oo.ooo francs (loi de finances du 3o janvier
2. Une de celles sur lesquelles on avait d'abord fondé de grandes espérances (1891), la Mine aux mineurs de Monthieux, mais à laquelle les socialistes reprochaient d'employer des auxiliaires salariés, a dû liquider en octobre 1908.
auxiliaires. A quoi il faut ajouter, pour les sociétés qui faisaient des bénéfices, un boni que 1' « Office du Travail » a évalué à i fr. 25 par jour. 80 sociétés admettaient leurs auxiliaires à participer aux bénéfices ; 56 qui comptaient en général parmi les plus importantes, ne les admettaient pas. Les ouvriers peuvent donc, en certains cas, trouver un avantage pécuniaire dans la société coopérative de production.
Mais cet avantage est loin de se répartir uniformément sur toutes les sociétés. En effet. 18 coopératives, parmi lesquelles figuraient le Familistère de Guise, les lunetiers de Paris, les associations de cochers, avaient réalisé à elles seules la moitié (5i p. 100) de l'ensemble des bénéfices et possédaient les trois quarts du capital total. Près de quatre dixièmes des bénéfices se partageaient entre 9/i autres sociétés. Les 60 autres végétaient.
Le nombre total des sociétés de production a depuis ce temps augmenté notablement, puisque l'« Office du Travail » en a enregistré 362 existant au 1e1' janvier 1907, dont io5, il est vrai, ne comptaient pas plus de 7 membres, nombre minimum pour constituer une société anonyme. Les départements qui en possédaient le plus étaient, après la Seine (i38 associations), le Rhône (21), la Haute- Vienne (17), le Finistère (n), la Loire (10), les Bouches-du-Rhône (9). Les principales industries représentées étaient celles des travaux publics et du bâtiment (n 3 associations, surtout de peintres, maçons, menuisiers), du livre et du papier (55, surtout d'imprimeurs), des métaux (34, surtout des serruriers). 58 associations s'étaient formées dans le cours de l'année T906, 32 s'étaient dissoutes. Le nombre des sociétaires
dépassait 16.000, mais tous les sociétaires n'avaient pas été employés comme travailleurs. Le nombre des auxiliaires embauchés durant l'année avait été de plus de 5.ooo ! ; dans 58 associations il dépassait le nombre des sociétaires 2. Le chiffre total d'affaires avait été de 50.358.700 francs (pour 297 associations). La moitié des sociétés était restée au-dessous de 5o.ooo francs d'affaires ; mais les cinq principales sociétés avaient fait à elles seules 17 millions 1/2 3.
Il est à remarquer qu'en France la plupart de ces sociétés ne poussent pas dans l'atmosphère libre de la concurrence. C'étaient en 1906, comme en i8q5, des plantes de serre chaude dont beaucoup jouissaient de privilèges spéciaux de l'Etat, des départements et des communes dans l'entreprise de travaux publics, recevaient des subventions, obtenaient, grâce à des fondations charitables, le crédit à bon marché. C'est pourquoi le bâtiment est un des groupes industriels où elles se sont développées ; parfois même elles ne sont guère que des équipes d'ouvriers sous la direction d'ingénieurs de l'Etat.
Il est à remarquer que beaucoup — plusieurs sont au nombre des plus prospères — sont à peine des coo-
1 . Les 97 associations qui ont fourni des renseignements à ce sujet comprenaient 1 4 - 7 ^i 3 sociétaires et avaient occupé 5. 355 auxiliaires, soit plus du tiers des travailleurs.
2. Ainsi, dans une société de mineurs, on comptait 280 auxiliaires et 03 sociétaires, dans plusieurs sociétés 3o à /lo auxiliaires pour 7 sociétaires.
3. Le Familistère de Guise a 1.921 sociétaires, 869 auxiliaires; il fait 1.200.000 fr. d'affaires ; les lunetiers de Paris, 225 sociétaires, 1.200 auxiliaires, 5 millions d'affaires ; les charpentiers de Paris, 28 sociétaires, tôo à 200 auxiliaires, 2 millions d'affaires ; la Société des diamantaires de Saint-Claude, i4y sociétaires et 1.750.000 francs d'affaires ; une société de peintres, 76 sociétaires, 200 auxiliaires, i.5oo.ooo francs d'affaires.
LE « SELF HELP » l\Ol
pératives puisqu'elles emploient plus d'ouvriers salariés que de sociétaires. Telle était la Société des bijoutiers en .doré et telle est celle des lunetiers, qui avait, il y a quelques années, 52 sociétaires et 1.200 ouvriers ne participant pas aux bénéfices l . Il est à remarquer aussi que beaucoup (5o p. 100) méritent à peine le nom de coopératives, puisqu'elles n'ont pas plus de 7 membres.
Il est à remarquer enfin que, parmi les plus florissantes comme le Familistère de Guise et l'ancienne maison Leclaire, on trouve des établissements que des patrons ont généreusement transformés en coopérative après les avoir créés et rendus prospères ; que, dans d'autres cas, le succès est dû à la valeur personnelle du directeur, auquel ses coassociés ont eu la sagesse de laisser la conduite de l'affaire : telle, par exemple, l'Association des ouvriers charpentiers de la Yillette qui a périclité dès qu'elle se fut séparée de son directeur, pendant que la Société des charpentiers de Paris, constituée en second lieu par celui-ci, obtenait un plein succès. Une coopérative, la Verrerie ouvrière d'Albi, fondée sur le principe socialiste d'une direction solidariste et de l'attribution des bénéfices en partie seulement aux sociétaires et en partie aux syndicats ouvriers pour être employés à l'émancipation du prolétariat, combinaison faite pour organiser la classe ouvrière militante plus que pour stimuler l'intérêt personnel, a reçu comme
1. En Angleterre, la filature de coton fondée par les Pionniers de Rochdale, qui a bien réussi, est devenue une association de capitaux qui n'admet même pas ses ouvriers à la participation aux bénéfices. Les nombreuses filatures coopératives d'Oldham sont aussi, malgré certaines apparences, de simples sociétés par actions ; d'autres sociétés dites aussi coopératives ne sont que de petites sociétés en nom "collectif occupant des ouvriers.
4p2 SALARIAT ET SALAIRES
cadeau de naissance, grâce à un don particulier et à une tombola, une somme de 387-636 francs '.
C'est peut-être grâce à ces diverses faveurs que la France passe pour être le pays où l'association coopérative de production a trouvé le plus d'adhérents2. Le résultat pourtant est bien médiocre, quoique l'expérience ait maintenant plus d'un demi-siècle de durée.
La statistique du ministère des finances nous apprend que de 1882, date du second essor de la participation, la valeur locative des établissements du tableau C des patentes, qui comprend toute l'industrie, a augmenté de i63 millions de francs 3 ; les 172 associations ouvrières de l'année 1895 ne figurent que pour une très minime fraction dans cet accroissement.
Les 1 5.ooo sociétaires de 1906 ne sont aussi qu'une infime fraction des 5 millions 1/2 de salariés de l'industrie recensés en 1901.
La production individualiste libre est un mode de travail à la fois simple et souple ; chacun produit et vend, travaillant isolément comme artisan ou à l'aide
1. En 1906, la Verrerie ouvrière d'Albi, qui comprenait 36a sociétaires, a fait, paraît-il, 8<j5.5oo francs d'affaires.
2. En Allemagne, les sociétés coopératives de production industrielle (non compris les sociétés agricoles et les associations pour achat de matières premières et d'outils) étaient en 190/i au nombre de 199, groupant a3.i53 sociétaires. Dans ce pays, ce sont les sociétés de crédit qui se sont le plus développées. Aux Pays-Bas, en 190/4, 76 sociétés. En Autriche, en 1902, 792 sociétés coopératives de production, groupant environ 5o.ooo membres. Il y en a aussi en Italie. Mais dans presque aucune statistique officielle le caractère vraiment industriel de ces sociétés n'est bien déterminé.
3. Le nombre des patentes n'a pas augmenté dans cette période, par suite de lois qui ont exempté de la patente certaines catégories d'artisans \ mais les établissements sont devenus en moyenne plus importants.
LE « SELF HELP )) 4o3
de collaborateurs dont le chef d'établissement (ou les chefs s'il y a plusieurs associés en nom collectif) paie le travail par un salaire, étant seul entrepreneur, directeur responsable de son affaire. La production coopérative est au contraire un organisme complexe et délicat qu'il est plus difficile de monter et qui a plus de chance de se démonter, étant dépendant de l'accord d'un grand nombre de volontés en contact journalier dans le travail. Il faut trouver des ouvriers assez intelligents et assez consciencieux pour comprendre et pratiquer la coopération ; il faut savoir obéir aux chefs qu'on s'est donnés; il faut trouver ou créer un capital ; il faut avoir non seulement la capacité technique, mais l'intelligence de la conduite d'une affaire commerciale. On dit bien que les sociétés anonymes par actions sont aussi l'association d'un grand nombre de personnes- Mais ces personnes ne travaillent pas ensemble dans un contact permanent ; elles approuvent des comptes, prennent des résolutions une fois l'an et laissent toute la direction à des administrateurs auxquels elles ont délégué leurs pouvoirs. Il n'en est pas de même dans les coopératives de production où le contact est journalier, où chacun doit travailler, produire personnellement, où les difficultés d'entente augmentent avec le nombre des membres. M. Gide pense que les difficultés s'aplaniraient si ces coopératives se formaient un jour sous le patronage des coopératives de consommation qui leur procureraient capital et clientèle : c'est une hypothèse. Les coopératives de production sont d'autant plus difficiles à fonder et à soutenir qu'il faut un plus gros capital et surtout un machinisme plus compliqué et plus coûteux pour exercer l'industrie.
Cette coopération ne rencontre même pas l'assentiment universel des réformateurs. Si elle a des adeptes convaincus, elle a par son peu de succès fait bien des sceptiques et elle a dans le camp socialiste et dans le camp syndicaliste des adversaires. Les socialistes, en effet, réprouvent les coopératives qui emploient des auxiliaires salariés et reprochent à la coopération de faire naître chez les associés un sentiment d'intérêt mercantile et égoïste qui les ravale au rang de vulgaires bourgeois capitalistes : c'est pourquoi ils ont fondé la Verrerie d'Albi sur un principe altruiste.
En somme, la coopération de production est, comme toute autre forme d'association, une des manières de la liberté du travail. Les difficultés qu'elle rencontre et la modicité des résultats qu'elle a obtenus ne sont pas une condamnation absolue ; elles sont une leçon de modestie. Quelques groupes de travailleurs l'ont adoptée et ceux qui y restent paraissent s'y trouver mieux que dans le salariat : c'est un bien pour eux. Mais la coopération n'a pas converti la masse ouvrière, qui reste étrangère au mouvement ; c'est qu'elle se trouve plus commodément dans le salariat, quoiqu'on le lui présente comme une servitude. Donc, à en juger d'après les faits actuels et d'après la nature des choses, la place qu'occupera la coopération de production sera longtemps encore exiguë et elle ne transformera pas le monde.