APERÇUS SUR LE SALARIAT DES TEMPS PASSÉS
chandises d'abord et ne se fit sentir que plus tard et peu à peu sur les salaires ; la transition causait à la classe ouvrière une diminution de son salaire réel. « Ce qui se vendait auparavant un teston (environ le poids de 2 francs), écrit Brantôme vers la fin du xvie siècle, se vend un écu (environ 10 fr. 5o) au moins. »
Outre la diminution de la puissance d'achat du métal lui-même, il y avait à compter avec le poids d'argent contenu dans la livre tournois, lequel, par des altérations successives, diminua de moitié dans le cours du xvr siècle.
Si le maçon gagnait à la lin de ce siècle 5 à 8 sous, moine 10 par jour, tandis que ses devanciers en gagnaient 3 à 5 au commencement du même siècle, il est évident que le salaire réel était, pour la double cause de l'amoindrissement de la valeur du métal et de la réduction du poids d'argent contenu dans la livre tournois, beaucoup moindre en 1600 qu'en i5oo.
D'autres pays pourraient fournir des exemples de cette rupture d'équilibre entre le salaire et le prix des marchandises. A l'époque de la révolution monétaire du xvie siècle, un chapelier anglais s'exprimait ainsi : t( Je suis obligé de donner à huit ouvriers i francs par jour de plus que je n'étais accoutumé à le faire, et cependant ils disent qu'ils ne peuvent vivre suffisamment là-dessus *. » C'est à la suite de ce renchérissement qu'Elisabeth et Jacques Ier promulguèrent des ordon nances par lesquelles ils fixaient un maximum des salaires et infligeaient la prison aux salariants comme aux. salariés qui donnaient ou recevaient davantage.
i. Cité par Shaw, Histoire de la monnaie, p. 96.
C'est à cette époque aussi qu'en Allemagne une patente de l'Empire (i536) prescrivit à chaque magistrat de régler le taux des salaires. Un peu plus tard, la guerre de Trente ans ayant dépeuplé le pays, la diète se préoccupa à plusieurs reprises d'édicter un maximum, comme le roi Jean l'avait fait en France après la peste noire.
Sous la Régence, la profusion de billets de banque que répandit Làw fit hausser d'une manière extravagante les prix. Les salaires haussèrent aussi ; mais, comme dans les cas précédents, beaucoup moins que le prix des denrées. Dans une ordonnance (21 juin 1720)10 Régent se plaint que « plusieurs prix des denrées ayant augmenté et les salaires n'ayant augmenté que dans une proportion moindre », les ouvriers soient dans la gêne.
Le plus mémorable et le plus triste exemple de l'amoindrissement du salaire réel par l'avilissement de la monnaie que fournisse l'histoire de France est celui des assignats. La Constituante avait commis une lourde erreur économique en croyant qu'un papier auquel elle donnait des propriétés foncières pour hypothèque était la plus solide des monnaies, et elle avait émis les assignats. La Convention eut foi dans la théorie de la Constituante et prodigua les émissions d'autant plus abondamment que la monnaie de papier perdait davantage au change contre la monnaie métallique. Les marchandises renchérirent de jour en jour. La République tomba ainsi dans la même erreur que la Royauté, bien qu'elle s'inspirât d'un principe très différent.
A la suite des lois sur les accaparements (28 juillet 1793), sur le maximum des grains et farines (11 et 16 septembre), la Convention vota la loi du maximum gé-