Ce nombre n'était que de 8./I90 en igo
Cette institution, excellente en principe, mériterait en France plus complètement le titre de self help si les membres participants qui en ont le bénéfice en faisaient tous les frais nécessaires, tels que ceux de l'administration de la maladie, des funérailles et des secours aux veuves. Mais, en réalité, leurs cotisations ne couvrent guère que les deux tiers de la totalité des dépenses1. Le reste des recettes provient, comme nous venons de le dire, de la cotisation des membres honoraires et des subventions des communes, des départements et de l'État 2. C'est une mutualité fortement subsidiée.
Dans d'autres pays, en Angleterre et aux Etats-Unis particulièrement, les « Friendly societies » sont plus indépendantes, étant moins mêlées de patronage et de subvention gouvernementale.
L'association coopérative de consommation est aussi une institution de mutualité qui a pour but de procurer des commodités d'existence. Elle n'est pas spéciale à la classe salariée ; mais c'est cette classe qui lui four-
i. Dans le rapport sur la classe ioo à l'exposition universelle de 1900, M. Marie a établi que, de i852 à 1899, les cotisations mensuelles des membres participants ont été de i5 p. 100 au-dessous des dépenses pour frais de maladie, de funérailles et de gestion. M. Weber (4 travers la mutualité) a consacré un volume à démontrer cette insuffisance.
2. Les subventions de l'Etat ont commencé sous l'Empire avec la dotation de 10 millions provenant de la confiscation des biens de la famille d'Orléans. L'Etat a ajouté diverses subventions, dont le total s'élevait en 1905 à plus de G millions 1/2.
nit le plus de clients. La fondation des premières coopératives de ce genre remonte à la République de 18/^8 ; vers la fin de l'Empire, depuis i863, il s'en était formé un certain nombre. Toutefois, ce n'est que sous la troisième République que l'institution s'est développée. h'Almanach de la Coopération comptait io5 coopératives de consommation en 1866, 600 en i885, 2.1^8 en 1906. L'Office du Travail en a enregistré 2.166 au ("janvier 1907 l : il fait savoir que, dans le cours de l'année 1906, n3 nouvelles sociétés ont été fondées et 88 sociétés antérieurement fondées ont cessé de fonctionner. Les nombres qu'enregistre l'Office du Travail, étant fournis par les intéressés, ne sont pas d'une exactitude irréprochable, et il y a des réserves à faire au sujet des 6/ii.ooo membres et des 191 millions d'affaires que déclarent ces sociétés2.
Les coopératives sont surtout des boulangeries (au nombre de 836 au ior janvier 1907) qui fabriquent 3 et vendent du pain et des boulangeries qui vendent d'autres denrées en même temps que du pain (et dont plusieurs en fabriquent), des brasseries (au nombre de 76) qui fabriquent et vendent de la bière. Quatorze res-
1. Sur ce total, 117 sociétés étaient composées uniquement d'employés de chemins de fer.
2. M de Cernesson (Revue des Deux Mondes du i5 octobre 1908) a fait remarquer que les 836 boulangeries, avec leurs /126.000 membres et leurs 3a millions de ventes, étaient à peine des coopératives, que certaines sociétés, telles que celle des employés civils, comptaient leurs adhérents comme des membres et faisaient figurer dans leurs recettes les achats faits par leurs membres dans des magasins recommandés.
3. Le nombre des boulangeries coopératives qui fabriquent était en 189/1 de 43g, groupant 5o.ooo membres environ ; en janvier 1900, il y en avait 765 et le nombre des membres était de 71.000 pour les 333 associations qui avaient fourni des renseignements à ce sujet.
taurants coopératifs ont été signalés. D'autres coopératives ne font que vendre en détail les marchandises qu'elles ont achetées en gros : des boucheries (au nombre de 2 4), des débits de vin tenus par des sociétés de tempérance et par des associations vinicoles (![o), des dépôts de charbon (36).. La grande majorité des coopératives tient magasin de marchandises diverses, denrées alimentaires, épicerie, vin, fruits et légumes, articles de chauffage, mercerie, vêtements, chaussures, etc. Beaucoup, surtout depuis la loi du 19 avril 1900 qui les a assujetties à la patente, vendent non seulement à leurs sociétaires et à leurs adhérents, mais aussi au public en général qu'elles font profiter du boni en fin d'année : c'est de la coopération diluée dans la spéculation commerciale. La majorité de ces sociétés (environ i./|oo) ne compte pas plus de 25o membres. Toutefois 87 ont plus de 1.000 membres et 10 (5 dans la Seine, 4 dans Je Nord,
I dans la Haute- Vienne) dépassent le chiffre de 5. 000. Le Nord, la Seine, le Rhône, la Loire sont les quatre
départements qui comptent le plus de coopéra teurs. Il y a dans l'Ouest, le Centre et l'Est un grand nombre de petites coopératives et quelques grandes, particulièrement à Limoges, à Grenoble, àTroyes, à Cherbourg.
II y en a peu dans le Midi.
A Paris, sur [\i coopératives, il y en avait 10 qui avaient plus de 1.000 membres; 7 qui étaient propriétaires de leurs immeubles. Parmi ces dernières, l'Utilité sociale,, dont le siège est boulevard Auguste- Iilanqui, groupe 860 membres, ouvriers du cuir pour la plupart, qui achètent en moyenne pour 5oo francs environ par tête au magasin coopératif. Au contraire, l'Avenir de Plaisance, rue Niepce, avec 4-ooo mem-
bres, n'a fait en 1907 que 700 . 000 francs d'affaires. La Société de l'Est, établie rue Pajol et composée d'agents de chemins de fer, a donné des dividendes de 7 1/2 0/0, fait rare ; cependant l'Association des employés civils de l'État atteint presque le même dividende. La Société du XVIIIe arrondissement, une des plus anciennes (fondée en 1866), a fait bâtir au-dessus de ses magasins une maison dont elle loue les logements à ses membres. La Bellevilloise, rue Boyer, qu'une mauvaise administration avait fait pendant un temps péricliter, a plus de 6.000 adhérents et fait plus de 3 millions d'affaires ; elle possède l'immeuble où est son siège social ; elle a installé des succursales, des boucheries, et elle s'occupe d-'œuvres sociales.
Les deux tiers des sociétés de consommation ne font pas plus de 5o.ooo francs d'affaires dans une année ; mais il y en a eu 18, soit environ 1 p. 100, qui ont fait en 1906 plus d'un million. La Coopérative des mineurs d'Anzin, qui compte 8./199 membres, a même atteint le chiffre de 5.820.000 francs: ce qui fait une consommation moyenne de 685 francs par ménage ocivrier.
Les frais généraux paraissent en moyenne à Paris de i3 p. 100 et le dividende moyen est de 5 p. 100.
Il s'est constitué une vingtaine de fédérations départe mentales, régionales ou locales de sociétés coopératives de consommation. Il existe, en outre, trois fédérations nationales dont le siège est à Paris : l'Union coopérative des sociétés françaises de consommation, la Bourse des coopératives socialistes de France, le Magasin de gros des coopératives de France fondé en 1906. Elles ont des tendances sociales différentes.
L'Union coopérative, fondée en 1880, comprend trois sections, le Comité central, chargé de fournir des renseignements aux coopératives en fonction ou en projet et de publier le journal et l'almanach de l'Union, l 'Office coopératif d'achats en commun, et la Ligue nationale d'éducation et d'instruction coopérative, laquelle date seulement de 1906. Elle relie 292 sociétés coopératives.
La Bourse des coopératives socialistes s'est constituée en 1895 dans un autre esprit que l'Union, à qui ses statuts interdisent les questions politiques et religieuses ; elle groupait en 1908 178 sociétés de consommation et 7 fédérations, réunissant 268 coopératives.
Dans la coopération sociale, comme dans le syndicat, il y a des rouges et des jaunes.
Les rouges — et la majorité des coopératives parisiennes se rattache à ce groupe (la Bourse des coopératives socialistes le représente) — puisent leurs inspirations clans le socialisme. La coopérative de consommation est pour eux un moyen de socialiser la circulation et l'échange, comme la coopérative de production est un moyen de socialiser la production et d'arriver par l'association générale à la suppression du salariat, du patronat et du commerce. La coopérative de consommation doit être, en conséquence, suivant eux, éminenv ment altruiste, ne vendant qu'à ses associés, lesquels doivent être frères en politique, tous membres d'un syndicat ouvrier, et se proposant, non seulement de procurer l'avantage de fournitures loyales à bon marché, mais aussi, à l'aide des bénéfices, de créer ou d'entretenir des œuvres de solidarité, telles que caisses de secours, subsides de grève, propagande socialiste :
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pratique qui peut devenir dangereuse pour l'équilibre du budget de ces sociétés.
Pour les coopérateurs ordinaires, — les jaunes si l'on veut, — le bon marché et la bonne qualité sont le but unique ou tout au moins le but principal. H y a beaucoup d'associations qui ne visent pas à autre chose ; celles qui vendent à d'autres qu'à leurs membres et à leurs adhérents sont dans ce cas.
Les coopératives qui ont l'esprit du Comité central forment un troisième groupe. Bien que s'occupant tout d'abord de l'achat et de la vente, elles ne renoncent pas à employer une partie de leurs bénéfices à la propagande coopérative ; elles visent aussi à une transformation de la société économique par la généralisation du système coopératif, mais elles n'ont nullement l'allure révolutionnaire. « Ces néo-coopératistes, dit M. Gide, espèrent établir un régime économique complet, destiné à succéder au régime capitaliste, de même que celui-ci a succédé au régime familial » : vœu platonique qui n'a rien de l'esprit des rouges.
Le coopérateur rouge se soutient par la foi dans un idéal pour lequel il est prêt à combattre. Le coopérateur ordinaire obéit surtout à l'intérêt présent. En matière d'achat et de vente, le second mobile semble avoir plus de solidité que le premier.
Quel que soit le mobile qui porte les ouvriers vers la coopération, ceux-ci jouissent de ses avantages, fournitures de qualité loyale, bon marché dans certaines combinaisons, prix ordinaire de détail dans d'autres, suivi en fin d'année d'un boni proportionnel aux achats de chacun (ce qui est la meilleure combinaison), paiement au comptant qui met obstacle à des dépenses inconsidérées .
Mais la bonne administration d'une coopérative n'est pas chose facile. La classe ouvrière ne disposait pas d'une telle ressource jusqu'à la seconde moitié du xixe siècle. Combien y a-t-il aujourd'hui de coopérâleurs en France ? Probablement plus d'un demi-million. La statistique ne le sait pas -exactement ; maison sait que le nombre a beaucoup augmenté depuis trente ans et l'expérience du passé autorise à croire qu'il augmentera encore.
La coopération — la coopération rouge surtout — a, si elle veut réussir plus amplement, plusieurs défauts contre lesquels elle doit se tenir en garde : l'invasion des idées politiques qui détournent du but principal, l'inexpérience des assemblées et celle des ' administrateurs élus qu'aggravent de trop fréquents changements, la défiance des membres à l'égard de leurs élus, l'insuffisance du traitement de certains employés.
Toutefois l'expérience d'autres pays montre la vitalité de l'institution. Car, pendant qu'on attribuait à la France 600.000 membres de sociétés coopératives de consommation, on en comptait en Allemagne près d'un million et dans la Grande-Bretagne près de deux millions. Le chiffre d'affaires était huit fois plus fort qu'en France dans ce dernier pays, où la coopération, avec ses deux puissantes sociétés de vente en gros, est très fortement organisée '.
1. En 1904-1905, on évaluait à 180 millions le total des affaires des coopératives de consommation en France, à 3oo millions en Allemagne et à i.'iÔ2 millions en Grande-Bretagne.
En Angleterre, la coopération a commencé à être connue depuis 1820 avec Robert Oweu, et elle est devenue pratique pour la consommation avec les Équitables Pionniers de Rochdaleen i844. Les Pionniers de Rochdale ont eu.un graud succès et une grande célébrité ; à partir de 1 865 ils ont
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Il est à remarquer qu'en Grande-Bretagne, quelque importante que soit la consommation coopérative et quelque extension que. d'autre part, aient prise les
entrepris certaines fabrications, d'abord'celle du pain, puis celle du fil ; ils ont multiplié le nombre de leurs magasins, ouvert des écoles, etc. ; ils étaient en 1891 près de 12.000 membres et possédaient un capital de plus de 7 millions 1/2 de francs ; mais leur société n'était plus exclusivement une coopération. Il en est de même des grandes coopératives de consommation de la Grande-Bretagne; la « Wholesale Society », 1' « Army and Navy stores » et le « Civil Service store » d'Angleterre cl la « Wholesale Society » d'Ecosse. Les apôtres de la coopération ne les reconnaissent pus comme de véritables fidèles.
En Belgique, le Voruit de Gaud a pour origino première une coopérative fondée en 1873 par un groupe d'ouvriers, débris de l'Internationale ; mais il n'existe réellement sous le nom de Voruit et avec un programme socialiste que depuis 1880. Il fabriqua d'abord du pain, puis il tint magasin do diverses marchandises ; il donna des soins médicaux et les drogues pharmaceutiques en cas de maladie. Les sociétaires payent d'avance leur pain et leur charbon ; le boni en fin d'année leur est délivré en bons qui servent à l'achat des marchandises. En 1891, le Voruit comptait près de 2.000 membres. D'autres coopératives se sont fondées en Belgique sur le même type socialiste ou sur un type catholique.
En Allemagne, les sociétés coopératives de consommation étaient en igo'i au nombre de i833 et comprenaient 897.000 membres ; parmi les plus importantes étaient 252 sociétés du groupe Schultze-Delitsch qui avaient fait dans l'année pour 70 millions de francs de ventes, particulièrement la grande société de Breslau. A la Fédération centrale des coopératives de consommation allemandes étaient affiliées 7G0 sociétés comptant 6/19.000 membres. Ne sont pas comprises dans cette statistique les laiteries coopératives, les associations de crédit, les associations pour construction de maisons, les associations pour achat de matières premières dans l'industrie (7.471 membres) et dans l'agriculture (1 3 1 -955 membres) et pour achat d'instruments de travail (16.906 membres dans l'industrie et 6.078 dans l'agriculture).
Aux Pays-Bas, les sociétés coopératives de consommation étaient en 190'! au nombre de 173, dont 3o étaient affiliées à la Chambre consultative et à la Chambre commerciale delà fédération des coopératives néerlandaises.
En Suisse, les sociétés coopératives de consommation étaient en 1906 au nombre de 20/1, réunissant. 1/10. 768 membres.
En Italie, où l'augmentation du nombre des coopératives a été rapide depuis quelques années, il y avait en décembre 1902 2.1 39 sociétés d'es-
3g4 SALARIAT ET SALAIRES
grands magasins, le petit commerce, que des écrivains ce-opérateurs déclaraient naguère u définitivement condamné par l'évolution économique», subsiste, et est en beaucoup de lieux prospère, parce qu'il répond à des besoins permanents. Sous un régime de liberté, il y a place pour des institutions diverses et la diversité mémo est souvent profitable à la société.
Les sociétés coopératives de crédit, qui sont très développées en Allemagne dans le type Scbultze-Delitscb et RailTeisen et qui sont nombreuses dans l'Italie du nord avec le type Luzzatti, procurent des capitaux à de petits agriculteurs ou à des artisans et rendent quelquefois service à des ouvriers en facilitant leur établissement.
La liberté ouvre à la classe ouvrière des portes pour sortir du salariat. Tel ouvrier intelligent devient contremaître, puis patron. Le nombre est très grand des industriels de la petite industrie qui ont débuté ainsi et on en rencontre aussi, comme sous-directeurs, directeurs ou chefs d'établissement, dans la grande industrie. Toute-
pèces diverses, parmi lesquelles 5o8 sociétés de consommation avaient fait 5 millions d'affaires ; à la fin de 1906, le nombre des coopératives de toute espèce, parmi lesquelles les sociétés de consommation tenaient avec les sociétés de construction le premier rang, étaient au nombre de A.168.
En Autriche, en 1903, 821 sociétés de consommation groupaient environ a3o.ooo membres ayant fait environ 70 millions de ventes.
En Russie, on portait le nombre des coopératives de consommation à 92G en 190A, le nombre des membres à plus de i5o.ooo et le chiffre des ventes à environ 70 millions de francs.
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fois ils ne forment qu'une petite minorité de l'armée des travailleurs.
La coopération de production semble ouvrir une porte plus large; car tous les ouvriers sont maîtres de quitter l'atelier patronal pour s'associer et travailler en commun ; ils relèvent ainsi entièrement d'eux-mêmes et gardent pour eux-mêmes, après prélèvement des frais de production y compris l'intérêt du capital qui se trouve réduit, dans ce cas, au rôle de salarié, tout le bénéfice de la production dont ils accusent l'entrepreneur et le capital do s'approprier, sous le régime du patronat, une portion indue et considérable. S'ils ne le font pas, c'est sans doute qu'ils sentent instinctivement qu'il est plus difficile de conduire à bonne fin une affaire industrielle que de manier un outil.
L'histoire éclaire quelque peu cette question. Bûchez a été en France un des premiers apôtres de l'association ouvrière de production sous la monarchie de Juillet. Une association de quelques ouvriers bijoutiers en faux s'était formée, il y a une soixantaine d'années, sous les auspices de sa doctrine, qu'inspirait un sentiment religieux ; cette association, après avoir fonctionné une quarantaine d'années, a liquidé, ses membres ayant pris de l'âge et sa manière de pratiquer l'association n'étanl plus de mode. L'idée coopérative, très prônée après la révolution de 1.848, puis suspecte et même proscrite durant la première décade du second Empire, se réveilla après l'exposition universelle de Londres, en 1862. Le parti ouvrier, peu nombreux alors, mais ardent, célébra la corporation et la coopération comme destinées à devenir les institutions émancipatrices de la classe ouvrière ; il y eut un élan, mais qui s'amortit bientôt : en 1870
3û6 SALARIAT ET SALAIRES
nombre de coopératives, créées dans de mauvaises conditions ou mal conduites, avaient disparu. Ces premières expériences ne disposaient pas en faveur du système.
Pendant les dix premières années de ]a troisième République l'association ouvrière, déconsidérée par l'Internationale, jouit d'une médiocre faveur auprès du gouvernement. Cependant les premiers congrès ouvriers recommandèrent comme un des grands moyens d'émancipation la coopération de production et de consommation, à condition toutefois que les bénéfices fussent non pas partagés entre les associés, mais réservés à l'ensemble delà classe ouvrière. Mais les socialistes firent bientôt écarter celte recommandation lorsqu'ils dominèrent dans les congrès, parce qu'ils soupçonnaient toute association de ce genre d'être entachée d'égoïsme capitaliste.
Ce n'est que depuis 1881 que le gouvernement a commencé à témoigner de nouveau de l'intérêt à la coopération. Floquet, étant préfet de la Seine, fit voter un règlement qui facilitait aux coopératives l'accès des travaux publics, en autorisant pour elles la dispense du cautionnement dans les adjudications d'une valeur intérieure à 5o.ooo francs.
En i883, le ministre de l'intérieur chargea une commission de procéder à une grande enquête sur les associations ouvrières de production. Cinquante et une sociétés ayant leur siège dans le département de la Seine vinrent déposer. Quelques-unes avaient réussi ; la plus importante, celle des lunetiers, fondée sous la seconde République, comptait 118 associés et possédait un capital de 1.270.000 francs. Mais bien des aveux dévoilaient les difficultés de l'entreprise. « On ne sait pas
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vivre en association, disaient les sculpteurs ; on se figure que, dès qu'on fait partie de l'association, on ne doit plus travailler...». « Il n'y a pas de persévérance, disait le gérant des opticiens ; on voudrait arriver trop vite à un résultat)). « Nous étions 53 en i865, nous sommes 5 aujourd'hui », disait le gérant des facteurs d'instruments de musique. La formation du capital, pour laquelle il fallait longtemps peiner et se priver, était une grosse pierre d'achoppement. Si les affaires s'étendaient, la question des auxiliaires se dressait ; en leur payant seulement leur salaire, on encourait le reproche de capitalistes ; en les admettant au profit, on leur faisait une faveur indue, puisqu'ils n'étaient pas exposés aux pertes.
A la suite de cette enquête, un décret (4 juin 1888) posa le principe du sectionnement en petits lots des adjudications de l'État, de manière à permettre à chaque profession particulière d'y concourir directement, celui delà concession de gré à gré, de l'exemption du cautionnement pour les adjudications d'une valeur inférieure à 5o.ooo francs et du paiement des travaux par acomptes de quinzaine.
Des associations coopératives se formèrent. Des banques se fondèrent en vue de leur procurer du crédit. Le legs Rampai mit à leur disposition à Paris un capital de près d'un million et demi. Des fédérations facilitèrent ï'éclosion des coopérations {. Le gouvernement depuis
i. Il existait en 1908 quatre fédérations de ce genre : à Paris* la Chambre syndicale des associations ouvrières de production qui groupait 198 associations, la Bourse des coopératives socialistes de France qui en groupait 2/1, le Syndicat des associations ouvrières de production qui en groupait 6 ; à Lyon, la Fédération des associations ouvrières de production (section du Sud-Est), qui en groupait 21.
189,3 a accordé des subventions et des prêts '. « Avant dix ans, disait le rapporteur de la Commission extraparlementaire, nous aurons en France 000 associations de ce genre, ayant souscrit ensemble 100 millions de francs. »
L'événement n'a réalisé que très imparfaitement cette prédiction. Les trois quarts des sociétés nouvelles disparurent en quelques années -. Les travaux de l'exposition universelle de 1889 en firent renaître d'autres.
Pour l'année 1895, 1' « Office du Travail » a l'ait connaître la situation de 172 associations dont la moitié n'avaient pas trois ans d'existence. La plupart étaient constituées en société anonyme à capital variable. Elles comprenaient un peu plus de 9.000 membres dont la moitié seulement avait travaillé pendant l'année dans les ateliers sociétaires ; mais elles avaient employé, en outre, plusieurs milliers d'auxiliaires salariés, 6.700 à /[.3oo suivant les saisons, comme auraient fait des patrons ordinaires ; dans une proportion même plus forte, remarque 1' « Ofïïce du Travail ». On évaluait leur capital versé à près de 12 millions, le chiffre de leurs affaires à 3o millions et le bénéfice des sociétés qui en avaient fait (il y en avait 100) à 2 millions 1/2.
L'enquête de 1 891-1893 sur la moyenne et grande industrie avait évalué à 1.080 francs le gain moyen de l'ouvrier. Le salaire dans les coopératives en 189O ressortait à 1 ./410 francs pour les associés et 1 .160 pour les