne, Pierre et Jean ses frères et ses autres parents, adressèrent une requête au Saint-Siège, à l'effet de « recouvrer leur honneur, celui de Jeanne, et dabolir la note d'infamie dont sa mémoire était injustement entachée ».
M. Mantellier, Le Siège et la Délivrance d'Orléans, p. 152 et
que, écarlant les cendres du bûcher qui Tavait consumée, on ne retrouva rien d'elle, excepté ce cœur intact que le feu avait respecté. Le cœur de Jeanne d'Arc ne meurt donc point. Il revit parmi vous. Messieurs, plein de cet amour sacré de la patrie, invincible dans l'action comme dans la souffrance. Soldats, vous la défendez : la patrie, c'est la force dans la justice. Magistrats, vous la représentez : la patrie c'est l'ordre et le droit. Prêtres, nous la servons, car la patrie ce n'est pas uniquement le foyer, c'est aussi l'autel, inséparablement.
Et la croix de Jeanne d'Arc, la croix qu'elle faisait arborer devant elle; et cet étendard « qu'elle aimait cent fois plus que sonépée »^ qui en a reçu le don glorieux et en traduit en vivantes réalités la synd^olique image ?
Monseigneur, il est là, déployé devant vous; et, quand j'y vois représenté Dieu le Père éternel et Créateur du monde, dont vous dépendez le saint nom, contre les attentats de l'athéisme contemporain: quand j'y lis ce nom de Jésus, son fils, dont vous mettez la doctrine, les exemples et la vie dans une si belle lumière ; quand j'y lis ce nom de Marie, la sainte mère de Dieu, que vous (aites aimer, honorer, imiter, par nos Mères chrf'uierDies, je n'ai plus à me demander en quelles mains en repose aujourd'hui l'héritage.
C'est donc justice qu'il vous soit remis à Vous, cet étendard, comme il l'était hier soir, lorsque le premier magistrat de la cité le déposait entre vos mains, sous le parvis du temple resplendissant
ET LA DELIVRANCi: D ORLEANS. jO
de clarté, tandis que. du sein d'une bien autre clarté, et du seuil d'un plus haut Temple, Jeanne vous le tendait dans les cieux.
Maintenant donc qu'il se lève l'étendard sacré ; qu'il marche à notre tête, qu'il parcoure notre ville par la voie triomphale: nous lui ferons cortège. iNous n'aurons plus, j'espère, à lui demander de rallier sur une brèche sanglante les soldats de rindépendance nationale. Mais si, dans ce siège sans fin dont l'impiété enserre l'Église et la société, Dieu demande de nous des courages meilleurs que le cour^ige des armes, ce seront ces noms sacrés et ces mêmes images de Jésus et de Marie, que nous inscrirons encore, avec le signe de la croix, sur la même bannière : I?i hoc rinces!