LE BIENHEUREUX FRANÇOIS-RÉGIS CLET
chartreux est réfugié à Rome, sa sœur est sous les verrous : grande ànie digne de celle do son frère. Et ces lettres se terminent par un adieu final, qui est en même temps un rendez-vous céleste : « Si nous ne nous revoyons pas en ce monde, nous n'en aurons que plus de joie à nous revoir en paradis I » C'est l'amour fraternel, mais amour immolé, dégagé de la terre et transporté dans le ciel.
X'admirez-vous pas, mes Frèies, comment à mesure que Dieu hrise tous les liens terrestres formés par son serviteur, lui, de son côté, s'élève par le sacrifice au-dessus de tout, et d'une main ferme se rattache au divin, à l'éternel ?
Il en est de même, en Chine, des liens sacrés formés par la religion et par l'apostolat. Avec M. Clet. deux autres Lazaristes étaient partis de France, MM. Aubin et Pesné : « Tous les deux, écrivait leur Supérieur général, sont des enfants dune grande piété et d'un aimable caractère... Le choix qu'on a fait de ces trois ensemble ne pouvait être plus heureux. J'espère beaucoup de leurs talents, de leur piété, de leur zèle. Déjà je suis fort consolé par le récit de leurs travaux. » C'était bien là, Messieurs, le /imiculus triplex dont parle l'Ecriture. Mais le faisceau se rompit. Ces deux aimables confrères, à peine entrés dans le champ du Seigneur, tombent coup sur coup sur le sillon. Le premier, M. Aubin, meurt en prison, empoisonné, croit-on, parles mandarins : « Je ne désire qu'une chose au monde, répétait le mourant, c'est d'aller voir mon Dieu, l'objet de toutes mes pen-
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sées! » Le second meurt de ses fatigues, ûgé de vingt-neuf ans. C'est seulement dix ans plus tard, qu'un autre confrère, M. Dumazel, arrive d'Europe pour les remplacer : mais lui aussi, un vaillant, tombe, au bout de trois ans, sur le même champ de bataille. « Cette mort est notre plus lourde croix ! » s'écrie à chaque fois l'apôtre écrasé sous le fardeau d'une mission dont le territoire égale celui de la France, et qui n'a plus que lui pour l'évangéliser, lui seul Européen, avec quelques prêtres indigènes.
Mais ces prêtres indigènes, eux aussi, ces braves ouvriers, travaillent trop, au risque de succomber au travail avant l'âge. Eux aussi, ces aspirants au martyre, s'exposent trop hardiment au péril d'être pris, arrêtés, suppliciés, au malheur de laisser le troupeau sans pasteurs. << Ne vous croyez pas sitôt dignes d'être confesseurs de la foi! » leur recommande M. Clet. Ohl le beau reproche, le beau reproche, n'est-il pas vrai, mes Frères? Et quelle admirable histoire que toute cette histoire-là !
Est-ce tout, mes Frères? Non ce n'est pas tout. Il manque encore l'essentiel à ce que j'ai nommé le martyre du cœur, tant que la victime, sétant dépouillée de tout le reste, n'a pas en même temps renoncé à elle-même par le sacrifice intérieur de tout ce qu'elle est, de tout ce qu'elle fait, comme de tout ce qu'elle vaut.
L'humilité de M. Clet en fait son œuvre. Ses confrères ont beau admirer en lui cette vaillance
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chevaleresque, qui lui vaut, entre eux, le surnom de Bavard : Bavard son illustre compatriote de Grenoble ; Bavard « le chevalier sans peur et sans reproche! » Mais non, il n'est à ses propres yeux qu'un serviteur inutile : « Le bien spirituel que j'aurai recueilli ici, écrit-il, c'est qu'en France, je croyais être bon à quelque chose; ici je me convaincs que je ne suis bon à rien. » Le Vicaire apostolique du district a beau déclarer, attester que le « démon n'a pas de plus terrible ennemi que M. Glet » : « C'est un homme admirable, écrivait-il de lui à la Congrégation de la Propagande. Plût à Dieu que j'eusse vingt missionnaires comme luil Mes souffrances alors se changeraient en délices! » Sa congrégation a beau le désigner éventuellement pour un titre épiscopal, dans une chrétienté nouvelle qui lui est destinée ; non, c'est à peine si lui se résigne à la trop haute dignité de Supérieur de sa petite Communauté de prêtres et de frères, et cela « faute de mieux, dit-il, on fait flèche du bois qu'on a ». Que si l'on parle des fruits de son apostolat, non seulement il se déclare un serviteur inutile, mais à l'entendre, il est encore un serviteur nuisible : « Comme ma piété est commune, dit-il dans une lettre, mon ministère ne présente aussi rien que de commun. N'étant pas revêtu de l'esprit d'oraison, je manque ainsi d'attirer sur mon ministère les bénédictions du ciel. »
Voilâtes saints, Messieurs. Voilà, comment selon la parole d'Augustin, « ils portent l'amour de