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Domestiques de ferme - 1.954.261 1.882.174

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•Comme le territoire delà France n'est pas extensible à volonté, il n'y a pas place pour une multiplication indéfinie de travaux de culture. Aussi les moissonneurs à la faux, les batteurs au fléau, n'ayant plus eu assez de travail, ont-ils émigré vers les manufactures et les villes où ils espéraient en trouver. Ils n'y ont pas déprécié la force du travail, comme le supposait Karl Marx ; ils ont, au contraire, participé aux salaires plus élevés des grandes agglomérations : c'est ce qui les attirait.

La production industrielle n'est pas limitée par l'étendue du sol comme l'est la culture. Elle est limitée par le capital qui l'alimente et par la consommation qu'elle dessert. Or capital et consommation sont indéfiniment extensibles.

Sans doute, ainsi que le dit Karl Marx, il se produit des transitions parfois très douloureuses.

Quand l'invention révolutionne une industrie et fait abandonner des procédés anciens et très usités, le changement affecte à la fois les entrepreneurs, les salariés et le capital fixe d'exploitation. Il y a des entrepreneurs dont les profits se trouvent réduits à rien et qui sont condamnés à végéter ou à se ruiner quand ils n'ont pas les moyens de transformer leur atelier : ce qui arrive à beaucoup de petits fabricants. Il y a un matériel qui devient improductif et dont la valeur est perdue; si c'est un capital immobilier — ce qui est arrivé pour les moulins à vent et pour beaucoup de petits moulins à eau quand la meunerie s'est concentrée en grandes usines — c'est une perte sèche et sans remède. Il y a, en troisième lieu, dos salariés qui se trouvent sans travail ou dont la valeur du travail, tant qu'ils persistent dans leurs anciens errements, se déprécie de plus en plus ; il y a des ouvriers

vieillis, qui ne sont plus en âge de changer leur méthode de travail et qui ne trouvent plus à se placer : situation douloureuse pour bien des familles. Cependant, le plus souvent, l'ouvrier est des trois facteurs de la production celui qui se déplace le moins difficilement et qui passe ordinairement le plus vile d'un atelier à un autre ou même d'une industrie à une industrie voisine.

Tel a été le cas des postillons, quand les maîtres de poste ont dû fermer leurs écuries, et des domestiques d'auberge, quand les chemins de fer ont fait déserter les grandes roules.

Il y a trois quarts de siècle, au temps où la filature, puis le tissage mécanique, se sont introduits en Flandre et en Silésie, les populations qui vivaient du travail à la main et à domicile et qui n'ont pas voulu ou n'ont pas pu prendre place dans les fabriques ont végété misérablement, ne tirant de leur labeur qu'un gain de plus en plus restreint. La transformation est faite aujourd'hui dans ces deux pays, et la population ouvrière y est dans une situation meilleure qu'autrefois.

Les chemins de fer, industrie mécanique, emploient aujourd'hui pour la construction des voies, la fabrication des locomotives et des wagons, le service des voyageurs et des marchandises, beaucoup plus de travailleurs que ne le faisaient autrefois les moyens de transport qu'ils ont remplacés.

Si la photographie, industrie chimique, a fait déserter des ateliers de gravure, elle fait vivre par ses professions multiples un nombre beaucoup plus considérable de travailleurs, ouvriers, employés et entrepreneurs.

La force en chevaux-vapeur des moteurs de toute

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espèce est égale à celle de beaucoup de millions de bras, puisque le travail d'un cheval-vapeur représente celui d'une vingtaine de manœuvres. Une partie de cette force humaine est employée à créer la force même, c'està-dire les machines, sans augmenter directement la somme des produits destinés à la consommation personnelle. Or cette création de force a nécessité l'appel de nombreux travailleurs.

La statistique fournit quelques éléments pour apprécier l'influence de l'emploi des machines sur le nombre tolal des ouvriers employés simultanément. Consultons la statistique.

En Belgique, le nombre des ouvriers et ouvrières des établissements industriels était de 3i4-842 en i846 ; il était de 808.000 en 1896, ayant augmenté de i56o/o, -pendant que la population n'augmentait que de 53 0/0. Et cependant les machines avaient peu d'importance en i8/j6 ', tandis qu'en 1896 les chevaux- vapeur dans les industries et métiers de la Belgique représentaient une force de 628.263 chevaux-vapeur (moteurs à vapeur, à gaz et à pétrole), soit les trois quarts d'un cheval-vapeur par ouvrier, proportion considérable. Le nombre des chevaux-vapeur qui donnent la force motrice suppose un outillage mécanique d'une puissance correspondante. La machine en Belgique n'a donc pas chassé l'ouvrier, c'est le contraire qu'indique la statistique.

L'Empire allemand a fait deux recensements de sa population industrielle. En 1882, cette population était en tout de 7.360.789 personnes ; en 1896, elle était

t. Environ ko. ooo chevaux-vapeur.

LA MACHINE ET i/oUVRIER 6;

de 10.269.269, soit une augmentation de 39 0/0 en treize ans *, tandis que la population totale, qui s'accroît pourtant rapidement, augmentait seulement de i4 0/0. Et cependant le nombre des chevaux de force de ses machines fixes (vapeur, eau, vent) et de ses locomobiles (locomotives et bateaux à vapeur non compris) était d'environ 1 .3oo. 000 en 1879 et, en 1896, de 3.427.000 chevaux de force motrice, dont 2.721.000 chevaux- vapeur 2. La machine n'a donc pas chassé les ouvriers, puisque leur nombre a augmenté beaucoup plus que la population et augmenté surtout dans les parties de l'Empire, comme la Westphalie et la Saxe, où l'on a installé le plus de machines. Le nombre des travailleurs de l'industrie (patrons, artisans, ouvriers) représentait i5, 1 0/0 de la population totale en 1875 et 19 en 1895.

En Angleterre, dans l'industrie du coton, le nombre des broches s'est élevé de 37 millions et demi à 5o millions de 1870 à 1906, et celui des métiers mécaniques de 44o.ooo à 683. 000. Dans le même laps de temps, le nombre des ouvriers augmentait de 449 000 à 523. 000.

Aux Etats-Unis, dont la population totale croît rapidement, le nombre des ouvriers des manufactures s'est accru plus rapidement encore : 2.3oo.ooo en i85o, 5.3i4-000 en 1900. En i85o, les ouvriers formaient 4 p. 100 de la population totale ; ils formaient 7 p. 100 en 1900. Et pourtant, ce pays est celui où l' industrie

1. De 1875 à 1895 le nombre des personnes employées clans les établissements industriels a augmenté de 38,7 P- IOO> pendant que le nombre des établissements augmentait seulement de i3 2 p. 100.

2. De 1875 à 1895 la force motrice a augmenté de 178 p. 100. D'après un calcul de M. G. von Mayr, elle aurait même augmenté de 222 p. 100 .

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emploie le plus de machines ; leur force en chevaux-vapeur a plus que quintuplé en trente ans (i 870-1 900) '. En 1880, on comptait aux Etats-Unis en moyenne 89,7 chevaux de force par établissement employant un moteur mécanique ; en 1900, on en comptait 66,7 ; la grande industrie s'est donc concentrée et les établissements sont devenus plus considérables. Par exemple, les fabriques d'instruments agricoles, qui sont au nombre de celles où le machinisme est le plus développé 2, étaient au nombre de 1948 en 1870 ; elles n'étaient plus que 715 en 1900 ; néanmoins, elles avaient augmenté de 7.000 le nombre de leurs ouvriers et elles leur payaient en salaires 7 millions de dollars de plus, à raison d'une moyenne par tête de 482 dollars au lieu de 392, chiffre de 1870. Ainsi ni la diminution du nombre des patrons, qui semblait devoir réduire la concurrence de leur côté, ni le développement du machinisme, qui semblait devoir créer une concurrence dommageable à la main-d'œuvre, n'ont eu pour effet de diminuer le nombre des ouvriers ou d'amoindrir leur salaire. L'effet principal de ce chargement est que la productivité des travailleurs est devenue plus grande ; car la valeur de la production des

1. 2.346.1 4a chevaux de force (dont i. 201. 711 chevaux- vapeur) en 1870 ; 11. 298. 119 (dont 8.74i.338 chevaux-vapeur) en igoo.

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