‹ Salariat et SalairesChapitre 15 sur 111 · C. Coût de la vie de la classe ouvrière · texte numérisé non relu

C. Coût de la vie de la classe ouvrière

D. Concurrence entre les travailleurs.

E. Institutions relatives au travail.

F. Coutume.

A. Productivité du travail. — La productivité du travail de l'ouvrier est évidemment la cause première et principale du salaire que consent à donner le patron. Il faut, suivant une expression vulgaire, que l'ouvrier paie, c'est-à-dire qu'il rapporte au moins autant qu'il

gagne, sans quoi le salariant, qui fait acte de com merceetnon acte de charité, le congédierait. L'ouvrier est payé non parce qu'il travaille, mais parce qu'il produit et en raison de ce qu'il produit1.

Mettons d'abord hors de cause la théorie de Jevons et de Francis Walkerqui suppose que l'ouvrier louche par son salaire tout ce qui reste après le paiement de l'intérêt, amortissement du capital et prélèvement du profit (ou rente de l'entrepreneur), quantités définies, tandis que la part du salaire serait extensible, sans limite, à mesure qu'augmenterait la productivité.

Mais remarquons que la théorie de l'utilité limite est fondée sur cette idée que l'embauchage d'un nouvel ouvrier cesse au point où cet embauchage cesserait d'être productif de revenu pour l'entrepreneur.

La productivité est due à des causes de nature diverse. Il importe surtout de distinguer la productivité personnelle du travailleur qui dépend de ses qualités et ,1a productivité de l'industrie qui dépend des perfectionnements, de la conduite de l'entreprise et de l'état du marché.

Parlons, en premier lieu, des qualités personnelles, lesquelles sont professionnelles ou morales.

Parmi les qualités professionnelles du travailleur se placent la force musculaire, qui est une condition essentielle de productivité pour certains ouvrages, la con-

i . Cependant des écrivains, ne distinguant pas la multiplicité des causes qui déterminent le salaire et voyant que ce salaire n'augmente pas proportionnellement à la quantité produite, contestent l'inûuence de la productivité. « Le lien que l'on prétend exister entre la productivité du travaiT et le salaire est uniquement imaginaire, » dit M. Bureau. (Le Contrat de travail, p. il\o.)

naissance et la pratique des procédés du métier pour les travaux qui exigent un apprentissage, l'habileté qui se lie à la pratique du métier, mais qui est une qualité individuelle, le soin que l'ouvrier apporte dans son travail, l'instruction technique ou commerciale développée qui convient aux contremaîtres et à beaucoup d'employés .

L'enquête de l'Office du travail en 1 891-1893 démontre que, pour les industries dont les produits sont d'une vente régulière, le plus ou moins d'habileté dans le travail est la cause principale du taux du salaire, et que le salaire est élevé principalement dans les groupes industriels où prédominent le façonnage et le finissage1.

Les qualités morales consistent dans la conscience du salarié qui, engagé par contrat à faire certaine besogne durant un certain nombre d'heures, doit remplir son engagement en se gardant de gâcher les matières qui lui sont confiées ou de perdre son temps par flânerie quand il est à l'œuvre, et de s'absenter de l'atelier sans justification. Elles consistent aussi dans la bonne tenue pour les emplois où elle est de règle, et dans une probité éprouvée pour les fonctions où il y a maniement d'argent.

Les cours d'apprentis, les écoles techniques ou professionnelles sont des moyens efficaces d'accroître la productivité des travailleurs, salariés ou salariants, et par suite d'élever le taux du salaire. Là où un ouvrier payé à l'heure gagne aujourd'hui à Paris 8 francs par jour, le contremaître en gagne probablement 3oo par mois. Un commis de magasin peut avoir 200 francs d'appointements par mois, tandis qu'à côté de lui tel caissier en a 5. 000 et plus par an.

Page 1