LA JEUNESSE CATHOLIQUE
rougir d'abord, et puis relever uu Iront plein de reproche et de colère; cette colère de l'agneau dont parle l'Écriture. '< C'est un vieillard que ce jeune homme -. disent ceux qu'étonne ce prodige, le prodige de ce que Tertullien a nommé une chair angelisée, anrjelificata caro, telle que nous la donnera la transfiguration dans la gloire future, celle que la chasteté a déjà conquise à ce jeune vainqueur dès ce monde.
C'est une conquête. Messieurs, une conquête armée. Et si vous voulez savoir par quelles armes il s'est assujetti le corps dont toute l'âme est prisonnière, voyez ce cilice, cette ceinture de fer, ces fouets dont il meurtrit sa chair délicate et tendre. Ceux qui voient ces meurtrissures et qui entendent les coups dont il se châtie, en sont dans l'épouvante : " Mais ce jeune homme se tuera >, disent-ils. Non, Messieurs, ils se trompent : c'est le vieil homme charnel qui se tue, et l'homme nouveau être spirituel sort de là plein de vie renouvelée de Celui qui, dit l'apôtre, fut primitivement créé in justitia et roritale rastitatis!
Mais serai-je compris ici? Et y en a-t-il parmi vous qui sachent assez généreusement aimer Xotre- Seigneur Jésus-Christ flagellé, crucifié, pour lui offrir le sacrifice d'une chair virginale inviolée et marquée de ce signe sacré de la mortification qui est le signe de sa croix? Vous vous faites appeler la Jeunesse Catholique : vous ne pouvez prétendre à ce grand nom qu'à ce prix : c'est la première chose.
250 SAIM LOLIS DE GONZAiiLL.
On VOUS dira ce soir, dans votre Assemblée ,i:énérale. et on vous dira éloqueniment que vous êtes la grande armée de réserve de l'avenir, et que vous êtes appelés à de beaux et saints combats. Mais ne roa])liez pas : c'est contre vousmêmes d'abord qu il vous faut vous armer. Ce sont premièrement vos passions qu'il faut vaincre dans ces chastes combats de la continence; ceux de la vie intime qui vous feront forts et libres ensuite pour les combats et les victoires de la vie publique. Demanderez-vous d'y marcher à des pieds embourbés dans le vice? Ils étaient forts. Messieurs, parce qu'ils étaient libres, et libres parce qu'ils étaient rhastes. ces hommes qui ont vaincu le monde entriomphantd'eux-mêmes: ces apôtres, ces cénobites, ces confesseurs de la foi, dont plusieui^ et non les moindres étaient des jeunes gens comme vous. Et par contre, savez-vous à quoi tient l'impuissance radicale de tant d'hommes de nos jours? C'est qu'ils ne sont plus chastes, c'est qu'ils ne sont plus libres. Ils ont la corde au cou, et l'asservissement chez eux va de pair avec l'amollissement. Les entendez-vous qui se plaignaient : « Cela est plus fort que moi! » Hélas î il n'est que trop vrai, (le sont des vaincus devenus des esclave>. Adieu courage, adieu vertu, adieu mâles énergies du devoir et de l'endurance î Sont-ce même des hommes encore? ^< Quand .lupiter fait un homme esclave, a dit Homère, il lui ote la moitié <le son Ame. Tristes esclaves du pé( hé. que reste-t-il de la vôtre .'
lA .lEUNS^St: CAlUuLIgLL.
•l'ai «lit que Louis de Gonzague fut un ange, de piété. A de jeunes cœurs comme les vôtres, et «îans cet nge de feu, il faut un grand amour, un violent amouidu bien, pour le préserver ou guérir de la non moins \ioleate tentation du mal. Or, pour cela je n'ai pas de meilleur amour à vous oll'rir que l'amour passionné de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Aimez-le donc, Messieurs: rien ni personne n'e«t plus aimable que lui. au <iel et sur la terre. Ne l'aimez pas à demi: aimez-le comme Dieu veut et doit être aimé : de toute votre àme, de toutes vos forces, de toutes les ardeurs de votre âge. Et, comme je vous ai demandé d'être une jeunesse continente, je viens vous demander d'être, à l'exemple de Louis de (fOnzague, une jeunesse fervente.
Il n'y a pas d'àmes plus aimantes, Messieurs, que les âmes chastes: et lorsque c'est le Dieu intini qui les ravit de ses charmes, c'est comme lorsque le soleil se reflète dans la pureté des eaux, il les pénètre de toute la lumière et de l'éclat des cieux, à des profondeurs sans fin. Ainsi Jésus remplissait-il l'àme virginale de Louis, y prenant à son aise la vaste place que ce jeune cœur avait refusé à tout amour terrestre.
C'était merveille de voir son ardeur à la re-
lierche de Celui sans lequel tout ne lui était rien. Il le trouvait dans la solitude, la solitude de