Le Capital, p. t^ et
12 heures de travail effectif à 9 ou 10 heures ; en Angleterre, à 9 heures parjour et à 54 heures par semaine ; en France, entre 9 et 1 1 heures et 10 h. 1/2 en moyenne. L'enquête de l'Office du Travail (1 891 -1893) nous apprend même qu'elle est en moyenne de 9 h. 1/4 dans les établissements qui occupent plus de mille ouvriers et qui sont assurément au nombre de ceux dont l'outillage est le plus perfectionné, et qu'elle est de 1 1 heures dans les ateliers occupant moins de 25 ouvriers. Aujourd'hui, dans les établissements dont l'outillage exige un travail continu et ininterrompu, on emploie deux équipes, l'une de jour et l'autre de nuit.
On a accusé la machine d'aggraver le chômage. C'est encore d'après une apparence qu'on parle, sans chercher à pénétrer à fond la réalité. En effet, si une grande manufacture vient à se fermer ou seulement à remercier en temps de crise une partie de ses ouvriers, on a le spectacle lamentable du désœuvrement et souvent de la misère d'un grand nombre de travailleurs. Mais n'y a-t-il pas eu autrefois dans certaines industries des chômages saisonniers qu'on ne saurait attribuer aux machines :} Dans toutes les industries, n'y a-t-il pas eu, avant la généralisation des machines, des crises occasionnant des arrêts de travail ? Ces arrêts sont particulièrement fréquents dans la petite industrie à domicile.
L'installation d'une très grande et très coûteuse machinerie dans un établissement industriel est même,
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quand on réfléchit, une garantie, momentanée au moins, contre le chômage. En effet, le petit patron dont presque tous les frais consistent en matières premières et en salaires, arrêtera sa production si les commandes font défaut, au lieu que le manufacturier qui craint de perdre l'intérêt de son capital fixe, de le laisser se détériorer dans l'inaction, de désorganiser son personnel, maintiendra, comme nous l'avons dit plus haut, le travail aussi longtemps que son capital circulant le lui permettra. Karl Marx reconnaît lui-même, sans le vouloir, cette différence quand il cite la déclaration d'un grand cotonnier de l'Angleterre : « Si un laboureur dépose sa pioche, il rend inutile un capital de 12 pence. Quand un de nos hommes abandonne la fabrique, il rend inutile un capital quia coûté 100.000 livres sterling1. » La statistique donne des indications à ce sujet. La publication Salaires et durée du travail constate que, dans le département de la Seine en 1891, sur 100 places dans les fabriques, 79 étaient occupées par des ouvriers stables et les 21 autres places par 87 ouvriers instables dont 16 se trouvaient alternativement sans occupation. Elle constate aussi que les changements de personnel ont été d'autant moins fréquents que les établissements étaient plus importants ; ainsi, aux deux extrémités de l'échelle, les changements dans le cours de l'année avaient été de 33 p. 100 dans les établissements occupant moins de 25 ouvriers et de 10 p. 100 dans ceux qui en occupaient plus de 1.000. Or l'importance de l'outillage mécanique est ordinairement proportionnelle à la grandeur de l'établissement.