Digeste, liv. XXXIII, tit. vu, loi
APERÇUS SUR LE SALARIAT DES TEMPS PASSES ijô
Les renseignements de ce genre sont d'ailleurs extrêmement rares ; les écrivains de l'antiquité s'intéressaient fort peu à la condition des ouvriers. Il faut aller jusqu'au règne de Dioclétien pour trouver une liste de salariés ; elle a été dressée à propos d'un renchérissement de toutes choses, marchandises et travail *, auquel l'empereur voulut imposer une limite par un édit de maximum. L'édil fixe le salaire d'un manouvrier de campagne à 25 deniers par jour, celui d'un menuisier en bâtiment à 5o deniers : c'est le taux ordinaire fixé pour les professions industrielles ; pour le peintre en bâtiments le taux est de 70 deniers, salaire d'ouvrier d'élite qui s'élève jusqu'à i5o deniers pour le peintre en décor. En admettant la valeur intrinsèque du denier, telle que nous l'avons adoptée dans V Histoire des classes ouvrières et de l'industrie en France, ces salaires équivalent comme poids à o fr. 56, 1 fr. 12, 1 fr. 57 et 3 fr. 37 de notre monnaie 2. Il faut ajouter que tous ces ouvriers sont nourris. Il semble donc que ces salaires soient peu différents de ceux qu'on payait en France à la fin de l'ancien régime ; mais comme les vivres étaient moins coûteux, le salaire réel semble avoir été alors plus élevé 3. En tout cas le rapport du taux entre les professions ne paraît avoir différé comme de nos jours.
L'esclavage, venons-nous de dire, n'empêchait pas qu'il y eût des ouvriers libres et que leur salaire fût
1. « Ce n'est pas, dit l'édit, d'année en année, mais de mois en mois et presque d'heure en heure que les prix montent. »
a. En attribuant au franc 5 grammes de poids dont h gr. 5o d'argent fin.
3. Voir le détail et l'étude critique dans l'Histoire des classes ouvrières et de Vindustrie en France avant 1789, t. I, p. in et suiv.
û6 SALARIAT ET SALAIRES
soumis à la loi de l'offre et de la demande, avec cette réserve que la concurrence servile devait peser sur l'offre. Le besoin de travail libre devait même être grand, car le petit peuple, qui forme la grande majorité dans toute société et qui n'avait pas d'esclaves, devait acheter les objets de sa consommation à des producteurs libres, soit des artisans dont la condition différait peu de celle des ouvriers, soit de petits entrepreneurs occupant des ouvriers libres ou des esclaves.
On rencontre des édits de maximum dans le moyen âge et dans les temps modernes. Ils ont été rendus d'ordinaire à des époques où, par suite de l'altération des monnaies ou de l'afïluence des métaux précieux, la puissance d'achat de l'argent diminuait. Les rois et les seigneurs étaient convaincus qu'il était en leur pouvoir de fixer à leur gré la valeur d'échange de la monnaie qu'ils émettaient et même de régler le prix des produits et des services.
Une des plus fameuses ordonnances de ce genre T celle du roi Jean, au mois de février i35i (i35o, vieux style), a eu cependant une autre cause principale1. La peste noire avait décimé la population ; les travailleurs et les produits manquaient et la rareté en faisait hausser le prix. Le roi résolut, comme Dioclétien, d'enrayer cette hausse ; il fixa le salaire des ouvriers en.
Les taxations du salaire ont été fréquentes à cette époque : i33o^ , i35i, i354, i355, .i36o, i368.