SAINT LOUIS DE GONZAGLE
la campagne où son cœur mettait les paroles de l'amour et de l'action de grâces sous cette musique universelle de la création. Il le trouvait dans la solitude de sa chambre, où on l'entendait pousser des soupirs avec des sanglots, en pressant sur son cœur limage de l'Ami divin crucifié par amour. Il le trouvait dans les longues heures de sa prière et dans ces célestes exercices dont les livres du Bienheureux Père Canisius lui avaient appris le secret et les délices, et qui anticipaient pour lui sur les délices de la vision bienheureuse. Il le trouvait surtout là où il est, Messieurs, dans sa présence réelle. Et quel jour ce fut pour lui que le jour où il refait sa première communion de la main de saint Charles Borromée: et quel tableau digne descieux que celui de l'Archevêque de Milan présentant l'Agneau de Dieu à Louis de Gonzague! Depuis lors, et jusqu'aux derniers moments de sa vie, Louis ne vécut plus, pour ainsi dire, que de ce Pain, partageant également les jours de chaque semaine entre l'action de grâces dune communion et le désir de l'autre: de sorte que Jésus- Christ demeurait dans ce cœur comme une exposition perpétuelle de l'Hostie sur un autel d'où sa divine présence ne se retire jamais! C'est là qu'il passait les jours et quelquefois les nuits. C'est là qu'il modelait son âme sur celle de son maître : c'est là qu'il devenait fort: c'est là qu'il devenait chaste; c'est là qu'il devenait humble, c'est là qu'il devenait doux et miséricordieux : c'est là qu'il devenait saint, en présence du Saint des
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saints, moyennant cette puissance de transformation qui, depuis saint Paul, est le miracle de la grâce de Dieu et de la fidélité de l'homme : (c Je vis, non plus moi, mais Jésus-(>iîrist en moi. »
Or, c'est à cet amour de charité et de conformité pour Notre-Seigneur Jésus-Christ que je vous convie. Messieurs, en vous demandant d'être non pas seulement une jeunesse chrétienne, mais une jeunesse fervente. Je ne sais s'il est un âge quelconque de la vie où il est permis d'être un de ces demi-chrétiens, de ces chrétiens en l'air dont parle Tertullien : in ventum et sivolueris christiani. Mais je sais que cela ne saurait suffire à votre âge, ^Messieurs, qui est à la fois celai des grandes passions en dedans et des formidables attractions au dehors. Cela suffît encore moins à l'époque où nous vivons; les vifs assauts appellant les fortes résistances. C'est conséquemment plus de piété qu'il vous faut, plus de prière, plus d'exercices religieux, plus de retraites et de méditations, plus de sacrements surtout, plus de fidélité à la confession et à la communion, avec plus d'amour de Dieu pour obtenir plus de grâces. Ne vous dites donc pas, comme j'entends dire parfois : J'irai jusque-là de mes dévotions, jusque-là de ma vie spirituelle, mais je n'irai pas plus loin. C'est marchander avec Dieu ; or Dieu, je vous le demande, a-t-il marchandé avec vous? Regardez cette croix I Dites vous donc : J'irai jusqu'au bout de mes grâces et jusqu'au bout de mes forces : Tanlum potes tantiim aude : c'est la dévise des forts. Un grand soldat
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de ce temps-ci. dont jai écrit la vie. avait promis à Dieu, en entrant dans la carrière, de ne jamais lui rien refuser, et il a tenu parole. Messieurs, ne sauriez- vous dire la même chose, et le faire?
En troisième lieu Louis de Gonzague fut un ange de charité et de dévouement pour le prochain. A son exemple, vous devez être une jeunesse vaillante dans le service de vos frères.
C'est peut-être le côté de la vie de Louis de Goiizag-ue qui nous est le moins connu : sa vie de zèle dans l'exercice d'un apostolat qui ne put être qu'ébauché, il est vrai, la mort en ayant trop tôt brisé le saint élan. Dès son jeune âge cependant, cest un apùtre que cet enfant qui s'entoure de tous les gens du château de son père pour les catéchiser: et qui les réjouit à la lumière et les anime à la chaleur de sa vive parole. Laissez-le grandir. Messieurs, et peut-être un jour ce catéchiste serat-il un grand sauveur d'âmes, comme le fut ce saint Cardinal Borromée, Tami de sa maison, lequel laissera tomber sur lui son manteau de prophète. Plus tard, il a dix-sept ans; c'est l'âge du choix de la carrière. 31ais son choix est déjà arrêté dans son cœur. 11 existait, depuis nu demi-siècle, dans l'Église catholique, une Compagnie d'apôtres fondée par un soldat, armée par un soldat, et qui présentement faisait campagne non seulement en Europe, mais dans le Nouveau monde et les Indes, où elle poussait les conquêtes du Roi des rois. C'est
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dans cette armée de foits que s'enrôle Louis de Gonzague ; c'est pour cette milice qu'il s'arrache à cette autre milice des camps où semblait devoir le retenir la tradition de ses aïeux et les goûts de sa première enfance. Il s'enrôle dans la Compagnie de Jésus. Et pourquoi? C'est pour qu'un jour, déclarc-t-il, l'obéissance l'envoie aux Missions étrangères, et qu'il y puisse donner son sang pour Jésus-Christ. Laissez-le croître, encore une fois; et peut-être un jour cet ardent novice va-t-il recueillir la succession de François Xavier dans l'Inde et le Japon, qui l'appellent à eux.
Mais non, c'est im autre martyre que lui prépare sa charité. En 1591, la peste éclate à Rome : c'est jour de bataille pour le jeune héros qui demande et obtient un poste de péril auprès des pestiférés de l'hôpital de Saint-Sixte. Les malades les plus profondément contaminés sont les siens, il touche leurs maux, il panse leurs plaies, il vit de leur vie. Messieurs, il va mourir de leur mort. Un jour qu'il avait ramassé dans la rue et pris sur ses épaules un de ces malheureux pour le transporter à l'hôpital, il se sentit lui-même irrémédiablement atteint, et il en bénit le Seigneur. Il monta sur son lit de mourant comme sur un autel, écrivit à sa mère deux lettres incomparables pour se réjouir avec elle d'être dans peu de jours réuni à Jésus-Christ, lien de leurs âmes. Il s'enquit auprès du Père Bellarmin des choses de l'autre vie, que déjà il touchait. H ne cessait de répéter : « Je m'en vais avec joie! » et il invitait ses frères à