‹ Saints et saintes de DieuChapitre 31 sur 68 · S SAINT PIERRE (LAVER · texte numérisé non relu

S SAINT PIERRE (LAVER

ment, sinon uniquement, l'œuvre de l>ieu. Or, c'est un axiome de Tordre surnaturel que nul n'est propre à faire utilement l'œuvre de Dieu, s'il n'est lui-même un homme de Dieu.

La consécration à Dieu de Pierre Claver. précéda, pour lui, l'heure de sa naissance même. Sa mère, qui s'appelait Anne, s'était dit que si Dieu lui accordait un fils, ce fils de sa prière serait un autre Samuel voué au service du Tabernacle. L'éducation qu'elle lui donna tint fidèlement sa promesse; elle fut toute dirigée dans les voies du sanctuaire. Et lorsque plus tard, le monde s'étonnait de trouver dans un si jeune homme une sagesse si mûre avec une si ardente piété, Claver en renvoyait tout l'honneur au village, et il disait ces paroles que je livre à toutes les mères : u Ce qu'on nous apprend de bonne heure se perd difficilement. Ce qu'on a reçu au berceau, on l'emporte au tombeau. »

Après le foyer, l'école. Déjà la petite école primaire de Solsona avait affermi dans ce cœur, largement ouvert aux invitations célestes, le dessein de se donner à Jésus-Christ et à TÉglise dans l'ordre sacerdotal. « Par qui sera gravie la montagne du Seigneur, sinon par l'innocence et la pureté du cœur? » demande l'Écriture. Mais de telles âmes, chrétiens, ne s'arrêtent pas en chemin, de tels cœurs ne se donnent pas à demi; et Pierre veut se lier à Dieu par un nojud plus étroit. La Providence l'avait conduit au collège de Tarragone. C'était un de vos collèges, mes Révérends Pères,

LES ESCLAVES >'OIUS, 17î»

un de ces collèges dont votre Compagnie commençait à couvrir la face de l'Europe catholique, en attendant cpi'elle en couvrit les Deux-xMondes. Le jeune écolier subit bien vite la surnaturelle et douce attraction à laquelle échappent difficilement, je le sais, ceux qui ont le bonheur de vous voir tels que vous êtes, en vous voyant de près.

Comment, d'ailleurs, eût-il pu faire et penser d'autre sorte, au spectacle de cette première et éclatante aurore de votre société? On était aux dernières années du xvi*' siècle. Il n'y avait pas quarante ans que votre père Ignace était mort. Il n'y en avait pas dix que les survivants entre ses premiers compagnons venaient d'aller le rejoindre ; et déjà votre Compagnie était à l'avant-garde de tous les combats de la foi, sur tous les champs de bataille. Le jeune bachelier de Tarragone pouvait entendre raconter par les vieillards de son collège ce qu'ils avaient vu faire en Italie, en France, en Espagne, en Portugal, en Angleterre, en Allemagne, en Pologne, par ces ouvriers prodigieux qui s'appelaient Laynez, Salmeron, Lefebvre, Bobadilla, Le Jay, Canisius, lesquels, courant d'un bout de l'Europe à l'autre, avaient tenu partout en échec le protestantisme, et, dès 1560, le forçaient de jeter ce cri d'alarme et d'épouvante : le cri que Mélanchthon poussait sur son lit de mort, le cri que toutes les hérésies ont poussé sous toutes les formes : « Eh 1 bon Dieu, qu'est-ce que ceci? Je vois le monde entier qui se remplit de Jésuites! »

loO .SAINT PIERRE L LAVER.

Pierre Claver savait cela. Il voyait, ce jeune néophyte, toutes les gloires resplendir alors sur ces mêmes têtes. — La gloire de la science dans Laynez, Salmeron, tous deux orateurs, et thcolog-iens du Pape au concile de Trente: puis Canisius, Tolet, Maldonat, Possevin et le grand Hellarmin. — La gloire de la sainteté, de la sainteté éminente dans François de Borgia, naguère viceroi de cette Catalo,L:ne où Pierre Claver étudiait. Et s'il n'osait lever les yeux jusqu'à ces hauteurs éblouissantes, il pouvait les reposer doucement sur deux jeunes saints de son âge et de son temps : deux novices du Collège romain, saint Stanislas Kotska et saint Louis de Gonzague, ces deux anges d'innocence, dont le dernier venait, moins de huit ans auparavant, de reprendre son vol vers le ciel. — La gloire de l'apostolat, dans ces héroïques missionnaires pressés d'aller rendre à l'Église, par des conquêtes lointaines, le terrain ravi ailleurs par le protestantisme. Claver avait pu les voir partir de tous les ports d'Espagne et du Portugal, ces successeurs de Xavier, qui s'en allaient aux Indes, au .lapon, dans la Chine, dans les deux Amériques, en Egypte, en Ethiopie, en Abyssinie, au Congo, jeter la semence de l'Évangile: et cela sur un mot de leur chef, sans nul souci de leur vie, selon cette belle et forte parole de Pierre Lefebvre : " Il n'est pas nécessaire de vivre, il est nécessaire d'obéir ! »

Enfin, la gloire du martyre : le martyre dans le Japon et les pays infidèles, mais aussi déjà.

liélas ! le martyre au sein des nations apostates; tel celui d'Edmond Canipion, unissant ses palmes ensanglantées à celles du Père Spinola, de Paul Miki, Jean de Gotto, Jacques Kisaï, dont le supplice ne faisait que préluder à de prochaines immolations pareillement glorieuses...

Mais que parlé-je de gloire? Il s'agit bien de gloire humaine pour ces hommes de Dieu! Dans la chaire où ils prêchent, dans les conseils qu'ils dirigent, dans les livres qu'ils écrivent, dans les collèges où ils enseignent, sur les croix et les échafauds où ils meurent, tous ces religieux, ces docteurs, ces écrivains, ces maîtres, ces missionnaires, ces martyrs n'ont qu'une vue, qu'un regard; et c'est la vue des âmes, et c'est un regard vers le ciel : « A la plus grande gloire de Dieu ! • Voilà le mot d'ordre.

Après ce tableau, vous ne serez donc pas surpris d'apprendre que le premier mouvement du jeune Pierre ait été celui de l'épouvante : « Je n'osais, dit-il, porter si haut mes regards. » Le second mouvement fut l'absolu don de lui-même à Dieu. Admis au noviciat en août 1602, il écrivit, en tête de son règlement de vie, « qu'il chercherait Dieu en toutes choses, et tacherait de le trouver en tout. Pour le reste, il ne chercherait rien au monde que ce que Jésus-Christ lui-même y a cherché : sanctifier les âmes, et pour elles travailler, soulfrir, et, s'il le fallait, mourir. » Le voilà livré tout entier ; et lorsque, l'année suivante, le novice s'en fut en pèlerinage à Notre-Dame de iMont-Serrat, il n'eut pas, comme son Père Ignace.

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