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beaucoup de cas, faire preuve d'une intelligence plus déliée ou d'une attention plus assidue, mais il a souvent moins de force musculaire à déployer, la machine lui épargnant l'effort ; il passe ses journées dans des bâtiments plus vastes et même plus sains qu'autrefois, sauf exception. Sous ce rapport, l'ouvrier de nos jours est dans une condition plus douce que l'ouvrier des temps passés.
Le chef d'établissement, au contraire, à mesure que s'agrandit le cercle de ses affaires, a plus d'activité, d'intelligence, de connaissances, de travail à dépenser, de même qu'il encourt une plus lourde responsabilité. Si le salarié est exposé au chômage, l'entrepreneur l'est aux crises, à la faillite de ses clients. Combien d'habiles ouvriers, s'étant établis, ont échoué dans leur entreprise I
La machine produit beaucoup plus d'ordinaire que le travail manuel. Il ne faut pas cependant se faire illusion sur cette multiplication des produits. Elle est avantageuse assurément, puisqu'on l'emploie ; toutefois elle n'est pas gratuite. Si elle fait 20 produits avec un ouvrier pendant qu'à la main cet ouvrier n'en ferait que 1, il ne faut pas croire que le bénéfice soit 19, comme l'apparence pourrait le faire supposer. Car la machine a coûté et immobilise un capital qu'il faut rémunérer et amortir ; elle consomme du charbon et autres matières et elle a besoin d'ouvriers spéciaux pour fonctionner.
Autre considération. Si la productivité du travail augmente grâce aux perfectionnements de l'outillage et des procédés, et si les salaires et les profits ont été accrus, c'est beaucoup plus rarement aux ouvriers
qu'aux directeurs, patrons ou ingénieurs, que sont dues les inventions 1 , et ce sont les chefs qui ont pris tout au moins l'initiative de leur introduction en hasardant le capital nécessaire à toute innovation.
Pour ces diverses raisons il est logique que la rémunération individuelle du patron soit plus forte que la rémunération individuelle de ses salariés, de même que dans son atelier les salariés sont payés à des taux différents suivant l'importance de leurs services. A chacun suivant ses œuvres.
De cette distinction il ne résulte pas que l'intelligence du salarié soit nécessairement inférieure à celle de l'entrepreneur. Il y a nombre d'ouvriers dont l'esprit est très ouvert non seulement sur les choses de leur métier dont ils connaissent souvent certains détails mieux que leur patron, mais sur certaines questions d'économie sociale ; il y a nombre de contremaîtres qui pourraient diriger une entreprise aussi bien que leur chef d'établissement. C'est uniquement la différence du rôle social dans la production de la richesse que nous voulons marquer.
Quand on examine les comptes d'un grand établissement industriel, on trouve la somme totale payée aux salariés beaucoup plus forte que la somme restant pour le profit, après le prélèvement de tous les frais de production. Ainsi les mines de houille de France qui ont donné un bénéfice ont payé en salaires 2i5 millions et ont fait un profit net de 112 millions en 1901, année
1. Aux États-Unis cependant il y a des chefs d'établissement qui encouragent les inventions de leurs ouvriers en leur accordant une partie du bénéfice qu'elles procurent.
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exceptionnellement prospère ; d'autre part, en 189/j, année médiocre, elles ont payé 1 58 millions de salaires et fait un profit net de 36 millions, soit seulement 16 0/0 des salaires ; or, dans ce calcul ne figurent pas les mines qui étaient en perte. Combien même d'entreprises ne donnent pas un tel taux de profit !
Les termes du problème sont souvent mal posés.
Tel écrivain met d'un côté la somme totale des salaires qu'il regarde comme constituant tout le revenu du travail et, de l'autre côté, les revenus du capital, expression dans laquelle il englobe non seulement l'intérêt des capitaux fonciers et mobiliers, mais les gains provenant du travail de l'artisan, de l'entrepreneur, des professions libérales, etc. Il conclut de cette confusion que les seconds l'emportent sur les premiers.
Tel autre se demande s'il y aurait proportionnalité en supposant que le revenu ait été jadis de 10 milliards, dont 5 pour les prolétaires et 5 pour les propriétaires, et qu'il soit maintenant de 10 pour les premiers et de i5 pour les seconds. C'est une supposition tout imaginaire.
Bastiat, et plusieurs économistes après lui, ont affirmé comme un fait d'expérience qu'à mesure que les capitaux s'accroissent, la part absolue des capitalistes augmente, mais que leur part relative diminue. La question n'est pas résolue par cette affirmation, parce que si, chaque centaine de francs rapportant seulement 3 au lieu de 5, les capitalistes possédaient trois fois plus de centaines et si dans le même temps il y avait eu doublement des salaires, la part relative des capitalistes aurait réellement augmenté plus que celle des salaires.
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Il resterait encore d'autres questions à résoudre pour lesquelles des éléments certains nous manquent. Par exemple, si le nombre des capitalistes a augmenté en aussi grande quantité que le revenu des capitaux, chaque capitaliste n'est pas nécessairement devenu plus riche ; on sait même que les rentiers, dont le nombre de titres de rentes sur l'Etat est demeuré le même depuis trente-cinq ans, le sont devenus moins.
Autre considération : ce capital qu'on oppose au salariat provient en partie des épargnes des salariés, même de salariés n'ayant qu'un très modique revenu l.
Quant aux ouvriers, nous avons constaté que c'est bien la moyenne du salaire individuel qui a augmenté ; et. comme le nombre des ouvriers, surtout des ouvriers de l'industrie qui sont les mieux payés, a augmenté, la somme totale des revenus du salariat industriel est certainement beaucoup plus considérable aujourd'hui qu'autrefois.
Que la somme totale des revenus du capital soit plus forte qu'autrefois, c'est naturel, puisque l'agriculture, l'industrie, les transports, la banque, le commerce emploient plus de capitaux en matières, en outillage, en bâtiments et en salaires ; et c'est logique, puisque le capital a été une des causes essentielles du progrès de la production. Chez les sauvages, la part du capital est presque nulle, mais la population vit misérablement.
i. M. Neymarck, dans les articles du Rentier et dans les mémoires présentés à l'Institut international de statistique, a maintes fois établi qu'une quantité considérable de litres de valeurs mobilières était disséminée par petites fractions entre beaucoup de personnes ; ainsi G8 p. ioo des certificats d'obligations de cbemins de fer sont de i à 2,'i obligations, représentant une fortune de .'jGo à 10.6/10 francs.
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Il ne faut pas insister sur un problème dont les éléments sont si peu certains. 'Ce cpii est surtout intéressant au point de vue de la justice, c'est que chacun soit récompensé, autant que possible, suivant ses mérites; et, au point de vue du bien-être général de la classe ouvrière, c'est que le progrès ait pour conséquence un accroissement du salaire réel.
On rend un mauvais service à la classe ouvrière lorsque, sans tenir compte des causes rationnelles de différence, on l'incite à comparer la mesure de l'accroissement de son revenu avec celle de l'accroissement du revenu d'autres catégories de travailleurs, en insinuant qu'elle est victime si sa mesure reste au-dessous de celle de catégories plus fortunées.
On excite ainsi en elle l'envie et on corrompt la satisfaction que le mieux devrait lui faire ressentir. Un homme vient d'hériter inopinément de 2.000 francs de rente et il se trouve heureux de cette fortune. Se croirat-il malheureux s'il apprend que son voisin, n'ayant pas plus de droits que lui, hérite de 3. 000 francs de rente ? Ce sentiment envieux se rencontre, mais il n'est pas bon. Un publiciste fait certainement un acte plus charitable en enseignant aux différentes classes de la société à se réjouir des bienfaits de la civilisation et à travailler à les développer davantage plutôt qu'à se chagriner du bien des autres.
Si les critiques se bornent à désigner à l'ouvrier les sommets du monde industriel, il est certain qu'ils lui feront voir des édifices de fortunes auxquels sa classe, en tant que classe salariée, n'a aucun espoir de s'élever, quoiqu'il ne soit pas rare de rencontrer dans ces sommets des hommes intelligents qui ont débuté comme
ouvriers ou commis. La société française — on pourrait dire la société contemporaine — est une démocratie dont toutes les avenues sont ouvertes.
Sans doute, au-dessus des couches de travailleurs placées par l'élévation du salaire nominal et du salaire réel à un niveau moyen supérieur au niveau de la première moitié du xixe siècle, il s'édifie de puissantes fortunes par l'industrie, le commerce, la banque, la spéculation. Plus la vie économique d'un pays est intense, plus fréquentes sont les occasions d'écrémer de gros profits sur la masse des richesses en formation ; les États-Unis fournissent à cet égard des exemples. En France, où le bouillonnement des affaires est moins intense, il ne s'en fait pas autant ; mais il s'en fait, et vraisemblablement il s'en fait plus de nos jours qu'il ne s'en faisait au commencement du xixe siècle dans la société semi-aristocratique de la Restauration.
Les adversaires du salariat ont invoqué la statistique pour étayer la thèse d'une injuste répartition de la richesse qui se serait produite au préjudice de la classe ouvrière. Revenons à ce sujet sur quelques points que nous avons déjà touchés.
M. Coste a cité comme preuve les actions de chemins de fer français dont la cote en bourse a augmenté proportionnellement plus que le taux du salaire. Mais ceci signifie seulement que l'intérêt de l'argent a baissé et que, par conséquent, on achète plus cher des titres dont le revenu n'a pas baissé.
On a invoqué aussi l'augmentation de l'annuité successorale K Mais, d'une part, cette annuité est formée
i. Eu additionnant les annuités successorales (y compris les donation*