II. LILLE
C'était au mois (raoïU de Tannée 18i7. Vous aviez alors à Rome, pour sa visite ad Limina, votre premier pasteur, le cardinal Giraud, un des archevêques les mieu.^pensants, les mieux disants, que vous ayez ciis depuis Fénelon, à qui on le comparait. Ici, à Lille, vous aviez un prêtre d'un zèle infatigable, d'une charité inépuisable et d'une sainteté si reconnue qu'elle a mérité d'être glorifiée par une plume illustre : on a écrit sa vie K M. l'abbé Bernard, archidiacre de Lille, avait une ambition : celle de voir ressusciter dans sa ville natale l'ancienne collégiale de Saint-Pierre, sous un nouveau vocable qui la dédierait au culte de la Vierge Marie. Mais encore souhaitait-il que Pierre lui-même vint encourager l'ouvrage; et il demanda à Pie IX de destiner à ce saint lieu, d'y déléguer, par avance, si j'ose dire, le corps d'un de ces martyrs dont Rome garde les tombes.
La supplique présentée en ISiT, par l'Archevêque de Cambrai, fut agréée du Saint-Père : et le 23 septembre de la même année, le corps de sainte Plinia nous arrivait de la Ville Sainte, pour reposer d'abord à Cambrai et à Lille, obscurément encore, en attendant une hospitalité digne d'elle et de vous. La chapelle des Sœurs de Notre-Dame de la Treille fut pour elle ce que fut autrefois, pour l'Arche
1. Vie de M. l'abbé Bernard, curé de Sainle-Calherine, vicaire général de Cambrai, par M. le marquis Anatole de Ségur.
3oG SAINTE PLIMA, VIEUGE MAUTYIIK.
dalliance, la maison d'Obédédom : comblée de bénédictions par sa sainte présence.
C'était la vie cachée de notre Plinia : sa vie publique va commencer ici et en ce jour.
Il est, en France, une ville essentiellement catholique, éminemm^t apostolique, qu'amis et ennemis sont d'accord pour désigner sous le nom de la « Rome du Nord ». Xotre jeune romaine ne sera pas dépaysée ici. Il est, dans cette ville, une église entreprise selon les conceptions de l'art le plus pur comme le plus grandiose, laquelle s'élève et granditlenteraent mais continûment, pour être la religieuse représentation de tous nos souvenirs du passé, et la consolante personnification de nos indomptables espérances dans l'avenir. Il est dans cette église, tout à côté de la merveilleuse chapelle de Marie, une chapelle de Tapotre saint Jean qui vient de recevoir du ciseau et du pinceau son achèvement et son ornementation. C'est là que va reposer, dans l'éclat d'un culte impérissable, la vierge naguère ensevelie dans la poudre des catacombes.
Vous lui ferez accueil, ô Jean, vous le disciple que Jésus aimait, car elle a donné à Jésus le plus grand des témoignages d'amour, qui est de livrer sa vie pour ce qu'on aime. Vous l'accueillerez, apôtre vierge, car elle est une de ces vierges dont vous avez chanté « quelles suivent fidèlement l'Agneau divin partout où il porte ses pas ». Vous l'accueillerez, évangéliste du Verbe, car elle est
PLINIA A LILLE. 357
de ces « jeunes en qui le Verbe est demeuré », ainsi que vous le dites. Vous raccueillerez, ô Jean, martyr de la Porte Latine, car « elle vient comme vous de la grande tourmente » ; et ses restes broyés demeureront sous votre autel « jusqu'à ce que soit complet le nombre des élus qui, les palmes dans leurs mains, feront cortège à l'Agneau immolé dès le commencement' ».
Mais c'est à vous que je parle, parce que c'est pour vous qu'elle vient, chrétiens de la ville de Lille. Ah ! certes, vous et vos prêtres, vous lui avez décerné un beau triomphe en ce jour : mais n'est-ce que l'enthousiasme d'une heure ou d'une journée? Non, c'est une adoption à perpétuité; Plinia est devenue Lilloise désormais, et ces inscriptions où je lis son nom en lettres d'or sont ses lettres de naturalisation. Qu'avec bonheur, mes Frères, ils les contresigneraient ces grands chrétiens, ces grandes chrétiennes dont je lis les noms gravés ci-dessous dans la crypte qui forme ici vos modernes catacombes! Qu'il tressaillerait d'aise cet admirable abbé Bernard qui avait désiré voir ce jour, jour qu'il avait préparé, et dont la première aurore annonce un midi plus glorieux et plus heureux, qui n'est pas loin.
Plinia! Il me semble voir déjà les mères heureuses de donner ce nom de grâce à leurs nouveau-nés. Il me semble voir les palmes et les lis