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Voir les Salaires au XIX' siècle, par E. Chevalier

2. Une des compagnies les plus importantes, celle de Lens, donne comme salaire annuel les chiffres suivants :

ouvriers ouvriers

à la veine du fond de

(aides compris) toute catégorie

1870-80 1,409 i,ia/j

igoo-1901. . . . 2,076 1,6^6

Une augmentation à peu près semblable est constatée dans les autres exploitations minières.

3. En prenant pour point de départ l'année 1872, représentée par ioo,

VARIATIONS DU SALAIRE AUX XIXe ET X\ SIÈCLES III)

En 1891-1893 l'Office du travail a procédé à une enquête sur les salaires et la durée du travail qui a porté sur 471-800 personnes appartenant presque toutes, à la grande ou à la moyenne industrie. Le taux moyen général qu'il a trouvé par ses calculs est de 4 fr. 20 pour les hommes, à savoir 6 fr. i5 dans le département de la Seine et 3 fr. 90 dans les autres départements. Ces moyennes sont la résultante de groupes échelonnés depuis 1 franc et moins jusqu'à i5 francs et plus ; mais les quatre cinquièmes des cas ne s'éloignent guère de plus d'un quart au-dessus ou au-dessous de la moyenne générale.

Cette enquête a constaté que le travail était en général mieux rémunéré dans les grands ateliers que dans les petits '. Or, le nombre des grands ateliers augmente par suite de la concentration de certaines industries 2.

Une autre enquête de l'année 1901 sur le salaire dans

on trouve jusqu'en 1887 une augmentation de 16 0/0 en province, et de a i à Paris.

i. En province, le salaire moyen était de 4 fr. !\ 5 dans les établissements occupant plus de 1.000 ouvriers, de 3 fr. 55 dans les établissements occupant de £99 à 100 ouvriers, de 3 francs dans les établissements occupant moins de 25 ouvriers. La durée de la journée est (à Paris au moins, plus courte en général dans les grands établissements que dans les petits.

3. Nombres proportionnels des établissements industriels classés d'après leur importance :

Établissements en 1896 en 1901

De 0 à

10 employés.

De 11 à

De plus de

Les mines de bouille, les usines de fer- blanc, les hauts fourneaux, les

aciéries, les fabriques de phosphore de porcelaine, de bougies sont les

établissements dans lesquels la concentration a été la plus prononcée de 1896 à 1901.

SVLAKIAT ET SALA1HES

les chefs-lieux de département que la Direction du travail a publiée sous le titre de Bordereaux des salaires a allongé la période d'observation et a donné comme salaire moyen de quarante-deux professions à Paris 5 fr. 87 en 1896 et 6 fr. q3 en 1901, et en province 3 fr. 85 en 1896 et 3 fr. 92 en 190 1.

En comparant les deux dates extrêmes, 1 853 et 1901, on constate que le salaire a augmenté, en un demi-siècle, de 81 p. 100 à Paris et de 92 p. 100 en province.

La Direction du travail continue à recevoir des maires et des conseils de prud'hommes des renseignements avec lesquels elle a composé le tableau suivant du salaire moyen dans les chefs-lieux de département (moins Paris).

Nombres- Années Francs indices

1906 4,20 ' io4

En combinant ces éléments avec d'autres données, il a été dressé dans Y Annuaire statistique de la France (1906) l'échelle suivante de nombres-indices du taux

1. Cette moyenne générale de 4 fr. ao est établie sur les salaires de 44 professions exercées dans i83 villes. Voici la moyenne spéciale de quelques professions en 1906 : tisserands 3 fr. 21, terrassiers 3 fr. 5i, cordonniers 3 fr. 7^, tailleurs d'habits 4 fr. 3g, serruriers 4 fr. ko, maçons 4 fr. 43, peintres en bâtiment 4 fr. 4i, menuisiers 4 fr. 45. ébénistes 4 fr. G6, imprimeurs 4 fr. 87, horlogers 4 fr. 92, forgerons 5 francs.

VARIATIONS DU SALAIRE AUX XIXe ET XXe SIÈCLES 12 1

moyen du salaire en Fiance i de dix en dix ans depuis le commencement du xixe siècle :

io4

Ces diverses échelles d'accroissement doivent être considérées, ainsi que nous l'avons dit, comme de simples approximations, puisqu'elles résultent non de dénombrements généraux, mais de renseignements partiels. Elles sont toutefois aussi rapprochées que possible de la réalité. Or elles font voir :

i° Accroissement général de dix en dix ans ;

20 Accroissement très lent de 1806 jusqu'à i85o (l'industrie était alors sous un régime ultra-protectionniste) ; la production des métaux précieux était relativement peu considérable 2.

3° Accroissement rapide de i85o à 1880 (l'industrie a été pendant cette période sous un régime douanier libéral) ; la production des métaux précieux a subitement augmenté et a diminué la valeur de la monnaie ; l'industrie, les transports et le commerce, grâce à la vapeur, ont pris un rapide essor.

I. L'échelle a été dressée d'après les salaires des houillères, les salaires des trois enquêtes de i84o-46, i86o-65 et 1891-0,3 et ceux de la petite industrie dans un chef- lieu de département.

3. Nous mentionnons le tarif des douanes parce que les protectionnistes invoquent, entre autres arguments, la nécessité de défendre par des droits élevés le salaire de leurs ouvriers. Les faits ne confirment pas leurs opinions.

SALVH1XT ET SAL.UULS

fi° Accroissement ralenti depuis 1880. Il y a eu une baisse générale du prix de gros ; le régime protectionniste s'est reconstitué pendant cette période, le commerce extérieur est resté stationnaire.

5° Reprise d'un mouvement ascendant plus accentué depuis 1896 et surtout depuis 1899 (ce régime douanier a été protectionniste) ; mais l'activité des affaires a été grande ; les prix ont haussé. Peut-être l'afiluence de l'or est-elle pour quelque chose dans ce nouvel essor.

tl y a eu, en résumé, plus que doublement du salaire moyen nominal depuis le commencement du xixe siècle \

Les éléments dont se composent ces moyennes générales et ces nombres-indices sont très divers.

Les moyennes particulières à l'aide desquelles elles sont formées diffèrent d'une industrie à une autre. Ainsi les Bordereaux de salaires de 1901 donnent pour les villes de province, chefs-lieux de département, une moyenne de 2 fr. 91 pour les journaliers, de 3 fr. 16 pour les tisserands, de 3 fr. 29 pour les terrassiers, tandis que cette moyenne monte à 4 fr. 72 pour les tailleurs de pierre, à 5 fr. 20 pour les charpentiers, à 6 fr. 99 pour les sculpteurs ornemanistes, qui sont des artistes.

1 . Gomme exemple d'augmentation durant ces dernières années, citons les aciéries de Longwy, industrie prospère, dans laquelle les manœuvres gagnaient au moins 3 francs en 1890 et 3 fr. 5a en igo5, les mouleurs 2 fr. 55 en 1890 et k fr. g5 en 1900.

VARIATIONS DL SALAIRE AUX MX ET XX SIECLES I2t>

Les salaires normaux (dont le salaire réel diffère assez souvent en plus ou en moins) dans le bâtiment à Paris variaient pour la maçonnerie de o fr. go l'heure (moucheteur et jointoyeur) à o fr. [\o (gardien de rue), pour la serrurerie de i franc pour le traceur à o fr. 5o pour l'aide chaudronnier, etc. En province les salaires des maçons, d'après les renseignements fournis en 190G par les maires des chefs-lieux de département et par les conseils de prud'hommes, variaient de o fr. 25 (Castres) à o fr. 65 (Caen) ; ceux des tisserands, métier peu payé, de o fr. 20 (Bohain) à o fr. 45 (Boulogne-surmer) .

Les moyennes ne diffèrent pas moins d'une localité à une autre. C'est ainsi que dans les Bordereaux de salaires on trouve au bas de l'échelle 2 fr. 64 à Quimper, 2 fr. 59 à Cahors, 2 fr. 52 à Auch, villes de peu d'industrie, et au haut de l'échelle 5 fr. 80 à Limoges, 5 fr. 43 à Lyon, villes industrielles, 5 fr. 79 à Versailles, ville de bourgeoisie aisée. Le taux dépasse aussi 4 fr. 5o à Beauvais, à Melun, à Chaumont, quoique les mêmes raisons n'expliquent pas aussi clairement leur position sur l'échelle. Le département delà Seine occupe logiquement le premier rang avec une moyenne de 6 fr. 1 5 dans l'enquête de 189 1 -1893, pendant que la moyenne de tous les autres départements réunis n'était que de 3 fr. 90. A Paris il y a des métiers dont la moyenne s'élève à 8 francs (ébénistes), à 8 fr. 5o (forgerons), à 10 francs (sculpteurs ornemanistes). Les bons ouvriers de l'automobile gagnaient une dizaine de francs avant la crise de 1907.

Dans cette enquête de 1 891-1893, un tableau est consacré au salaire moyen (contremaîtres et enfants non

compris) des ouvriers par arrondissement ; 5 francs et plus par jour dans i5 arrondissements *, et au-dessous de 2 fr. 5o dans 17 autres arrondissements s. Ces derniers ont très peu d'industries ; mais il s'en faut de beaucoup que les quinze premiers soient ceux qui en ont le plus. Dans un autre tableau de cette enquête et dans une carte de l'album graphique qui l'accompagne, les départements sont classés d'après le taux du salaire des « ouvriers de métiers » . Le département de la Seine y est coté à 7 fr. 5o. Dans les autres départements du bassin de la Seine et dans les Vosges, la Côte-d'Or et le* Loiret, il l'est entre 6 fr. 10 et 4 fr. 25. A l'opposé, il est coté au-dessous de 3 fr. 66 en Bretagne, dans le centre de la France, dans la région pyrénéenne, etc* Là apparaît distinctement l'influence du développement de l'industrie ou delà richesse.

Les Bordereaux de salaires confirment à peu près cette répartition, ou du moins mettent en évidence l'influence des mêmes causes. Ainsi les vingt-deux villes où le salaire est au-dessus de l\ fr. 5o sont, à peu d'exceptions près, des centres d'activité économique, tandis que les trois localités où il est inférieur à 3 francs sont presque sans industrie 3.

1. Grasse, Cognac, Montbrison, Gien, Cambrai, Nevers, Saint-Julien, Meaux, Melun, Fontainebleau, Etampes, Corbeil, Perpignan, Limoges, Avallon.

2. Tournon, Castelnaudary, Limoux, Guingamp, Loudéac, Bourganeuf, Châteaulin, Muret, Fougères, Figeac, Florac, Marvejols, Mende, Mayenne, Saint Omer, Bagnères-de-Bigorre, Bochechouart.

3. Au-dessus de 4 fr. 5o : Mézières (4 fr. 75), Troyes (4 fr. 67), Marseille (4 fr. 61), Dijon (4 fr. 78), Ëvreux (4 fr 73), Bordeaux (4 fr. 62), Lons-le-Saulnier (4 fr. 50), Nantes (4 fr. 5i), Orléans (4 fr. 81), Cbaumont (5 fr. i4), Nancy (4 fr. 9.4), Bar-le-Duc (4 fr. 85), Never-

VARIATIONS DU SALAIRE AUX XIXe ET XXe SIÈCLES 125

La moyenne diffère aussi le plus souvent avec l'âge de l'ouvrier. Une enquête de l'Office du travail sur les métiers de l'ameublement en fournit un exemple ; 3 fr. 43 en moyenne de douze à dix-sept ans, 5 fr. 3 4 de dix-huit à vingt-quatre ans, 7 fr. 19 de vingt-cinq à quarante-quatre ans, 7 fr. 17 de quarante-cinq à soixante-quatre ans, 5 fr. g3 au-dessus de soixantequatre ans *. Les ouvriers de cette dernière catégorie ne forment qu'une petite minorité ; le recensement de 1901 a constaté que 70 p. 100 des ouvriers et employés avaient moins de quarante-sept ans et qu'il y en avait à peine 3 p. 100 qui eussent dépassé les soixante-cinq.

Elle diffère beaucoup dans une même usine ou manufacture suivant l'emploi. Ainsi, dans les aciéries de Loiïgwy, en 1905, pendant que les premiers chauffeurs gagnaient 8 fr. 5o à 9 fr. 3o, les manœuvres du magasin central gagnaient 3 fr. 52 à 3 fr. g5. L'enquête de 1 891 -1893 constate que la moyenne générale (Paris excepté) pour le manœuvre était de 2 fr. 25, tandis que celle des ouvriers exercés del'imprimerie, du cuir, du bois, des métaux, du bâtiment se tenait entre f\ et 5 francs -.

(4 fr. 53), Lille (4 fr. 55), Beauvais (5 fr. 09), Belfort (4 fr. 69), Lyon (5 fr. 43), Mâcon (4 fr. 96), Rouen (4 fr. 89), Melun (5 fr. 09), Versailles (5 fr. 79), Limoges (5 fr. o5). Au-dessous de 3 francs : Quimper (2 fr. 64), Auch (2 fr. 52), Cahors (2 fr. 4g).

1. Dans l'usine métallurgique de Rachecourt, pendant que les chefs d'équipe aux pièces gagnent 9 francs et le second et le troisième ouvrier 7 francs et 5 francs, les manœuvres n'ont que 4 francs ; on occupe les ouvriers Vieillis en leur donnant 3 francs par jour. Cette usine, établie dans une commune de 900 habitants environ, mais occupant 45o à 5oo personnes, est un exemple des hauts salaires que certaines industries peuvent atteindre dans de petites localités.

2. A Paris, en 1908, les ouvriers de l'Imprimerie nationale, ouvriers d'élite il est vrai, gagnaient de 8 à i3 francs.

I 2 f > SALARIAT El SALAIRES

C'est à l'habileté et à la productivité qu'il faut demander la raison de ces différences.

Pour les manufactures de tabacs, l'enquête de 1891i8q3 a dressé l'échelle des salaires par tranches de 5o centimes. Près des trois quarts (71 p. 0/0) des ouvriers sont classés ejitre 4 et 6 francs, et il s'en trouve deux fois plus au-dessus de 6 francs qu'au-dessous de 4 francs. On a pu calculer une moyenne précise du salaire de ces ouvriers, qui esta peu près de 5 fr. 5o et dont les éléments s'échelonnent de o fr. 5o (7 ouvriers) à i3fr. 5o (1 ouvrier).

Les i3.8oo ouvriers du département de la Seine dont les salaires ont été relevés par l'enquête de 1891- 1893 se groupent à peu près de la môme manière1 entre o fr. 5o et 1 «4 fr- 5o, les trois quarts (77 p. 0/0) ayant 4 fr. 5o à 7 fr. 5o. Dans les départements 71p. 100 ont été classés entre 2 fr. 5o et 5 fr.

Les transformations de l'outillage influent dans beaucoup de cas sur le taux des salaires. Ainsi une mécanique nouvelle qui produit davantage, mais qui exige plus d'attention et d'adresse de la part de l'ouvrier, comme il est arrivé pour la filature, est une cause d'accroissement du salaire. D'autre part, si la mécanique fait automatiquement un travail qui à la main était un travail difficile, il peut suffire d'ouvriers médiocrement habiles et partant moins payés : c'est ce qui a eu lieu dans les fabriques d'horlogerie. Dans les fabriques de sucre, lorsque le procédé de la diffusion, par lequel l'opération se fait pour ainsi dire d'elle-même dans les alambics, a remplacé l'ancien procédé, les salaires ont baissé en même temps que diminuait le nombre des ouvriers. Ainsi, de 1880 à 1880, les hommes gagnaient environ

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