‹ Salariat et SalairesChapitre 33 sur 111 · APERÇUS SUR LE SALARIAT DES TEMPS PASSES IOD · texte numérisé non relu

APERÇUS SUR LE SALARIAT DES TEMPS PASSES IOD

dans des cas semblables et qui peut être considéré presque comme une loi économique : une hausse constante et prolongée du prix des choses due à un avilissement de la monnaie est d'abord préjudiciable aux salaires '.

Le salaire réel de l'ouvrier paraît être resté à un niveau inférieur à celui de la fin du xve siècle pendant tout le xvie et au commencement du xvnc siècle. Vauban écrivait : « Quoique la plupart des artisans dans les villes, comme Paris, Lyon, Rouen, gagnent d'ordinaire plus de 12 sous, tels que sont les drapiers, tondeurs, etc., qui gagnent depuis i5 jusqu'à 3o sous, cependant il y en a qui ne gagnent pas 12 sous. » On trouve à cette époque, en province, des salaires de maçon et de menuisier équivalant en poids à 1 fr. 80 et 2 francs de notre monnaie actuelle ; mais d'autre part Savary nous apprend que les ouvrières, de Vitréqui fabriquaient des gants de fil gagnaient communément 3 sous, les plus habiles 5 sous.

Le salaire s'est relevé quelque peu dans la seconde moitié du xvme siècle, et, quoique le prix du blé eût alors augmenté, celui du manœuvre à la fin du règne de Louis XVI équivalait à une plus grande quantité de blé qu'à la fin du règne de Louis XIV. « Les salaires des ouvriers sont trop faibles, » écrivait Trudaine sous Louis XV. Si c'est un avantage pour les entrepreneurs, c'est un grand désavantage pour l'Etat. »

M. le vicomte d'Avenel attribue comme moyenne aux manœuvres et aux ouvriers agricoles un salaire égal à o fr. 35 de notre monnaie dans la première moitié du règne de Louis XV et à o fr. 45 sous le

I. Le salaire, d'après M. d'Avenel, équivalait à i.âo litres de blé, nioyennede 1701-1725, à 6.10 litres, moyenne de 1751-177.").

lOf) SALARIAT ET SALAIRES

règne de Louis XVI ; il attribue aux peintres et couvreurs, métiers bien rémunérés, un salaire égal à i fr. o4 au commencement du règne de Louis XV et à i fr. 25 sous Louis XVI. En Picardie, vers le- milieu du xvme siècle, un drapier, un bourrelier, un fouleur gagnaient 20 à 3o sous; dans la manufacture des van Robais, ouvriers et ouvrières travaillant à la tâche se faisaient en moyenne i[\ à 35 sous par jour.

En 1790, Arthur Young estimait que le salaire moyen des hommes était de 19 sous à la campagne et de 26 sous à la ville. Sous le Consulat, le préfet du Pasde-Calais indiquait o fr. 74 comme prix de la journée du manœuvre à la campagne en 1789 et o fr. 90 comme prix à la ville ; celui du Nord donnait 1 fr. o5 comme étant en 1789 le salaire du fileur ; un statisticien expérimenté, Peuchet, écrivait qu' « avant la Révolution le prix moyen de la journée de travail d'un ouvrier des arts et métiers peut être de 20 sous». Arthur Young évaluait à 20 p. 100 au moins pour la France entière et même à 5o p. 100 pour l'Ile-de-France la hausse des salaires dans le dernier tiers du xvme siècle (jusqu'en 1790).

Insistons un peu sur le taux à la veille de la Révolution : c'est la fin d'une grande période de l'histoire économique de la France. D'après les renseignements fournis par les enquêtes de 1793 et de l'an III, M. Biollay a proposé 20 sous comme salaire moyen des manœuvres en 17901 ; nourris, les manœuvres ne

1 . M. Biollay indique i livre 3 sous k deniers pour les manœuvres dans les villes, i livre 6 deniers dans les campagnes ; dans /|2 départements (sur un total de 8/i) le taux ordinaire était entre n et 20 sous ; dans 6 départements il dépassait 3o sous.

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