‹ Saints et saintes de DieuChapitre 57 sur 68 · L ASPIRANT AU MARTYRE · texte numérisé non relu

L ASPIRANT AU MARTYRE

Dieu jusqu'au mépris d'eux-mêmes. » Mais la place, l'abime que creuse en eux ce mépris absolu est le fond libre où va descendre Celui qui les remplira de sa puissance et de sa croix.

François-Régis Clet fut une de ces Ames profondes, creusées par le sacrifice et toutes pleines du Ciel. Grande âme de prêtre, en vérité. Et il faut bien que je vous le dise : lorsque, dans ses paroles, ses écrits, sa conduite, je voyais tant d'élévation, de calme surnaturel, de raison supérieure, de sérénité, d'égalité, avec une si vive ardeur de zèle et une si exquise délicatesse de bonté, il me semblait voir Vincent de Paul lui-même transporté comme missionnaire dans ces pays infidèles. Et je médisais, dans ma religieuse vénération, qu'un tel homme eût encore mérité d'être alorifié comme Saint, un vrai Saint, quand même il n'eût pas surabondamment mérité et obtenu de l'être comme insigne martyr de la foi.

J'ai dit le martyre du cœur, lequel prépare à l'autre. « Celui qui veut être mon disciple, dit le Seigneur, qu'il se renonce lui-même, qu'il prenne sa croix et me suive. » Abneget semetipsum.

M. Clet vient de le faire. Tollat crucem suam et sequatiir me : M. Clet va le faire. C'est le martyre du corps, le martyre du sang, dont le spectacle nous appelle.

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Le martyre du corps. Il y avait bien longtemps que François Clet y préludait. Il avait commencé pour lui par la pauvreté : Je ne dis pas assez, par la misère noire. Pour demeure, une chaumière, son « château de paille », comme il le nomme. Pour nourriture une poignée de riz, et le plus souvent le jeune. Pour trésor, pas même une sapèque au logis. Pour vêtements, de pauvres bardes sous lesquelles il grelotte de froid. C'est dans ce dénuement absolu qu'il refuse les envois que lui proposent ses confrères de Pékin : << Il n'est pas juste, leur écrit-il, de vous dépouiller vous-mêmes pour me vêtir. » C'est sur cette indigence qu'il trouve encore moyen de prélever l'aumône pour de plus pauvres que lui : Beathis est darc quam accipere. Telle était sa maxime, sa règle; c'était aussi son bonheur : Beatius!

Avec l'extrême misère était venue la maladie, suivie de riafirmité. C'était l'ellet de ses incessantes fatigues apostoliques du jour et de la nuit. Ses confrères le dénonçaient : ^ M. Clet n'ira pas loin, s'il ne se ménage davantage... M. Clet est surchargé, il succombera à la peine. » Il dépérit, il maigrit : « Eh bien! je n'en serai que plus léger pour gravir les montagnes », répond gaiement l'apôtre. La maladie redouble ses coups : «. Depuis mon entrée en Chine, écrivait-il en Europe, j'ai fait plusieurs maladies, dont une seule vrai-

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ment sérieuse. » (lette maladie sérieuse lui laisse l'infirmité, l'enflure : c'est l'impuissance pour la vie. Ne voyez-vous pas que déjà la victime commence à « mourir chaque jour »?

Puis la vieillesse arriva. Il y avait vingt-huit ans qu'il lal)ourait cette terre, à la sueur de son front; elle le lui rendait en fruits de conversions, d'édificalion. « Nos lidèles sont encore meilleurs que vos impies, écrivait-il aux siens. Proportion gardée, il y a en Chine plus de chrétiens qu'en France et des chrétiens plus fervents. » Les païens euxmêmes tenaient ce saint à miracles pour un envoyé du ciel.

M. Clet était alors septuagénaire. Le sang que le vieillard sentait quand même bouillonner dans son cœur, allait-il attendre que la mort vint le glacer, au lieu du noble emploi qu'il pouvait encore en faire, en le versant pour Jésus-Christ et pour le rachat de son peuple .^ Déjà, au souvenir de la France livrée aux violences révolutionnaires, savez-vous ce qui faisait l'objet de son regret? (( Si j'étais resté en Europe, disait-il, j'aurais certainement versé mon sang pour la foi. » Il avait manqué sa couronne : la Chine allait-elle la lui rendre? C'était le plus ardent de ses désirs. « Sur la fin de sa vie, raconte un témoin, M. Clet avait coutume de s'agenouiller chaque soir devant son crucifix et de lui adresser une prière spéciale : la prière de finir sa vie par le martyre. »

La persécution fondit sur la Chine d'alors.

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comme elle vient de fondre, l'an dernier, sur celle d'aujourd'hui. Toujours le même malentendu et le même prétexte : la haine des chrétiens par peur des Européens; la haine du prêtre par peur de Tétranger; la haine des missionnaires par peur de nos fonctionnaires et de nos soldats. Quand redirons-nous assez et ferons-nous comprendre que nous sommes les envoyés non de l'État mais de l'Église, et qu'à l'étranger nous ne connaissons qu'un seul drapeau : la croix? On a trouvé sur les missionnaires européens des cartes du pays : donc ce sont des plans d'envahissement. Ou bien encore : des météores apparaissent dans le ciel, des ténèhres s'étendent sur le pays, des fléaux le désolent. A qui la faute? Aux chrétiens, toujours aux chrétiens, absolument comme du temps de Tertullien. Les missionnaires sont arrêtés.

M. Clet s'y attendait, il était averti. Quel est donc ce mystérieux jeune homme vêtu de blanc, qui, le matin du jour où il allait être pris, s'était montré à lui durant son sommeil, et l'appelant deux fois : « Clet, voici les satellites qui viennent; lève-toi! » Et le tirant de son lit : « Clet, tu dors?... Voici les soldats, lève-toi ! »

Le prêtre célébra d'abord une dernière messe, la messe de son Viatique, s'ofirant lui-même à Dieu. En descendant de l'autel, il trouva le Judas qui lattendait sur le seuil. C'était un apostat : « Mon ami, lui demanda-t-il, à quel dessein ètes-vous ici? J'ai grande compassion de vous. —

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