SAINT LOUIS DE GONZAGUE
Ce fut beaucoup l'œuvre et le bienfait de la Keinc des Anges.
Vers sa dixième année Louis de Gonzague avait mis sa cbasteté sous la garde de la très sainte Vierge. A genoux devant son autel, il en avait prononcé le vœu, naïf encore ; mais ce qu'avait juré son enfance dans la candeur de Tinûocence, sa jeunesse le tiendra dans une vertu fidèle. Sa chasteté c'est une place forte, inexpugnable, où il a placé à chaque porte une garde vigilante du jour et de la nuit. Il a mis une garde à ses yeux avec lesquels il a fait ce pacte dont parle le livre de Job, fermant la porte même à la pensée du mal. Et l'on va voir dès lors le jeune et brillant cavalier traverser sans y seulement jeter un regard, toutes ces merveilles de l'art et ces merveilles d'un monde qui se refuse à le comprendre. Il met une garde à ses lèvres. Elle est si libre, elle est trop libre cette langue du xvi® siècle dans laquelle parlent et chantent les humanistes, les conteurs et les poètes des académies et des cours. Elle est trop libre cette langue dans la bouche des soldats et gardes du château, ou de ces condottieri à la solde de l'Espagne et du Saint-Empire romain. Louis de Gonzague l'abhorre, et pour en avoir redit inconsciemment quelques syllabes incomprises, quelque propos de soldat dont il ne savait pas le sens, le voilà qui verse des larmes qui ne tariront plus jamais. 11 met une garde à ses oreilles. Il no faut pas que devant le saint enfant on profère une seule parole (juœ non decet sanctos ; vous le voyez