DURÉE HEBDOMADAIRE DU TRAVAIL
étaient au haut avec n h. 1/2. À Paris, les trois cinquièmes des ateliers fonctionnaient avec 10 heures au plus.
Les syndicats, surtout les rouges, aspirent à de plus grandes diminutions de la journée du travail ; mais ils ont la prétention de conserver un salaire hebdomadaire au moins égal. En réalité, les salaires ont été maintenus dans un certain nombre de cas ; ils ne l'ont pas été dans d'autres; quelquefois ils l'ont été sans que l'augmentation par heure compensât complètement la diminution du nombre des heures l.
La journée de 8 heures "2 est réclamée énergiquementpar les plus ardents; c'est, comme aux Etats-Unis, le mot d'ordre de Ja manifestation du ier'mai. Les progrès de l'industrie et des mœurs économiques ont déjà sensiblement réduit la durée du travail dans le cours du xi\° siècle. Ils pourront, sans l'intervention du législateur, réduire encore peu à peu cette durée. Est-il désirable qu'elle soit exactement et uniformément de 8 heures partout, et le travailleur, salarié ou salariant, est-il épuisé quand il a dépassé cette limite ? Les « trois huit » ne sont qu'un jeu de mots. Les « quatre six », dont un réservé à l'instruction, auraient autant de raison de devenir à la mode.
1 . Les terrassiers des environs de Paris avaient un salaire de o fr . 70 l'heure et faisaient 10 heures ; ils ont obtenu la journée de 9 heures et
5 centimes d'augmentation ; ils gagnaient 7 fr., ils ne gagnent plus que
6 fr. 75.
2. Un projet de loi présenté par M. Basly, modifié par la commission du travail (n décembre 1901), réduit d'abord à 9 heures, puis à 8 heures au bout de quatre ans la durée de la journée dans les travaux souterrains des mines de combustibles. La durée de la journée variait à cette époque de 9 à 12 heures, suivant les régions.
On a beaucoup parlé de l'accroissement d'énergie ou d'attention et par suite de productivité que doit donnerait travailleur la réduction du nombre d'heures de travail. On a cité des exemples ; ils sont en général peu précis et ne sont pas concluants pour une réforme générale *. Il est certain qu'une journée de labeur prolongée à l'excès est, d'une part, préjudiciable à la santé de l'ouvrier, et d'autre part, que les dernières heures rendent moins de production que les premières. Mais où commence l'excès ? On a dit aussi qu'à cause de la fatigue, les accidents sont plus fréquents à la fin que danslc cours de la journée. C'est très probable; mais il n'y a pas non plus sur ce fait de statistiques probantes.
On a évalué, vaguement aussi, à i5 p. ioo la diminution de production dans certaines filatures de coton à la suite de l'établissement des dix heures. Dans un sens contraire, la Commission supérieure du travail (rapport de 1897) avait dit : « L'amélioration de vitesse des engins mécaniques, les pertes de temps moins nombreuses, les repos plus réels, ont permis à la production non de diminuer ou de rester stationnaire, mais de suivre une marche ascendante, si bien que peu d'industries se résoudraient aujourd'hui à revenir à la journée de 15 heures. » Cette affirmation a été faite d'après les rapports des inspecteurs qui sont portés, par profession, à être optimistes en cette matière. Si les machines avaient produit réellement un effet tel que les manufacturiers ne voulussent plus de la journée de
1 . Voir entre autres documents la Réponse du comité des houilleurs de France au Questionnaire adressé le 25 juillet 1901 par la Commission de la durée du travail' dans les mines.