‹ Salariat et SalairesChapitre 16 sur 111 · Salaires et durée du travail, IV, p · texte numérisé non relu

Salaires et durée du travail, IV, p

ll\ SALARIAT ET SALAIRES

Les travailleurs salariés sont loin de posséder tous également les qualités susdites : ce qui explique l'inégalité de leurs salaires, correspondant à l'inégalité d'utilité qu'ils procurent à l'entrepreneur.

Stuart Mill groupe les salariés en quatre classes suivant leur productivité répondant à la diversité de leur salaire, depuis les professions libérales jusqu'aux manœuvres sans capacité spéciale {unskilled labor) ; on pourrait multiplier ces catégories. Les différences sont en effet très grandes non seulement d'une industrie à l'autre, mais dans le même atelier, selon la personne et la fonction. Elles le sont moins pour la masse des travailleurs qui composent la moyenne dans une industrie quelconque que pour ceux qui se trouvent aux deux extrémités, les très capables et les moins capables, les premiers obtenant des salaires exceptionnels, surtout dans les catégories d'ouvriers-artistes et d'employés supérieurs, les seconds obligés de se contenter de bas salaires sous peine de chômer.

Bien malheureuses sont les personnes obligées de vivre du salaire qui ne possèdent aucune des qualités professionnelles susdites, et dont les qualités morales sont douteuses ou sans application à la profession. Elles sont condamnées à rester dans les bas-fonds du salariat.

Pour cette raison Yâge met entre les salariés des différences qui sont bien connues. Adolescent, le petit ouvrier n'a pas encore toute la force ou la capacité requise : d'où petit salaire. De vingt ans à cinquante environ, l'homme est en pleine maturité : il a le salaire ordinaire de sa profession. Après cinquante ou soixante ans. la force faiblit et le salaire diminue. C'est du moins le cas le plus fréquent. Il ne s'applique pas toutefois aux

employés, surtout aux employés supérieurs, parce que la force musculaire leur est beaucoup moins utile que l'expérience; aussi arrive-t-il Souvent que leurs appointements, comme ceux des fonctionnaires, augmentent avec les années jusqu'à l'époque de la retraite. La décroissance du salaire de l'ouvrier aux approches de la vieillesse préoccupe les philanthropes ; nous reviendrons sur cette question dans un autre chapitre.

Les patrons intelligents connaissent bien les avantages de la productivité delà main-d'œuvre. Car, en général, ils préfèrent des ouvriers qu'ils paient relativement cher à des ouvriers qui ne peuvent gagner qu'un salaire inférieur à la moyenne du métier.

Parlons, en second lieu, de la productivité de l'industrie.

Au point de vue de l'entrepreneur, il faut avant tout que l'entreprise produise. Un fermier, quand même il posséderait beaucoup de capitaux disponibles, ne donnerait pas, ou, s'il s'abusait pendant quelques années, ne persisterait pas à donner à des salariés un prix égal à la valeur de ioo hectolitres de blé pour cultiver un domaine qui n'en rapporterait que 90, quelque minime que soit le salaire qu'il leur allouerait par tête et par jour. Au contraire, un homme ayant découvert une mine d'or abondante et ne possédant qu'un faible capital offrirait cependant un très gros salaire, 20 francs et plus par exemple, s'il était assuré de retirer une quarantaine de francs du travail de son salarié. C'est pourquoi la nature et le mode d'exploitation d'une industrie peuvent exercer une grande influence sur le taux des salaires de cette industrie. Par exemple, une industrie nouvelle qui procure de larges bénéfices peut promettre des salaires

supérieurs à la moyenne, afin d'attirer les ouvriers, surtout si elle a besoin de travailleurs d'élite, et elle les donne, en effet, tout en laissant aux entrepreneurs un profit rémunérateur. L'industrie de l'automobile dans la région de Paris en est un exemple. Elle a payé jusqu'au milieu de l'année 1907 1 franc et 1 fr. 20 l'heure à une époque où les serruriers et mécaniciens ne gagnaient pas plus de 8 francs par jour. Mais est venue la crise et avec elle le resserrement de la vente et la réduction du profit ; aussi au milieu de l'année 1908 cette industrie faisait-elle des journées plus courtes et ne donnait-elle plus que o fr. 90 l'heure. Cependant les ouvriers qui en 1906 se mettaient en grève pour obtenir davantage se sont contentés d'une paie hebdomadaire doublement amoindrie et ont sollicité un embauchemenl que tous n'ont pas obtenu ; beaucoup ont dû refluer sur la serrurerie de bâtiment.

Certains pays neufs fournissent aussi des exemples ; tels les Etats-Unis, le Canada, l'Australie britannique ' ; là, la terre offrait des espaces pour ainsi dire illimités à l'exploitation agricole et, en certains lieux, à l'exploi tation minière. Quoique le capital n'y fût pas relativement abondant, les entreprises se sont multipliées et le rendement a été rémunérateur; intérêts, salaires, profits y sont à un taux élevé. La productivité n'est pas d'ail-

1, Il n'y a pas que les pays neufs. M. P. Leroy-Beaulieu, clans son Traité d'économie politique, oppose les salaires ruraux de l'Hérault à ceux de la Haute-Vienne, qui étaient moitié moindres il y a une trentaine d'années, et il attribue la différence à la grande productivité de la vigne. En effet, les salaires ont baissé quand le phylloxéra a réduit cette productivité. La productivité avait amené la richesse dans le département ; c'est pourquoi les salaires de la domesticité avaient augmenté comme ceux du vigneron.

leurs l'unique cause des hauts salaires de ces pays ; nous le verrons plus loin.

Un outillage perfectionné est une cause capitale de productivité. Une partie des progrès agricoles et la plupart des progrès industriels dont la science est la source et dont la manufacture est redevable surtout à la mécanique et à la chimie ont pour objet de rendre le travail plus productif, c'est-à-dire de tirer d'une même quantité de main-d'œuvre plus de produits ou des produits meilleurs. Grâce aux inventions de la science, à l'accroissement du capital, au développement de l'instruction, à la liberté du travail, ces progrès industriels ont été beaucoup plus rapides et plus étendus depuis le xixe siècle qu'ils ne l'avaient été antérieurement. Ils ont puissamment contribué à l'accroissement des richesses et à l'augmentation des salaires dont nous parlerons clans un autre chapitre. Le fait et la légitimité d'une augmentation provenant de cettecause ne sont ni contestables ni contestés ; le résultat de la coopération des salariants et des salariés étant supérieur à ce qu'il était auparavant, chacun reçoit dans la répartition une part plus forte.

Quand la transformation de l'outillage par la mécanique, la physique ou la chimie a pour résultat une production beaucoup plus rapide, par suite plus abondante, dans le même temps et moins coûteuse par unité de produit, les avantages peuvent se partager entre : i° les consommateurs auxquels le fabricant a besoin de vendre moins cher pour écouler une quantité plus considérable de produits ; car il est promptement obligé au bon marché par la concurrence s'il ne jouit pas d'un monopole ; 2° l'entrepreneur et l'ouvrier qui, quoique gagnant moins sur chaque unité, ont cependant, en

somme, un gain plus fort, parce que le nombre des unités produites est beaucoup plus grand.

Aujourd'hui le fileuravec le métier renvideur fait au moins dix mille fois plus de fil dans une journée que n'en faisait la fileuse au rouet du temps passé. À-t-il un salaire dix mille fois plus fort ? Non, parce que : i° le prix commercial du fil ayant considérablement diminué, la productivité en argent n'est pas dix mille fois plus grande ; 2° la productivité est due à un outillage beaucoup plus coûteux qu'il faut payer. Toutefois l'ouvrier a un salaire très supérieur à celui de l'ancienne fileuse.

Dans mon Précis d'économie politique j'ai démontré au moyen d'un exemple théorique ce que j'ai appelé le Paradoxe économique et qui consiste en ceci : grâce au perfectionnement de l'outillage, il est possible de vendre meilleur marché un produit quoiqu'il soit fabriqué avec des matières plus coûteuses et des salaires plus élevés, et ce produit peut en même temps procurer plus de profit à l'entrepreneur. Dans ce cas il arrive d'ordinaire, sinon immédiatement, du moins au bout d'un certain temps, que c'est le consommateur qui bénéficie du plus grand avantage. Toutefois il n'y a pas moins une élévation, d'ordinaire durable, du taux du salaire. Il peut aussi se faire, il est vrai, que l'avantage soit tout ou presque tout entier pour le consommateur, peu pour le producteur et pas du tout pour le salarié : cas que nous examinerons en traitant des machines.

On comprend aisément comment le salaire a pu monter et rester à un niveau supérieur. Dans le Paradoxe économique ', on voit que le tisserand à la main fait par trimestre dix pièces de calicot au prix de 10 francs la pièce et reçoit ioo francs; que, d'autre part, le tisserand

ments

action dans la

du produit

Procédés perfectionnés

' O CS oo M OO « t>M

oo ei r>M

CO « « w

de la prod

valeur

Procédés anciens

t^ o m oo

CS M srf M

r~> Oslo 00

es -a- in

Page 1