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Fabriques d'instruments agricoles

Nombre d'établissements. . . . 1.943 7i5 Capital (représenté en grande partie .par l'outillage mécanique) , G2. 109. 608 167.707.951 Nombre moyen d'ouvriers. . . 3g.85o 46.58a

Total des [salaires i5. 369. 610 22.400. 880

Valeur totale de la production . 08.64o.486 01.207.428

LA MACHINE ET LOUVRIER Gq

fabriques s'élevait à 1.716 dollars par ouvrier en 1870 et à 2.207 en 1900.

Autres exemples tirés de la comparaison des census des Etals-Unis de 1870 et de 1890 ; là force motrice a augmenté de 612 p. 100 elle nombre des ouvriers de 245 p. 100 dans l'industrie de la laine peignée; l'augmentation est de i/|5ip. 100 pour la force motrice et de 665 pour les ouvrières dans la soie ; elle est de 218 p* 100 pour la force motrice et de 63 p. 100 dans le coton ; dans les industries du fer et de l'acier, elle est de 337 p. 100 pour la force motrice et de 96 pour le nombre des ouvriers. Ainsi dans toutes ces industries le nombre des ouvriers a augmenté. Toutefois l'augmentation de la force mécanique est toujours plus forte: c'est précisément ce qui accroît la productivité de l'ouvrier.

En France, la population augmente très lentement ; elle ne se soutient que par l'accroissement de la population urbaine, c'est-à-dire surtout de la population industrielle, puisque nous avons dit que la population rurale diminuait ; mais c'est de la campagne que viennent les nouveaux contingents des villes. Ce sont, en général, les déparlements qui ont le plus de machines dont le nombre des habitants s'accroît, et ce sont ceux qui en ont le moins dont le nombre des habitants décroît ou reste stationnaire. Si l'on groupe, d'une part, les i4 départements dans lesquels on a enregistré le plus de chevaux-vapeur et le plus grand accroissement de la force motrice, départements en tête desquels est le Nord, on trouve qu'ils employaient 32/i.ooo chevaux-vapeur en 1879 et 1.467 oooen 1905, et qu'ilsayaient 8.000.000 d'habitants en i836, avant le machinisme, et 1 3. 700.000 en 1906, tandis que les 12 départements qui emploient

le moins de force mécanique ont eu, durant le même temps, une population stationnaire 1 .

Il convient donc de dire non pas que la machine chasse l'ouvrier, mais, au contraire, qu'elle attire l'ouvrier, parce qu'elle est une cause très puissante d'accroissement de la productivité individuelle du travailleur et de la production totale du travail. Voilà la règle générale.

Prétendre que cette règle n'ait pas d'exceptions, ce serait méconnaître la complexité des faits économiques. Nous avons vu que l'inextensibilité du territoire expliquait, en partie au moins, la diminution des ouvriers agricoles remplacés par des machines. Nous pouvons voir aussi une diminution dans certaines industries dont la production est limitée non par une cause physique inextensible, mais par le capital d'exploitation et par la consommation, dç.ux facteurs toujours extensibles. Ainsi, les usines à fer en France occupaient, en i83o, 25.ooo ouvriers et produisaient 226.000 tonnes de fonte. En 1881, elles en occupaient un peu plus du double (6o.3 10) et elles produisaient dans des hauts fourneaux plus grands neuf fois plus de fonte (1 .885. 000 tonnes). En igo5, année prospère, la statistique a constaté 80.496 ouvriers et 2.71/i.ooo tonnes. L'année

I. Les i3 départements (Nord, Seine, Saône-et-Loire, Pas-de-Calais, Seine-Inférieure, Somme, Rhône, Aisne, Gard, Oise, Bouches-du- Rhône, Meurthe-et-Moselle, — par approximation pour i836, — Seine-et-Oise) du premier groupe avaient 32 1\ .000 chevaux-vapeur en 1879 et 1.467.000 en 1900 ; ils avaient 8.026.000 habitants en i836 et i3. 668. 000 en 1905. Les 12 départements de la catégorie inférieure (Basses-Alpes, Hautes- Alpes, Lozère, Hautes-Pyrénées, Cantal, Corrèze, Lot, Pyrénées-Orientales, Corse, Gers, Savoie, Ariège) avaient, en 1906, a.5i4.ooo habitants et n'employaient que 21.01 5 chevaux-vapeur.

suivante, la consommation se resserrant, la production n'a été que de 1.406.000 tonnes et le nombre des ouvriers employés est tombé à 76.500. Il s'est relevé à 79.917 en 1907, année où la production a atteint 0.076.000 tonnes.

Si l'outillage chimique et mécanique des usines était rosit' le même qu'en i83o, il aurait fallu "34o.ooo ouvriers pour produire 3 millions do tonnes. Quelque bas qu'eût été le salaire, la consommation n'eût pas été capablede payer tant de fonte au prix qu'elle aurait coûté.

La fabrication du sucre est aussi une industrie qui relève de la chimie et dont la science a considérablement perfectionné les procédés, surtout par la méthode de la diffusion. Une sucrerie est maintenant un grand laboratoire muni d'alambics et de tuyaux que les ouvriers n'ont pour ainsi dire qu'à surveiller. Aussi, landis que, pour produire 337 millions de kilogrammes de sucre raffiné en 1881 (avant la loi de 188/1), 486 fabriques employaient 65.ooo personnes, c\\ 1901 (avant la convention de Bruxelles), 334 fabriques en ont produit une quantité triple (-i.o4o.ooo kg.) avec 48.000 personnes *. H y a donc eu dans ce cas réellement diminution du nombre des ouvriers.

Il y a aussi une réserve à faire relativement à la capacité des ouvriers. Souvent il arrive qu'une machine perfectionnée occupe à la fois un petit nombre d'ouvriers d'élite mieux payés et un plus grand nombre d'ouvriers ordinaires qui ne sont pas plus payés qu'avant l'introduction de cette machine.

1. 11 esta remarquer que la diminution a porté surtout sur Ses femmes et les enfants. Car les /[8G fabriques de 1881 employaient 19.100 hommes et les o3/i fabriques de kjoi en employaient 42.276.

Quand la machine ne supprime pas la main-d'œuvre, elle remplace, dit-on, l'homme par la femme et par l'enfant; parce que le besoin de force, parfois même d'habileté, est beaucoup moindre que pour le travail à la main, et que l'entrepreneur trouve de l'économie à ce changement qui a pour effet de déprécier le salaire1. Ce second grief n'est pas moins accrédité que le premier. Est-il mieux fondé ?

On peut citer nombre de faits qui semblent corro- ^ borer cette accusation 2. Quand une machine nouvelle n'exige plus que de la surveillance pour une opération qui exigeait auparavant de la force, la femme peut remplacer l'homme, et le chef de l'établissement trouve une économie à faire la substitution.

Il convient d'examiner de près l'ensemble de la question.

Une première observation. Est-ce la manufacture moderne qui a imposé le travail à la femme ? Non-. Dans la petite culture, elle peinait jadis autant que l'homme et elle peine encore. Dans l'industrie, elle peuplait les

i. « En jetant la famille sur le marché, en distribuant ainsi sur plusieurs forces la valeur d'une seule, la machine la déprécie. » (Karl Marx, le Capital, p. 172.) C est ce que l'auteur affirme en supposant une cause unique à la détermination du salaire : « le prix de la force du travail est déterminé par les frais d'entretien de l'ouvrier et de sa famille. »

2. On a constaté, par exemple à Birmingham, que les femmes avaient eu partie remplacé les hommes dans le polissage des tours en cuivre, dans les cycles, les casseroles émaillées, les charpentes de piano, les jouets, les bijoux à bon marché, l'imprimerie, le polissage des verres de jumelles, la reliure.

gynécées de l'époque mérovingienne et carlovingienne. Dans les grandes manufactures des xvne et xvme siècles, elle avait parfois une large place; par exemple, dans la fabrique de drap des Van Robais, à Abbeville, on comptait un millier de femmes sur 1.692 personnes employées. On trouve aujourd'hui des hommes et des femmes dans les filatures et les tissages ; mais autrefois la femme seule filait et il n'était pas rare qu'elle tissât à côté de son mari ou qu'elle fût chargée des opérations préparatoires. Il est vrai que c'était un travail à domicile, mais ce travail n'était pas moins fatigant.

X Assurément, dans le premier tiers et même dans la première moitié du xixe siècle, la condition de la femme et de l'enfant dans les manufactures a été très critiquable : c'étaient les débuts de la grande industrie. Les plaintes de philanthropes auxquels se sontjoints des économistes ont contribué, avec le progrès général, à modifier à cet égard la tenue des ateliers ; des lois protectrices ont été votées dans la plupart des grands [.Etats, en Angleterre tout d'abord où le mal était plus grand qu'ailleurs. La situation des personnes s'est sensiblement améliorée.

D'autre part, on n'a pas vu, comme on le prédisait, s'opérer la substitution du sexe féminin au sexe masculin. Voici en effet ce que nous apprennent les recensements.

Aux Etats-Unis, le censusde^i85o a compté 1 femme contre 3,2, hommes et celui de 1860 1 femme contre 3,8 hommes employés dans l'industrie comme chefs d'établissements ou comme salariés; en 1870, 1 femme salariée contre 5 hommes salariés (époque où l'équilibre troublé par la guerre de Sécession n'était pas encore rétabli) ; en 1880, 1 femmej contre 3,8 hommes ; en

1890, 1 contre 4<i ; en 1900, 1 contre 4 '• On ne peut donc pas dire que la proportion des femmes aux hommes a continuellement augmenté depuis i85o 2.

Il est bon de remarquer, en outre, que les femmes mariées vont peu à la fabrique en Amérique ; le salaire du mari, qui est généralement élevé, suffit aux dépenses du ménage.. Ce sont en beaucoup plus grand nombre des jeunes filles qui se présentent pour être embauchées; leur gain, quand il n'est pas nécessaire à la famille3, sert à leur dot future, et plus souvent à leur toilette personnelle *.

Dans l'Empire allemand, le recensement des professions de 1882 a enregistré i3,3 p. 100 de femmes dans le total des ouvriers et ouvrières employés dans l'industrie (y compris l'industrie extractive) ; celui de 1895, 16,7

1. En 1900, i.o3i. 608 femmes et 4.ii4.ooo hommes dans l'industrie. En 1880, dans la catégorie des salariés (YYage earners), on a recensé 73,9 p. 100 hommes, 19, 4 femmes, 6,7 enfants ; en 1900, 77,4 hommes, ig,4 femmes et 3,8 enfants.

•2. La proportion a diminué relativement au nombre des hommes employés, elle n'a pas diminué relativement au nombre total des personnes du sexe féminin ; car il y avait en 1870 i3,i p. 100 des personnes de ce sexe qui gagnaient leur pain par leur travail (bread winners); il y en avait 18,8 en 1900. Le rédacteur du census (Complementary analysis of the tweljth Census, p. 45/i) a attribué cet accroissement à l'augmentation de la population des villes.

3. D'une enquête faite par M. Gould et publiée par le commissaire du travail des Etats-Unis en 1892 (Seventh annual Report ; bread winners), il résulte qu'aux Etats-Unis, dans l'industrie du coton où les salaires sont relativement bas, le gain annuel moyen de la famille (972 dollars) est fourni à raison de 4 00 dollars par le salaire du mari, de 182 par le salaire de la femme, de 3go par celui des enfants, tandis que dans la verrerie où les salaires sont élevés, la femme ne fournit que 1 34 dollars et les enfants 283 sur un gain total de i.ig5 dollars, le mari à lui seul en gagnant 778.

4. Dans le Massachusetts, le recensement de 1900 a constaté que 48 p. 100 des ouvriers de fabrique étaient âgés de 20 à 29 ans, et qu'en très grande majorité ils étaient célibataires.

contre ioo. En 1896, sur 100 travailleurs, il se trouvait dans la petite industrie (établissements n'occupant pas plus de 5 personnes) 9,8 ouvrières, dans la moyenne industrie (établissements occupant 6 à 20 personnes) i5,2 ouvrières, dans la grande industrie (établissements occupant plus de 20 personnes) 19,9 ouvrières. La grande industrie donc est celle qui employait le plus de femmes ; mais c'est dans la couture, la lingerie, la filature et le tissage, la broderie, industries féminines, que les femmes se sont trouvées en majorité, tandis que dans les mines, la métallurgie et autres industries des métaux communs, dans le bâtiment, etc., etc., leur nombre n'atteignait pas 1 p. 100 du total.

En Hongrie, où L'industrie, particulièrement la grande industrie textile, est encore peu développée, le recensement de 1890 a constaté une proportion de femmes de 5,8 p. 100 dans le total des ouvriers et ouvrières.

En Belgique, d'après les recensements, sur 100 ouvriers et ouvrières occupés dans l'industrie (y compris les industries extractives), la proportion des femmes était de 27,9 p. 100 en 1880, de 2/i,4 en 1890, de 23,6 en 1900 (non compris les femmes travaillant à domicile).

En Suisse, d'après la statistique des fabriques, sur 100 ouvriers les femmes comptaient à raison de 45,8 en 1888, de 4o,5 en i8g5, de 3 1.8 en 1900.

En Suède, la statistique annuelle des fabriques a constaté, de 1897 à 1905, une proportion de femmes travaillant dans les ateliers (non compris les mines et usines métallurgiques) variant entre 19,2 et 18, 5p. 100.

En France, le recensement de 1866 a accusé 29 femmes sur un total de 100 personnes employées dans l'industrie ; mais il y a eu des omissions dans ce recense-

-jG , SALARIAT ET SALAIRES

ment '. Celui de 1896 a donné une proportion de 32,4 etcelui de 1901 33,7 : ^ s est produit là une légère augmentation, mais on ne peut pas arguer de la statistique pour prouver qu'il y ait en France envahissement des femmes dans le domaine du travail des hommes, parce qu'en examinant le détail, on voit que la prédominance du sexe féminin se rencontre, comme partout, dans des industries où ce sexe a eu de tout temps la supériorité du nombre, telles que blanchissage, tissage des étoffes, confection des vêtements, tandis que dans des métiers où la mécanique joue un grand rôle, comme les mines, et les carrières, la métallurgie, les industries des métaux usuels, elles n'occupent qu'une place très restreinte 2. Il y a des professions dans lesquelles l'affluence des femmes augmente de nos-jours. Mais ce n'est pas dans des ateliers, c'est dans des bureaux, comme dactylographes surtout, dans certaines fonctions publiques, telles que les postes et télégraphes, dans des carrières libérales, comme l'enseignement et la médecine.

Quels sont les résultats constatés par la statistique, relativement au nombre des enfants employés ?

Dans la première moitié du xixe siècle, la manufacture,, surtout la filature et le tissage, lorsqu'elles commençaient à s'outiller mécaniquement, ont employé beau-

1. L'enquête (incomplète) de iSlto iSl\ô sur l'industrie et celle de i86i-i865 ont donné une proportion (Paris excepté) de 35 p. ioo ; mais elle n'a porté que sur un certain nombre d'industries.

2. Ainsi, dans le blanchissage, il y avait pour ioo hommes 1.247 femmes, dans le travail des étoffes et le vêtement 780, tandis que dans la métallurgie il y en avait 1,06, dans le travail des métaux usuels 5,9.

coup d'enfants, particulièrement de très jeunes enfants, comme aides des ouvriers. Il y a eu de déplorables abus ; on les a stigmatisés en Angleterre, en France, en Belgique et ailleurs. Ils n'ont pas complètement disparu, mais le mal est devenu moindre.

En Belgique, quoique l'importance des fabriques et le nombre des ouvriers aient beaucoup augmenté, celui des enfants employés dans les établissements industriels n'a pas augmenté: on a trouvé 66.000 petits ouvriers âgés de moins de 16 ans en i8/j6 et 63. 000 en 1880.

En France, l'enquête de l'Office du Travail de 1891i8g3 a relevé dans l'industrie privée du département de la Seine, par 100 salariés, 3 contremaîtres, 71 ouvriers, 20 ouvrières, 6 enfants ; ce dernier nombre n'est pas excessif. Nous avons vu, en outre, que dans la fabrication du sucre, industrie dont la statistique est relevée chaque année, le nombre des enfants avait beaucoup diminué.

Dans l'Empire allemand, le recensement industriel de 189 5 a accusé dans les métiers la présence de 1 p. 100 d'enfants au-dessous de i4 ans et de 5,8 d'adolescents de i4 à 16 ans, sur un total de 100 personnes employées. C'est à peu près la même proportion que dans le département de la Seine.

Aux Etats-Unis, la proportion pour 100 du nombre des travailleurs a augmenté pour les hommes ; elle est restée stationnaire pour les femmes et elle a diminué pour les enfants de 6,7 p. 100 en 1880 à 3,8 en 1900 *.

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