CHOMAGE I
lions de francs payés pour indemnité de chômage à 1 .127.000 membres.
En Allemagne, le résultat n'est pas moindre ; en igo/j, la dépense pour chômage et secours de route a été de 3 millions de marcs, répartis entre 1 .354. 000 personnes. En Autriche, les chiffres sont moins élevés : 85o. 000 francs, dont 323. 000 membres de syndicats ont bénéficié.
La Suisse a expérimenté plusieurs systèmes. Le canton de Saint-Gall avait, en 189/4, institué l'assurance obligatoire pour tout ouvrier gagnant moins de 5 francs ; la cotisation et l'indemnité, variables suivant le taux du salaire, étaient pour les ouvriers gagnant 5 francs de o fr. 3o de cotisation et de 2 fr. 45 d'indemnité par jour; l'indemnité n'était payable que pendant 6ojours;elle ne l'était pas en cas de grève ou de maladie. Les ouvriers se sont montrés rebelles à cette obligation et la caisse a dû se fermer avec déficit en 1897. L'assurance facultative du bureau de chômage de Berne, fondée en 1892 par la Ligue des travailleurs manuels et devenu municipal en 1893, a eu plus de succès. Mais elle ne compte guère que 600 assurés, auxquels elle assure une indemnité pendant dix semaines, et ses assurés ne lui fournissent que 21p. 100 de ses recettes ; le reste provient de la municipalité (66 p. 100) et des patrons. C'est donc une assurance très fortement additionnée d'assistance.
La ville de Gand a créé en 1 900 un système qui consiste à donner sur les fonds publics une subvention aux syndicats qui entretiennent des caisses de chômage. Ce système a fait des imitateurs en Italie, où s'est constituée l'Association umanitaria, à Strasbourg et à Munich,
l()'\ SALARIAT ET SALAIRES
en France, où les syndicats ont reçu en 1 907 pour cet objet près d'un demi-million de subventions. Ces syndicats demandent en général à leurs membres une cotisation mensuelle de 10 centimes pour l'entretien de la caisse de chômage et de secours de route.
En France, l'assistance publique par le travail en cas de chômage est pratiquée aujourd'hui régulièrement dans un grand nombre de villes. Le rapport sur l'année 1907 mentionne les travaux de chômage exécutés dans 820 villes appartenant à 66 départements. Ce sont le plus souvent des travaux de terrassement. La dépense a été d'environ 2 millions. C'est un mode d'assistance très ancien ; on le pratiquait dans les ateliers de charité de 1789. Les ateliers nationaux de 18/48, que l'on cite quelquefois à ce sujet, sont un cas exceptionnel et une erreur du gouvernement provisoire ; on avait rassemblé à Paris plus de 100.000 ouvriers qu'on payait sans les faire réellement travailler et dont la dissolution a été le signal de la sanglante insurrection de Juin.
Outre les ateliers publics temporaires, il y a un certain nombre d'institutions privées, temporaires ou permanentes, comme les sociétés d'assistance par le travail, qui emploient des ouvriers et des ouvrières en chômage.
En Angleterre et surtout à Londres, on a eu fréquemment recours à ce moyen d'occuper les chômeurs. En mars 1907, les comités de détresse de la capitale et des provinces avaient à leur charge 60./400 chômeurs ; les « Avorkhouses » sont des maisons de travail où des ouvriers sans ouvrage se rencontrent avec des vagabonds.
En A Uemagne, presque toutes les grandes villes organisent des travaux de chômage en hiver.
CHOMAGE IÇp
Les Herbergen sont une institution particulière à ce pays. Tout ouvrier de plus de vingt ans doit toujours porter avec lui son « Arbeitsbuch » * sur lequel sont inscrits son entrée et sa sortie chaque fois qu'il change d'atelier, le paiement de sa cotisation pour les assurances obligatoires ; le patron a la garde de ce livret, qu'il rend à l'ouvrier et signe au moment de la sortie de celuici. Les secours et les migrations des dix-huit millions d'ouvriers de l'Allemagne sont ainsi enregistrés et connus des autorités ; car un ouvrier qui se déplace et ne peut produire son « Arbeilsbuch » est traité comme vagabond et n'est pas reçu dans les « Herbergen >u Au contraire, dans ces « Herbergen », hôtelleries publiques de charité, sont reçus gratuitement ou moyennant un léger paiement les ouvriers en voyage ; on exige qu'ils aient une destination déterminée. En 1890, il y avait 362 « Herbergen » ; en 1906, A61 établies pour ainsi dire' d'étape en étape et communiquant par téléphone ; elles avaient reçu dans l'année 2 millions d'hôtes (1.608.000 payants, [\l\'2. 000 gratuits) qui y avaientpassé 3.907.000 nuits. H y a beaucoup d'« Herbergen » en Saxe, peu en Prusse.
En outre, dans beaucoup de villes allemandes, l'assistance des pauvres est organisée d'après le système d'Elberfeld, c'est-à-dire par la division du territoire en petites circonscriptions qui ne comprennent guère plus de 3oo familles, riches ou pauvres, et où les secours sont délivrés sous la surveillance et sous la responsabilité de personnes honorables de la localité.
Au moyen de ce double système, l'Allemagne se flatte de n'avoir ni vagabondage ni indigence privée de secours.
ïf)(> SALARIAT ET SALAIRES
En Suisse, l'Union internationale pour l'assistance des sans-trayàil n'accorde de secours qu'aux personnes qui produisent leur livret et qui prouvent qu'elles ont travaillé dans le cours du trimestre.
Après l'assistance par le travail, il n'y a plus que l'assistance pure qui recueille les épaves de l'atelier, surtout les infirmes de corps ou d'esprit et les vieillards, et qui leur donne les moyens d'achever leur existence dans les hospices et autres établissements analogues.
L'assistance soulage les malheureux, mais elle ne supprime pas le mal, et elle atteint surtout les ouvriers de médiocre valeur qui sont précisément à cause de cela les plus difficiles à replacer. Il y a des pays qui n'en souffrent pas autantque d'autres, par exemple les États- Unis, où l'activité industrielle fournit facilement, excepté dans les périodes de crise intense, du travail à presque tous ceux qui sont en état de travailler. On peut en dire de nos jours à peu près autant de l'Allemagne. Mais en France, malgré le faible accroissement de la population et le progrès de l'industrie, le chômage, quoiqu'il ne soit pas en général intense, est un problème grave qui doit être sérieusement étudié.