‹ Salariat et SalairesChapitre 65 sur 111 · GAIN DES TRAVAILLEURS SALARIANTS ET SALARIÉS · texte numérisé non relu

GAIN DES TRAVAILLEURS SALARIANTS ET SALARIÉS

même industrie, d'une opération à une autre faite par le même industriel. La matière première peut en renchérissant grever le coût de production ; les salariés peuvent obtenir une augmentation qui grève aussi le prix de production ; l'outillage peut être perfectionné, et par suite la part du capital peut augmenter. L'entrepreneur peut réduire ses prétentions au profit sur le prix de vente de chaque unité produite, soit qu'il y soit obligé par la concurrence des autres producteurs, soit qu'il le fasse spontanément dans l'espérance de récupérer et au delà par le nombre de ses ventes le sacrifice qu'il s'impose. En'tout cas il n'y a pas de compartiments étanches entre le taux de rémunération des trois facteurs. Il y a pourtant à chaque moment des limites d'équilibre qu'on ne dépasse pas sans compromettre l'existence même de l'industrie.

Les marxistes refusent à l'entrepreneur la qualité de producteur de richesse parce qu'ils ne le voient pas manipuler la matière l'outil à la main. Autant vaudrait dire, qu'un général n'est pour rien dans le gain d'une bataille parce qu'il ne tire pas de coups de fusil. Il faut renvoyer ces marxistes au vieil apologue des membres et de l'estomac.

Les salariés, qu'ils travaillent dans les ateliers ou dans les bureaux, exécutent les ordres qu'ils ont reçus, accomplissant chacun la fonction dont il est chargé conformément à la division du travail et pour laquelle il est payé. Ils doivent l'exécuter consciencieusement ; leur responsabilité ne va pas au delà. Reçoivent-ils une rémunération adéquate au service qu'ils rendent ? Il faut le croire en général, puisqu'ils pourraient, au lieu de louer leur travail, essayer de former des sociétés

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coopératives de production en vue de recueillir pour eux seuls tout le bénéfice, et que cependant les sociétés de ce genre (nous en parlerons plus loin) ne se sont formées qu'en très petit nombre et sont loin d'offrir toutes plus d'avantages pécuniaires que le salariat aux ouvriers véritablement capables. Ils ont un autre terme de comparaison dans les artisans travaillant seuls presque sans capital ; or, le revenu moyen de ceux-ci ne parait guère excéder celui d'un bon ouvrier de la profession, quoique leurs risques soient plus grands.

L'entrepreneur salariant a des fonctions plus complexes. Il exécute aussi, comme l'ouvrier et l'artisan, un travail manuel dans beaucoup de petites entreprises. Dans les petites comme dans les grandes, il a à combiner les forces individuelles et les moyens matériels en vue d'obtenir le résultat le meilleur ; il dirige et surveille l'exécution ; il engage journellement son capital ou un capital d'emprunt dont il doit compte. Sa responsabilité s'étend à tout, non seulement à la technique de la fabrication, mais à l'œuvre commerciale, celle de l'achat des instruments et des matières de la production et celle du placement des produits fabriqués, œuvre difficile : l'enchaînement de ses opérations le tient continuellement en éveil.

La rémunération du salarié est certaine ; elle est due légitimement et légalement dès que le temps ou la tâche stipulés ont été accomplis. Celle du patron est aléatoire ; elle dépend de la conduite de sa fabrication, des chances dp vente des produits, de la solvabilité des acheteurs.

Les perfectionnements de l'industrie moderne et la concentration en grandes entreprises n'ont pas rendu la besogne de l'ouvrier plus pénible. Il lui faut, dans

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