En 1907, 23 réussites, 3g transactions, 38 échecs
de presse, ils ne peuvent pas se passer de leur personnel. Aussi, dans les grèves d'une semaine et moins, \\ y a eu, en moyenne, de 1890 a 1899, 33 réussites, 35 transactions, 32 échecs ; dans les grèves de 8 à i5 jours, 10 réussites, 5i transactions, 39 échecs ; dans les grèves de 16 à 3o jours, 9 réussites, [\[\ transactions, 47 échecs ; dans les grèves de 3i à 100 jours, 7 réussites, f[Ç) transactions, kk échecs ; dans les grèves de plus de 100 jours, 6 réussites, 3i transactions, 63 échecs.
Tout n'est pas profit, même en cas de succès, relativement au salaire. La Direction du travail a calculé qu'il ne fallait pas moins de 76 jours en moyenne aux ouvriers pour recouvrer, grâce à l'augmentation obtenue, la perte que leur avait causée l'interruption de travail. Mais elle n'a tenu compte ni des ouvriers que les patrons refusaient de reprendre ou congédiaient bientôt après, ni des réductions de salaires postérieures, ni de la perte sèche pour les ouvriers dont la grève échouait, laquelle excède le gain des gagnants, ni enfin des déplacements d'industrie qui obligeaient les ouvriers à aller chercher leur vie ailleurs.
En 1906, la Direction du travail a essayé de calculer la perte et le gain d'après les renseignements qu'elle avait recueillis relativement à 679 grèves (sur un total de 1.309 greves dans l'année) entreprises pour obtenir un salaire plus fort. Elle a trouvé que le salaire moyen des grévistes de ce groupe (1 83. 358) s'était élevé de 5 fr. 5o à 5 fr. 83 ; que, grâce à cet accroissement, la perte qu'ils avaient subie par interruption de salaire se trouvait comblée au bout de 43 jours dans le cas de réussite, au bout de 297 en cas de transaction, et qu'en-
'2n[\ SALARIAT ET SALAIRES
suite ils avaient le profit net de l'augmentation de salaire *. Mais la Direction ne parle pas, cette fois non plus, des G millions de salaires perdus sans compensation dans les cas d'échec pour fait de salaire, ni des 5 millions de journées perdues dans des grèves ayant un autre objet que le salaire, ni des autres dommages causés aux industriels, à l'industrie et, par suite, à ses ouvriers ~.
Dans les grèves qui laissent sans salaire des centaines, des milliers même d'ouvriers et qui se prolongent, iî n'y a pas seulement une privation de salaires dont un statisticien puisse essayer de calculer le montant ; il y a en même temps .des dépenses journalières à faire pour vivoter, même misérablement, et beaucoup de syndicats sont loin d'avoir tous en caisse de quoi faire face à la difficulté. Les subsides des autres syndicats ne fournissent qu'un mince appoint pour la distribution des soupes communistes et pour le paiement des indemnités. De quels réservoirs et par quelles filtra lions arrive l'argent complémentaire ? Qui paie ? Il y a là un point obscur dans l'histoire des grèves 3.
i. En 1907, la Direction a calculé que pour 637 demandes d'augmentation les grévistes avaient réparé leurs pertes personnelles en 27^1 jours et obtenu un gain total de 5 fr. Go par ouvrier.
2. M. P. Leroy-Beaulieu avait, de son côté, calculé que si, à la suite d'une grève d'un .mois, les ouvriers obtenaient une augmentation de
5 p. 100, il leur fallait dix-neuf mois pour compenser la perte
3. Les dockers de Londres, pendant leur grande grève de 1888, ont reçu 1.2 10. 000 francs de subsides provenant de dons particuliers, anonymes ou non, de trade-unions, de colonies, etc. Des politiciens voulaient leur être agréables. M. Dalimier, député radical de Corbeil, a fait la déclaration suivante à propos du procès intenté à quelques membres de la Confédération générale du travail (Temps, 28 octobre 1908) : « Ce que je sais, je le tiens d'ouvriers membres du comité de la crève de Draveil-Vigneux,
LA C.REVK
Les grévistes, travailleurs volontairement inactifs, consomment donc sans produire, dépensent leurs épargnes ou vivent en parasites sur le bien d'autrui, et amoindrissent la richesse nationale. S'il pouvait se produire une grève tout à fait générale pendant un mois — hypothèse irréalisable — et que la production fût réduite à celle des cultivateurs et des artisans travaillant sans auxiliaires, de combien de centaines de millions cette richesse se trouverait-elle diminuée?
Il n'entre pas dans notre plan de faire l'historique des grèves à l'étranger ; mais il est utile de placer, à la suite de la statistique française, quelques chiffres de comparaison pour montrer la généralité du phénomène.
Dans la plupart des pays étrangers, comme en France, le nombre des grèves a sensiblement augmenté de 1896 a 1907. Ce sont à peu près les mêmes causes qui les suscitent partout, et les résultats se partagent, inégalement il est vrai, entre le succès, l'échec et la transaction. Partout elles sont plus fréquentes en temps d'activité qu'en temps de stagnation industrielle.
h' Angleterre a été dans la première moitié du xixe siècle, et jusqu'il y a une trentaine d'années, un des pays où les grèves ont été le plus fréquentes, sou-
'c'est que le comité a reçu environ 3o.ooo fr. de subsides, et que sur les 3o.ooo fr. il n'y en a que /4.000 dont la provenance soit justifiée... 11 est 1 regrettable que la comptabilité du comité de la grève n'ait pas été saisie : •on eût peut-être été éclairé sur ce point. »
vent même le plus violentes. L'accroissement des salaires qui avait eu lieu de 1870 à 1876 et qui fut suivi d'une baisse des salaires pendant la crise, en a suscité beaucoup ; mais elles n'ont pas empêché celte baisse.
Le nombre des grèves a varié depuis quinze ans (i8g3-iqo6) de 355 en 1904 a 926 en 1896, avec une moyenne annuelle de 624*, le nombre des grévistes a varié de 87.208 (njo4)à 634-3oi (1893) * ; (létaux du salaire a été la cause la plus fréquente des grèves (environ 60 p. 100). Les réussites, les insuccès, les transactions, figurent chacun pour un tiers environ (avec des variantes annuelles) dans le résultat. Il est à remarquer que, par exception, depuis une dizaine d'années, le nombre moyen des grèves et celui des grévistes ont diminué en Angleterre, et que le premier nombre y est moindre que dans d'autres pays, surtout relativement à l'importance de l'industrie anglaise : ce qu'on peut attribuer à la forte organisation de ses « trade unions ». L'Angleterre est régie aujourd'hui parla loi du 21 décembre 1906, qui ne punit que les actes constituant des délits ou des crimes de droit commun.
En Allemagne, où la loi sur les coalitions ressemble à celle de i864 en France, le nombre des grèves a passé de i836 en 1892 avec 1 54- 000 grévistes à 3. 399 en 1906 avec 686.000 grévistes -. Les grèves ont réussi 20 fois sur 100 cas (faible proportion), et elles ont donné lieu à des compromis, de 22 ou 42 p. 100 (de
1. Le nombre total des jours de grève a été de 30.467.765 en i8o3 ; le minimum a été en igo4 de 1.484.220.
3. De 1893a 1897, période quinquennale, le nombre total des grèves a été de 3.2 15 ; de 1902 à 1906, période quinquennale, il a été de 1.586.
LA GREVE 2y7
1 890-1905). L'augmentation des salaires en a été la cause principale. La grève des mineurs de Westphalie, en 1900, a enrôlé 268.000 hommes ; le cartel des entrepreneurs n'a rien accordé et les ouvriers sont revenus au travail.
En Belgique, où la matière est régie par la loi du 3i mai 1866 (rédigée sur le modèle de la loi française et amendée par la loi du 3o mai 1891 qui punit le bris d'outils et les actes d'intimidation), les grèves dont le nombre a varié (1896-1900) de 91 à i46 ont eu, d'après la statistique officielle, beaucoup plus d'insuccès que de succès 1 .
Aux Pays-Bas, on a compté 102 grèves et 11. 186 personnes atteintes par ces grèves en 1904.
En Suisse, la loi fédérale est muette sur les grèves, mais des lois cantonales punissent les violences.
En Italie, de 1892 à 1903, le nombre des grèves a varié de 117 (en 1891) à 1.671 (en 1901) et celui des grévistes de 21.018 (en 1895) à 4i9-525 (en 1901). Il y a aggravation dans ce pays : 129 grèves et 34-3o4 grévistes en 1892, i.o3i grèves et 344- 106 grévistes en 1902 (en igoS seulement 596 grèves et i3i. 834 grévistes). Les transactions (52 p. 100 en 1903) sont devenues fréquentes.
En Autriche, où le nombre des grèves a varié de 172 en 1894 à 4i4 en 1904, à i.o83 en 1906, et le nombre des grévistes de 30.714 (en 1895) à 73.528 (en 1904), les réussites sont rares et le nombre destransactions augmente (5o p. 100 en 1906).
En Suède, le nombre des grèves a beaucoup augmenté
[. Insuccès 89 p. c. en 1899. G3 en 1900. salariat. 8**
depuis une dizaine d'années : 37 en 1891, 123 en 1902 mettant 9.600 ouvriers en chômage.
En Danemark le nombre a décru depuis une dizaine d'années : 87 grèves et 2.464 grévistes (dont 84 1 dans le bâtiment) en 1904.
En Russie, la coalition d'ouvriers ou de patrons est un délit de parla loi du 3 juin 1866.
Les États-Unis sont le pays où l'on constate le plus de grèves ; mais il est bon d'observer qu'ils ont une population double de celle de la France. Ils ont enregistré en tout, de 1881 à 1900, 36.707 grèves et 6.728.028 grévistes avec une progression rapidement croissante de 1898 à 1903: 471 grèves en 1881, 3.494 en 1903 (c'est le maximum ; il n'y en a eu que 2. 07 7 en 1905). Ces grèves ont eu lieu surtout dans la région nordest qui est la plus manufacturière, et surtout aussi dans les industries du bâtiment et des mines de charbon. Il y en a eu de très graves. De l'étude comparée des rapports du Département du travail on peut conclure que non seulement le nombre des grévistes a augmenté d'une manière absolue, mais qu'il paraît avoir augmenté relativement au nombre des habitants et que l'augmentation la plus forte s'est produite de 1894 à 1903 ', période d'activité industrielle ; qu'il y a eu