‹ Salmis de nouvellesChapitre 10 sur 23 · MO UNE ELECTION A SIWKTE · texte numérisé non relu

MO UNE ELECTION A SIWKTE

I urne, on arrive à sanctionner l'élection d'un homme pour représenter toute une portion de pays. Les palycares se payent peu de cesraisons, et apportent dans l'exercice de leurs droits politiques un enthousiasme peut-être exagéré, en tout cas inquiétant pourle gouvernement ; aussi les opérations électorales sont-elles sans cesse assez turbulentes pour motiver des scènes fâcheuses. Le gouvernement, de son côté, met un zèle qui l'honore à assurer le choix du candidat qu'il protège, de façon que les choses prennent parfois une tournure qui n'est rien inoins que parlementaire. Ce n'était pas la première fois que nous entendions parler d'élection. A Corinthe, nous avions dû tronquer notre itinéraire afin d'éviter de nous trouver mêlés à d<>> violences, dont nous tenions à rester éloignés : la montagne n'était pas sure, et notre caravane ne possédait pour toute arme que le long fusil albanais de notre cuisinier, dont la poudre servait, de temps à autre, à tuer un merle ou une grive qui venait enrichir notre maigre ordinaire. Notre joie fut donc grande en songeant que nous allions peut-être assister en spectateurs, muets, il est \ rai, mais du moins curieux, à d'intéressantes scènes. Antonio nous avait promis monts et merveilles sur notre gîte de Sparte, aussi nous réjouissions-nous d'avance des deux nuits que nous devions passer aux bords de TEurotas lorsqu'il nous fit mettre pied à terre devant une petite maison d'un étage, isolée, assez semblable à ces eahanes construites chez nous, au milieu des forêts, à l'usage des gardes.

— Nous sommes ici chez M. Kopanitza. nous dit-il d'un air triomphant qui nous parut une amère ironie, et il veut bien vous prêter une de ses maisons.

Im disant ces mots, il ouvrit la porte, et au même instant une odeur de tabac très-accentuée, accompagnée d'un nuage de fumée . s'échappa violemment à Texte-

UNE ELECTION A SPARTE. Ml

rieur. Un bruit de crosses de fusil et de sabres traînant à terre résonna à nos oreilles, et, en entrant, transperces et morfondus, nous nous trouvâmes en présence de huit gaillards armés jusqu'aux dents , debout, devant un feu assez mal allumé dons un àtre primitif, au milieu d'une chambre nue, et qui nous regardèrent d'un air assez farouche. Le premier sentiment qui s'empare en pareil cas du voyageur étonné , surtout lorsqu'il est sans défense. est relui d'une réserve et d'une modestie excessives; aussi notre mouvement à tous fut d'ôter simultanément nos chapeaux ruisselants d'eau et de nous tenir dans l'attitude d'un respectueux silence.

— O sont des amis de M. Kopanitza . nous dii à voix basse Antonio.

— Ah ! et M. kopanitza ne loge pas mieux ><■> amis'.'

— Ils viennent veiller à l'élection et voter pour lui.

l.a raison donnée par notre drogman n'était guère qu'une aggravation, mais il fallut s'en contenter» Du reste, nous vîmes bien à l'air de ces messieurs qu'ils n'avaient que de bonnes intentions à notre égard, car un K/.xa^-î:?. amical l 'pondit à nos saluts. Ce> électeurs portaient le costume grec dans toute si richesse : la fustanelle éblouissante de blancheur, la ceinture en soie bariolée serrant la taille et faisant ressortir l'élégance de la tournure; dans cette ceinture étaient passés de longs pistolets brillants de ciselures en or; le bonnet rouge . coquettement incliné >ou> le poids du long gland en soie bleue, couvrait leur tête, et l'étoffe •le leurs vestes à manches ouvertes disparaissait sous les arabesques de broderies >ans nombre. Ils étaient \ enus des environs, par la pluie et le froid, protéger leur ami; u-, n'avaient pas voulu manquer ;'i ce devoir envers le candidat Chéri de Sparte, et peu leur importait d'avoir eu une longue et fatigante route à supporter, puisqu'il s'agissait

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de montrer leur dévouement à l'homme qui représentait leur idée politique. Ce ne fut pas sans émotion que nous reconnûmes dans la présence de ces hommes des passions vivantes et animées qu'on s'attendrait peu à voir vibrer si puissamment dans ce pays où tant d'autres ne vibrent plus. C'est une étincelle qui luit encore en Grèce et semble d'autant plus brillante qu'elle est presque seule.

À peine les mules d'Antonio furent-elles déchargées que les palycares sortirent de la maison en nous cédant galamment la place. Notre établissement de tous les soirs se fit avec la régularité la plus ponctuelle. La table fut mise, et sur cette table le diner quotidien, mélange d'un goût assez douteux, dû au talent culinaire très-contestable du sieur Constantin. Nous le trouvions fort bon malgré cela, n'étant pas si difficiles que certain gentilhomme de ma connaissance dont je vais citer un trait d'esprit. Il me racontait, pour me vanter les productions du Bazar des voyages , que la tente qu'il portait avec lui dans une semblable excursion en Grèce était si artistement faite, qu'elle fermait hermétiquement. « J'avais un drogman excellent, disait-il, et qui connaissait à merveille mes goûts en matière de cuisine; il me faisait un vrai diner français ; de cette façon , ne voyant rien d'autre autour de moi, je me croyais à Paris.

Voilà de l'amour national ! Aller en Grèce dans la vallée de Sparte , s'enfermer dans une tente qui interdise absolument la vue duTaygète et de l'Eurotas. et, là, manger du bœuf à la mode ou du poulet à la marengo, voilà jusqu'où l'amour de la patrie peut pousser un cœur bien né!

Comme nous allions nous asseoir pour commencer notre festin , Antonio nous prévint que M. Kopanitza nous demandait de partager notre repas et qu'il allait arriver tout de suite. Un bruit de voix confus et des pas nombreux se dirigeant du côté de notre habitation nous annoncèrent son

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