GAIN DES TRAVAILLEURS SALARIANTS ET SALARIÉS
thèse de la dégradation du salaire en tirant argument de certains cas particuliers, comme celui des salaires infimes de la couture à domicile.
Mais beaucoup de socialistes ont adopté une autre thèse au nom de laquelle ils ont continué à dénoncer le salariat comme une iniquité. Ils ont demandé si, dans l'accroissement général de la richesse et des revenus de la société contemporaine, la part proportionnelle de la classe ouvrière a été égale à celle de la classe capitaliste, ajoutant que, si elle ne l'est pas, la classe ouvrière ■a le droit de se plaindre, et qu'il n'est pas étonnant dans ce cas qu'elle se révolte pour revendiquer son dû. Bien entendu, ils concluent qu'elle ne l'est pas. Ils acceptent d'autant plus facilement cette conclusion que la doctrine de Karl Marx leur enseigne que cette part devrait être la totalité de la valeur commerciale que la fabrication ajoute à la matière première : proposition non moins erronée que celle de l'abaissement continu et fatal du taux du salaire.
On sait que la production de la richesse, agricole ou industrielle, est le résultat de la coopération de trois éléments ou facteurs, le travail d'entreprise et de direction qui est le propre du chef d'établissement, le travail d'exécution qui est le fait principalement des ouvriers et employés et le capital (y compris la terre et les forces naturelles) qui fournit les ressources nécessaires au travail. Tous trois ont droit à une rémunération prise sur la valeur du produit, laquelle part peut différer d'un élément à l'autre suivant les cas, mais est toujours indispensable, puisque sans elle le facteur exclu du partage se refuserait à une collaboration dans laquelle il n'aurait que de la peine ou des risques sans avantages et, faute
d'un des éléments essentiels, il ne se ferait pas de production. Sans doute, les éléments ne sont pas toujours bien distincts ; pour l'artisan qui travaille seul, par exemple, entreprise et exécution se confondent dans une même personne ; néanmoins ils coexistent. D'ailleurs le salariat, qui est le sujet de ce livre, implique la distinction.
On sait aussi que le profit constitue dans l'inventaire d'un industriel un compte différent du compte salaires et du compte intérêts et amortissement du capital. Les sommes dépensées en salaires et en intérêts et amortissements forment, avec les achats de matières premières et les frais généraux, le total constitutif du coût de production ou prix de revient ; c'est le capital qui en fait l'avance. Quant au profit, il n'entre pas dans le coût de production ; il est l'excédent du prix réalisé par la vente sur ce coût, quand il y a excédent. Presque toujours la dépense en salaires est très supérieure à ce profit i .
Des trois facteurs la quote-part n'est pas fixée préalablement d'une matière immuable ; elle varie d'une industrie à l'autre, d'un industriel à l'autre dans la
i. Dans les exploitations de mines de houille, pour lesquelles le chapitre d'achat des matières premières n'existe presque pas, le revenu net total a varié suivant les années (déduction faite des exploitations en perte). 11 était de 2 G millions seulement en 189^ ; il est monté rapidement à 95 en 1900 pour redescendre à 67 en 1903. La somme payée en salaire, beaucoup moins variable, avait passé de i58 millions (en i8g4) à 228 millions, maximum (en 1901), et était à 226 millions en 1903, de sorte que le rapport du revenu net au total des salaires a été de 16 p. 100 en 189/4, de k!\ en igoo et de 3o en igo3. Une augmentation des salaires de 16 à 3o p. 100 (l'année 1900 étant négligée comme ayant été extraordinaire) absorberait tout le profit et amènerait, par suite, les exploitants à cesser leur exploitation. Voir La Grève, les Salaires et le Contrat du travail, par Zolla, p. 255.