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Proportion pour ioo

Salariés. 1880 1890

Hommes

Femmes

Enfants

Quelle influence la machine a-t-elle exercée sur le salaire ?

Le commissaire du travail aux Etats-Unis, M. Garroll D. Wright, a fait, il y a quelques années, une enquête en vue de déterminer la différence qui existait entre le travail à la main et le travail à la machine sous le quadruple rapport du nombre d'ouvriers employés pour fabriquer un produit, du nombre d'opérations nécessaires pour le créer, du temps employé par les ouvriers et de la somme totale payée en salaires. L'enquête a porté sur 672 cas dont elle a comparé les procédés actuels de fabrication et les procédés anciens.

En voici quelques exemples:

Nombre d'ouvriers

qui ont concouru

à la production

\o Fabrication de 10 charrues à la

main 2

Fabrication à la machine. . . 5a

Nombre Dépense

d'opéra- Nombre totale tions d'heures en de la employées mainmain- par les d'oeuvre d'oeuvre ouvriers (dollars)

20 Fabrication de 5oo yards (46o mètres) de cotonnade croisée à la main) 3

Fabrication des 5oo yards (46o

mètres) à la machine. ... 25a

3 ' Fabrication de 1000 mouvements de montre à la main.

Fabrication des 1000 mouvements à la machine

Des 672 cas de l'enquête il résulte :

i° Que le nombre des ouvriers et le nombre des opérations est plus grand, presque toujours beaucoup plus grand, à la machine qu'à la main, Dans le travail à la main, c'est parfois un seul ouvrier, ou ce sont peu d'ouvriers qui fabriquent l'objet entier, passant successivement d'une opération à l'autre : ce qui occasionne des pertes de temps.

Dans le travail à la machine, l'ouvrier ne fait d'ordinaire qu'une seule et même opération ; il la fait avec l'outillage le mieux adapté à cette opération.

2° Qu'il y a économie de temps, le nombre total d'heures nécessaires pour fabriquer un objet étant beaucoup moindre à la machine qu'à la main, précisément parce que les ouvriers sont armés d'un outillage plus efficace, généralement beaucoup plus rapide et, suivant les cas, plus puissant ou plus délicat que la main de l'homme ;

3° Que, par suite de la grande économie de temps, la dépense totale en main-d'œuvre se trouve très réduite, quel que soit le salaire individuel : d'où économie d'argent.

C'est la démonstration expérimentale du « Paradoxe économique » que nous avons expliqué plus haut.

Toutefois, l'augmentation de salaire de l'ouvrier n'a pas toujours eu lieu. En additionnant les heures et les salaires du travail à la main, d'une part, et du travail à la machine, d'autre part, des 672 cas citésdans l'enquête, on trouve que le nombre d'heures a été treize fois moindre à la machine qu'à la main et la somme des salaires quinze fois et demie moindre ; d'où il résulterait que l'heure de travail a été, en moyenne, moins

payée dans le travail à la machine. Mais l'auteur de l'enquête a déclaré dans l'introduction de son volume que, vu la nature des renseignements obtenus, la comparaison des deux méthodes de travail offrait plus de garanties d'exactitude relativement au temps que relativement au salaire.

Voici d'autres exemples que nous avons recueillis en France.

M. Hayem, chemisier et économiste distingué, a calculé que la confection de ioo douzaines de chemises employait environ 1.200 journées autrefois, quand le travail était entièrement fait à la main ; 686 journées, quand le travail était déjà en partie fait à la machine ; 202 aujourd'hui depuis qu'il est entièrement mécanique. Il a ajouté que le salaire de l'ouvrière s'était, en trente ans, élevé de 1 fr. o5 dans le deuxième cas à 2 fr. 25 dans le troisième. Du deuxième au troisième cas, il y a donc doublement du salaire pour l'ouvrière et économie des deux tiers de la façon pour l'entrepreneur.

Dans la manufacture de glaces de Saint-Gobain, le polissage à la main d'un mètre carré de glace nécessitait 112 heures ; le polissage à la machine de 100 mètres carrés se fait maintenant en 3/4o heures, soit 3 h. ho par mètre carré. Or, les salaires sont beaucoup plus forts qu'il y a un siècle, et le mètre carré de glace vaut 20 francs au lieu de 200.

A l'usine des eaux d'égout de Colombes, pour extraire, transporter et décharger à la main un mètre cube de détritus, il fallait 8 ouvriers, fournissant ensemble 2 h. 6' de travail et recevant 1 fr. 32 de salaire; avec la machine, il faut 20 ouvriers, un total de 1 h. 3 minutes, et une somme de o fr. 70 en salaires. Le salaire à l'heure

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est donc plus élevé d'un dixième de centime dans le second cas *.

La comparaison du taux des salaires en divers lieux au moyen de la statistique est difficile et ne saurait donner des résultais précis. On peut cependant en tirer quelques indications relativement à la question que nous traitons.

Le ministère du commerce a publié, de 187 1 à 1887, la statistique des salaires dans les chefs-lieux de département. Or, en prenant comme exemple l'année 1879, qui est à peu près le milieu de la période, et en calculant pour cette année la moyenne du salaire, d'une part, dans le groupe des départements qui ont le plus de chevaux- vapeur et, d'autre part, dans le groupe de ceux qui en ont le moins, on trouve :

Moyenne du salaire dans le groupe des départements ayant : Petite industrie

Tisserand.

Terrassier.

Serrurier.

Boulanger.

Le pins de

Le moins de

chevaux-

chevaux-

vapeur

vapeur

4,io

Que ces ouvriers appartiennent à des industries qui emploient ou qui n'emploient pas de machines, il se trouve que le salaire est supérieur dans les régions d'activité industrielle, où les machines sont en plus grand nombre.

1. Voir pour plus de détails : Comparaison du travail à la main et du travail à la machine dans le Bulletin de la Société a" encouragement pour l'industrie nationale, février et mars 1900.

\utres preuves :

Pour l'ensemble des petites industries qui emploient peu de machines, le salaire moyen des chefs-lieux (Paris excepté), de 1870 à 1880, se tenait entre 2 fr. 86 et 3 fr. 07, tandis que celui de la grande industrie, qui emploie beaucoup plus de machines, se trouvait entre 2 fr. 91 et 3 fr. 17.

Dans l'enquête laite par l'Office du Travail en 1891- 1 893 et publiée en quatre volumes sous le titre deSalai/^es et durée du travail dans l'industrie française, se trouve le salaire moyen des ouvriers dans 21 groupes d'industries. Ce salaire est supérieur à 4 francs dans les 6 groupes suivants : mines, livre, métallurgie, ferronnerie, métaux communs, éclairage électrique ; ce sont, à l'exception peut-être de quelques métiers du livre, des industries dans lesquelles on emploie beaucoup de machines. Il est vrai, d'autre part, que les industries textiles, quoique fonctionnant en grande partie à la mécanique aujourd'hui, sont classées parmi les plus bas salaires (3 fr. 45).

Dans les Bordereaux de salaires (1902) on trouve, en effet, que les tisserands sont relativement peu payés ; mais, pour les forgerons, qui appartiennent aux groupes des hauts salaires, on constate que les i4 villes dans lesquelles le salaire dépasse 5 fr. sont situées dans les départements employant beaucoup de chevaux-vapeur, tandis qu'il est au-dessous de 4 francs dans 25 villes appartenant à des départements qui emploient peu de chevaux- vapeur.

Non seulement les grands ateliers travaillant à la mécanique procurent d'ordinaire à l'ouvrier un salaire supérieur à celui du travail à la main, mais ils le garan-

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tissent mieux contre le chômage, parce que le patron a intérêt à continuer .sa fabrication, pendant un certain temps au moins, quand ses produits ne trouvent pas d'écoulement ou n'en trouvent que moyennant une perte. Le patron craindrait de perdre davantage par l'inaction et la détérioration de son outillage et risquerait de désorganiser son personnel.

Dans Salaires et durée du travail ', le rédacteur termine ainsi la partie de son rapport relative aux machines : « Lorsque l'ouvrier, comme dans les fabrications mécaniques, a pour auxiliaire une machine qui multiplie son effet utile, le salaire qu'il serait en général capable de gagner se trouve souvent très amélioré. (Il n'en est pas cependant toujours ainsi pour le travail aux pièces.) » Les statistiques que nous avons citées confirment cette affirmation K

La machine abêtit-elle et asservit-elle l'ouvrier ? C'est encore un grief qu'on lui impute, et l'on cite tel ouvrier qui passe sa vie à poser des têtes d'épingle. L'assertion est inexacte. Les têtes se posent automatiquement ; l'ouvrier n'a qu'à commander le mouvement. Le travail du tisserand qui, soixante fois par minute, frappe du battant le fd de trame est-il moins monotone que

i.T. IV, p. ifl.

2. Dans son étude sur la Grande Indusirie comparée en Russie et en Angleterre, M. Schultze Gavernitz conclut ainsi : « Substitution progressive du capital au travail avec réduction du coût de travail par unité de produit, augmentation des gains hebdomadaires des ouvriers et diminution des heures de travail. »

celui de l'ouvrière qui surveille deux ou trois métiers battant automatiquement et dont les doigts rattachent dextrement les fils cassés PDans une usine métallurgique, il fallait jadis beaucoup de force musculaire et une certaine adresse aux quatre ou cinq forgerons qui battaient sur l'enclume une pièce incandescente, effort monotone et indéfiniment répété pendant des heures. Il faut beaucoup moins de force aujourd'hui, mais il faut plus de vigilance au maître ouvrier qui règle la tombée du marteau-pilon sur une pièce du même genre.

Il est vrai que la machine est une servante qui a ses exigences. Elle va très vite et il faut la suivre dans ses mouvements. Le tisserand à la main peut se distraire et même arrêter sa navette ; le tisserand qui surveille deux ou trois métiers mécaniques, marchant à une vitesse de 200 coups par minute, doit prêter à son travail une attention soutenue et fatigante. Là gît la distinction : moins d'effort musculaire et plus d'effort de l'esprit. Comment peut-on dire qu'il en résulte un abêtissement ?

Quel est donc le travail manuel qui ne consiste pas dans un retour plus ou moins monotone ?

Ce qu'on peut reprocher justement à la division du travail commeuneconséquencede l'emploi des machines, c'est de ne pas former par un apprentissage varié des. ouvriers complets. Cependant la manœuvre de beaucoup de machines suppose une certaine connaissance de la mécanique et une habileté professionnelle. Ainsi l'ouvrier américain est, en général, plus apte à conduire des mécaniques très rapides ou très compliquées que l'ouvrier de tel autre pays, précisément parce qu'il a été de bonne heure habitué à les comprendre.

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La machine a-t-elle obligé l'ouvrier à subir des journées plus longues? Karl Marx le prétendait. « La prolongation de la journée permet d'agrandir l'échelle de la production sans augmenter la portion de capital fixée en bâtiments et en machines. Non seulement la plusvalue augmente (pour l'entrepreneur), mais les dépenses nécessaires pour l'obtenir diminuent... La machine entre les mains du capital crée des motifs nouveaux et puissants pour prolonger sans mesure la durée de la journée f. »

Le raisonnement de Karl Marx était spécieux. Les faits ne l'ont pas confirmé. L'auteur, qui publiait la première édition de son ouvrage en 1867, était déjà alors en retard sur les faits accomplis. Il l'est beaucoup plus aujourd'hui, et les socialistes qui s'appuient à ce propos sur son autorité persistent dans une erreur surannée.

Sans doute, durant la première moitié du xixe siècle, le travail dans la plupart des manufactures, particulièrement dans les filatures et les tissages où l'on travaillait encore à la main, se prolongeait treize et quatorze heures ; il suffit de parcourir l'enquête de Yillermé pour s'en convaincre. En France, dans les siècles antérieurs, la durée de la journée était souvent plus longue encore. Il en était de même en Angleterre et ailleurs.

La durée de la journée a diminué dans presque toutes les industries qui se sont depuis ce temps outillées mécaniquement. Aux Etats-Unis elle a été réduite de

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