LES
— LOUIS DE (011JII.M\ —
L'homme arriva faible et nu sur la terre, n'ayant pour seule arme de combat contre la création que son intelligence. Livré à ses seules forces corporelles, le roi de la nature fait une lisible figure si on le compare au\ animaux formidables qui l'entourent. Il nous apparaît comme le plus déshérité des êtres du globe. Le lion a ses griffes et ses crocs puissants, l'éléphant ses défenses, le cheval ses jarrets souples et rapides. Mais ce n'est pas une grossière argile que celle avec laquelle l 'homme a été pétri des mains mêmes de Dieu ; il porte sur son front le signe éclatant d'une intelligence supérieure, le cachet sacré d'une mission divine Aussi, du berceau à la tombe, sa vie sera-l-elleune lutte, lutte pénible toujours, victorieuse parfois, lutte incessante,
LES FEERIES DE LA SCIENCE
acharnée, quotidienne, des bras qui travaillent et du cerveau qui pense.
Chaque nomme, si profondément enfoui dans la matière qu'il soit, porte en lui le dessin d'une existence antérieure et d'un idéal suprême, comme le souvenir d'un Éden lointain, depuis le jour où Adam quitta le paradis terrestre frappé aux épaules par la verge d'or de l'archange vengeur. De ce jour commence une laborieuse expiation, mais eu même temps une aspiration insatiable, l'inextinguible soif des béatitudes perdues.
I>r quelque coté que Ton se tourne, vers Jéhovah ou Jupiter, on n'aperçoit que des dieux exterminateurs et jaloux, terribles, grandioses, assis impassibles, loin i\i'> regards humains, sur des trônes de nuages, la main crispée sur des foudres, dans de sombres attitudes de menace. Le end plonge dans l'enfer. l'Olympe correspond au Ténaro. Adam chassé du paradis rencontre sur sa route Prométhée enchaîné.
L'histoire de l'humanité n'est qu'un sombre marh rologe écrit avec des larmes et du sang, un bilan de labeurs el de souffrant es duremenl accomplis. In long cri de sanglots et de plaintes arrachées traverse le monde, et des gémissements s'élèvent comme les ténèbres d'une nuil de tuerie.
L'impuissance de l'homme fut l'origine de la révolte, l'espérance du rachat lui souffla l'audace de la rébellion. Nepouvanl attendrir un Dieu farouche, il tenta d'escalader le ciel. Ce besoin d'échapper aux misères pressantes, le secret désir d'atteindre un bonheui rêvé, fuyanl sans cesse, a été le but constant, poursuis i. de ses efforts.
L'orgueil insoumis se révèle dans la créature désarmée et la hausse jusqu'à l'empyrée. De ses mains débiles, l'homme forgera desarmes, il demandera à la nature même de lui fournir de- instruments de vengeance, des outils de
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destruction, non contre son semblable d'abord, mais contre une divinité aveugle, implacable et ennemie. 11 creusera le sol pour en tirer le fer qu'il aiguisera, il convertira les branches en lances, les troncs en épieux, il empruntera la plume de l'oiseau afin d'empenner la flèche, et, comme Xemrod, le fort chasseur, il lancera contre le ciel cette flèche impuissante.
De là naît la guerre insensée des géants contre les olympiens, de là vient la fabuleuse escalade du ciel qu'on a nommée Tour de Babel. Mais partoutla lutte est inégale, puérile, chimérique, et, ce qui pis est, sans objet. L'humanité est refoulée, renversée, bro\ée. forcée à nouveau d'accomplir son dur destin.
Il ne fait pas bon, d'ailleurs, provoquer les colères de Dieu. A son souffle de courroux, les Babels s'effondrent, les tours s'affaissent, les remparts trébuchent. Le cri de défi, lancé par le genre humain, fut noyé dans le déluge universel.
L'homme s'aperçut alors qu'il avait fait fausse route, il s'amenda ; éclairé par l'expérience, il vit que ce n'était pas contre Dieu qu'il fallait lutter, mais contre la création, et que. ne pouvant conquérir le ciel, il devait s'arranger de la terre et en tirer tout le parti possible. Rendre sa planète habitable, n'est-ce déjà pas une ébauche de paradis, une conquête d'idéal?
Les premiers grands hommes furent naturellement des béros revêtus d'une force physique supérieure, des athlètes surhumains, Hercule et Thésée. Ils ont bénéficié en gloire à leur profit les travaux des premières générations, le déblayement des monstres de la surface de la terre. Hercule résume et précise un effort considérable, l'effort des temps héroïques nettoyant les écuries d'Augias, et ce n'est pas pour rien qu'il occupe une glorieuse place dans la galerie
des bienfaiteurs humains. Nous l'acceptons, quant à nous, comme authentique, et non pas à l'état légendaire de héros d'affabulation. Son existence nous semble d'autant
plus démontrée , qu'elle est probable et qu'elle a été nécessaire. Samson. l'Hercule juif, ne poursuit-il pas la même tâche dans le monde hébraïque?
A mesure que l'intelligence humaine s'agrandit autour «le l'homme , la création s'épure et se régularise : la hideuse ménagerie des monstres recule dans le néant, les larves informes disparaissent comme des amas de vapeur que dissipe le premier rayon de soleil. L'humanité, rajeunie et rassérénée, respire à pleins poumons un air meilleur. Elle peut, sans trouble, poursuivre son oeuvre de
régénération.
Ce n'est pas du premier coup, et sans de longues ê1 obstinées résistances, que la nature fut amenée à soumission. Elle ne se livra que peu à peu, pas à pas. Pour dompter ses forces et s'assimiler ses ressources, il fallut à l'homme 1 intelligence qui découvre et la volonté qui ne se rebute pas. Avec la clef de la science, il crocheta tour à tour tous les secrets de la nature, et la création devint l'atelier où, compagnon persévérant, il travailla de ce rude et infatigable labeur qui. depuis six mille ans. n'a pas eu une halte de repos.
Aucun spectacle n'est pi us formidable et plus touchant à la fois que l'incessante bataille de l'homme contre la création. C'est d'abord un combat individuel, i>olé. une hardie tentative de partisans de génie, l'effort local et restreint de quelque Prométhée méconnu. Puis, le mouvement indiqué, les nu^scv s'ébranlent, les associations se forment, l'assaut à la matière se donne avec ensemble, régularité, stratégie; les obstacles tombent, les voiles se déchirent, les mystères se font \ isibles, l'inconnu se dégage.
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Il faut chasser la faim, le froid la fatigue, la maladie, parer aux misères accablantes, aux nécessités impérieuses de chaque jour, de chaque heure. L'homme commencera à se défendre contre la création, car le besoin presse et la nature lui fournira ses modèles. La dépouille des animaux le vêtira, leurs chairs sanglantes le nourriront comme les fruits des arbres, les récoltes du sol, les grains que sème le vent prodigue. La terre n'est-elle pas un splendide garde-manger, toujours fourni, où s'héberge l'humanité affamée? Le blé apaise son appétit; la source étanche sa soif.
Las de la vie vagabonde, le peuple nomade rentre avecson troupeau dans la cité, et la muraille le protège contre les intempéries; la tente est abandonnée, le pâtre se fait laboureur. Le citadin rit sous son toit de la saison inclémente et des animaux carnassiers. Abrité derrière la pierre du rempart, il peut songer à son bien-être. Les efforts sont longs, incertains, pleins de tâtonnements et de mécomptes, de chutes et d'erreurs. La science s'élabore confusément, à l'état occulte; l'homme hésite à regarder l'alchimie ténébreuse de la création en travail. Tandis qu'il s'agite à la -surface, il croit entendre des êtres infernaux, les Gabires et les Telchines, les gnomes et les kobolds. qui travaillent, dans la nuit sans soleil des souterrains, à des œuvres effrayantes et mystérieuses. Il lui semble que, remué en ses intimes profondeurs , le sol tremble sous ses pas; il prête l'oreille au bruit des marteaux des eyclopes. Le ciel l'aveugle, la terre le trouble, car l'haleine enflammée de Vulcain transpire par les soupiraux des volcans, les gorges grandes ouvertes des montagnes, les fentes âvs rochers.
11 n'a de la science encore que l'idée abstraite, mal définie, diffuse, à l'état d'embryon. L'expérience seule l'éelai-
rera parmi ces mystères et le guidera dans ces labyrinthes.
niez de quels noms barbares, presque sauvagenomme la science; quel vocabulaire d'appellations terribles î La magie, l'astrologie, l'alchimie, la thaumaturgie. Cependant, l'idée, remaniée par les philosophiez et les religions, prend une forme perceptible-, elle se déduit, s'analyse et se complète; l'observation sépare le faux du vrai. classe, amalgame, compare la théorie, coordonne les faits de la pratique, les combine, les rapproche, en tire lesconclusions. Ainsi, avec l'étude, le temps, la patience, la recherche, l'astrologie devient l'astronomie, l'alchimie la chimie, la thaumaturgie la physique, les lois réelles sont ramenées par une logique d'essai à leur évidente efficacité, à leur palpable démonstration.
Chaque arcane découvert se traduit en recette : la science philosophale , ardemment poursuivie, donne essor à la chimie: l'alambic, consulté sur le diamant, produit le phosphore el la poudre. Aucun labeur n'est difficile, car il entraîne un perfectionnement qui tend à alléger le fardeau de l'homme et à l'affranchir, en définitive, du travail. Tonte découverte soulage et ennoblit: le progrès n'esl autre chose que la suppression de la fatigue, et un plus large espace de loisir et de bien-être donné à l'homme*. Le trône d'arbre, rudiment grossier du vaisseau, affranchit de la nage, comme le cheval de la locomotion pédestre. On pourrait écrire l'histoire du monde avec les détails familiers de la \i'1 intime t\c> peuples; l'esclave qui broie le grain correspond à la meule; !»■ serf, moins opprimé, au moulin; le moyen âge est plus instruit el de là plus tendre que l'antiquité.
Bientôl la misère humaine touchera à sa lin. grâce aux prodigieux développements de l'industrie, au concours de toutes les activités, à l'effacement de tous 1rs obstacles.
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L'aurore se lève pour nous d'une civilisation accomplie et parfaite; l'antique dégradation qui nous accable va disparaître. Nous vivons aujourd'hui d'une vie multiple, collective, sociale, débarrassée de difficultés poignantes. Nous avons supprimé le temps et les distances ; le globe, si large jadis, se rétrécit sous nos pas; les montagnes s'abaissent, les continents se rapprochent, les mers se diminuent.
Malgré ce qu'en croient et ce qu'en disent les poètes, le monde moderne a un aspect essentiellement poétique; il sera pittoresque plus tard. Que l'on compare la vie actuelle d'un homme de nos jours avec celle d'un homme de l'antiquité.
Nous n'apercevons dans les temps jadis que des existences supérieures, exceptionnelles, des rois, des conquérants, des satrapes, des courtisanes. Pour qu'ils puissent se mouvoir, s'agitent autour d'eux des armées d'esclaves rmipressés, des légions de serviteurs et de clients épiant un geste, une volonté, un désir. Peut-on calculer les milliers de bras tendus et de dos courbés qu'il a fallu pour un Sardanapale , un Alexandre , un Néron ! de quelles larmes de multitudes, de quel sang de générations il fut besoin pour édifier de pareilles grandeurs! Les sociétés, construites à l'instar des pyramides, ont le sommet dans l'éther, la base dans l'ombre.
L'antiquité, dure envers elle-même, n'a eu qu'un apitoiement peut-être, celui de Xerxès, lorsque, allant combattre la Grèce, il pleura sur son armée ; — pleur divin tombé des yeux d'un barbare, et que le christianisme n'a pas encore séché.
Les lentes transformations et les utiles secours de la science ont créé à l'homme la vraie vie, qui est la liberté. L'individualisme, naguère disproportionné, isolé, superbe,
DE LA SCIENCE. -2 il
s'éloigne pour faire place aux masses régénérées par le bien-être. A chaque effort, comme un sang jeune et vivace, la vie, plus compacte et plus large, afflue dans tes veines douloureuses de l'humanité.
La guerre, l'état naturel d'une civilisation incomplète, u i plus de sens à l'heure présente; elle est dès aujourd'hui, d'ailleurs, devenue impraticable. Le courage et l'adresse ne comptent plus. Ce n'est pas un général, c'est un chimiste qui désormais gagnera la bataille. Archimède, armé de son miroir, brûlera la flotte ennemie. Le génie de la destruction est tellement perfectionné, servi par de si puissants agents, de si terribles moteurs, que Napoléon lui-même ne pourrait entrer en ligne. L'échiquier stratégique sera renversé de fond en comble quand un seul coup de canon jettera mille hommes sur le carreau : il le peut.
Ne voyez -vous pas comme la science transforme le monde en le manipulant, et à quel magnifique réveil nous assistons? Aucune baguette de nécromanl ne pourrait évoquer des féeries pareilles à celles que l'industrie nous prépare, lorsqu'on songe de quels petits commencements partent les merveilleux résultats en tous sens que nous touchons de> yeui et des mains sans 1rs admirer.
L'instinct d'une locomotion rapide indique le cheval ; le cavalier, fatigué, se repose dans la voiture; mais ce n'est point assez encore : la vitesse engendre la vitesse ; le waggon fuyant à toute vapeur sur ses rails laisse loin derrière lui la diligence qui chemine sur la route.
Le fameux mot de Louis XIV «Il n'y a plus de Pyrénées, i appliqué à l'industrie, n'est plus la fanfaronnade d'un grand cœur, mais le juste sentimenl de la réalité la plus vraie.
La pensée, comprimée, réduite, incertaine, ckuchotée
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de l'oreille à l'oreille, prend un large vol. Ce n'est plus la communication de bouche à bouche, de l'homme à l'homme, la transmission bornée du cerveau. Elle a eu pour premier truchement la parole, mais la voix n'est que ce porte-son insuffisant de l'orateur s'adressant à la multitude, du philosophe instruisant l'école, du prêtre éclairant l'assemblée des fidèles. La pensée, plus ailée, plus légère, a pris l'allure cursive de l'écriture, elle s'incarne sur le papyrus, elle se révèle et se fixe en manuscrits, en parchemins, en feuilles volantes ; visible, elle parle aux yeux. Le verbe sacré, dégagé du bégayement des lèvres, se transforme et se transmet de main en main, l'éloquence se répercute d'échos en échos sous le stylet des scribes et la plume des bénédictins. L'homme arrache cette grande conquête à la nature de ne pas périr tout entier, de laisser trace après lui, non de ses actions seulement, mais aussi de ses moindres mots, de ses plus fugitives pensées. La personnalité humaine, l'identité individuelle, traversent bien plus que l'espace et la distance, elles traversent le tombeau même et franchissent l'éternel et froid oubli du Léthé. Le papier insensible a reçu les confidences de l'homme, les épanchements de son cerveau et les secrets de son cœur, il l'émeut à son tour, il l'anime, il palpite, il prend vie comme s'il avait conscience de sa mission. Il sera la source où viendront puiser les âmes altérées de savoir, il portera le témoignage écrit de l'aïeul à ses enfants et fera communier les générations dans les agapes de l'Écriture. Mais voici qu'un vaticinateur plus hardi, plus universel et plus fort, plus humain et partant plus clément, Guttemberg, découvrira l'imprimerie, à ce moment même du siècle où Christophe Colomb, le Génois, trouvait un monde par delà les larges océans. Le plomb, réduit et dompté, devient notre vassal, il
obéira à son maître avec une passivité soumise. Les caractères fondus, réunis, liés ensemble, se relèvent en lettres et composent l'alphabet. Le papier, moite encore, pressuré sous les cylindres de bois, sort, livre l'expansion universelle de l'imprimerie, rejaillit comme un trait de lumière. Le livre, voilà la colonnede feu des générations futures. Mais le livre est cher encore, il n'est point abordable à toutes le^ bourses, il se fera plus petit, plus humble, plus comnmnicatif. plus prodigue. Loin de s'épargner, il se répandra m Mi- une forme accessible, le livre mène au journal, le bulletin de santé, le cours de l'esprit humain ; la pensée, qui ne frappait qu'aux portes des riches, des érudits, des curieux, s'insinuera jusqu'aux chaumières, jusqu'aux ateliers, elle grimpera les cinq étages de la mansarde, elle ira porter dans la cave de l'ouvrier Pileur la-manne de l'esprit; la pulsation du cœur, le battement qui agite le corps social. Comme la modicité du prix la multiplie, l'électricité l'accélère. In fil de 1er. contenu dans une enveloppe de gutta-percha, relie en quatre minutes Londres à Paris, et prend la rapidité [tour interprête.
Après de longues et douloureuses tentatives, nous commençons à comprendre notre souveraineté terrestre. Nous rions en notre suffisance actuelle <]f> efforts entrepris jadis et si vantés. Dans le temps qu'Alexandre mettait pour pénétrer jusqu'au Gange, nous loi ions le tour du globe ; une barrique de vin de Bordeaux irait dis lois se bonifier aux Indes. Lucullus. >i friand do coquillages, pourrai! manger à cinq heures de huîtres prises le matin à ûstende. Caton aurait des figues fraîches deSmyrne. Si Vatel \i\;iit encore, il ne se tuerait plusen attendant la marée, il enverrait chez Chevet, qui ne fait attendre personne. Le chemin de fer est une ligne avec laquelle Paris, ;'i jeun do poisson, pèche dans l'Océan.
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La fréquence des rapports, due aux moyens de locomotion, aux véhicules de télégraphie et d'électricité, à l'art des aérostats unissant les peuples par des liens d'assimilation, d'intérêts semblables et de besoins communs, abaissera les frontières et les douanes, et les amalgamera par la solidarité. 11 est une langue déjà qui partout se parle, se comprend et s'interprète, la langue du commerce. Ce papier, plié en quatre, qui circule de Londres à Canton, cette traite, tirée par un négociant de Rotterdam sur une maison de New-York , cet écu changé en billet, qui part du Havre pour prendre cargaison à Batavia, ne fait-il pas plus déjà pour les destinées futures du monde et le bien-être des nations que les notes diplomatiques solennellement échangées entre les cabinets? Ce ne sont plus les gouvernements, ce sont. les peuples qui s'entendent. L'entière conformité des besoins rapproche les distances, efface les délimitations, agrège les multitudes, le globe n'est grand que relativement dans la proportion du piéton au cavalier, du cavalier à la voiture, de la voiture à la locomotive.
La matière, matée, réduite, disciplinée, est à bout de résistances. L'homme la domine, la maîtrise et l'emploie. Comprenant enfin que c'était travailler assez, il veut se reposer sur elle de son labeur et se relever de sa malédiction de déshérité en agissant sur des choses inertes qui ne se fatiguent pas. La machine est venue relayer l'animal, le décharger de son fardeau, et faire sa lourde besogne. Ce n'est pas d'aujourd'hui que se plaide la cause de l'animal, de l'être vivant. Lorsque le Rédempteur naquit dans l'étable de Bethléem, il voulut, par une touchante pensée de miséricorde, associer à sa naissance le bœuf et l'àne, il confondit dans un même amour de commisération les esclaves et les chétifs. et répara ainsi le tort des servitudes. Sans qu'elle s'en doute, peut-être, l'industrie continue la
religieuse pensée du Christ et prépare la réparation. Elle s'adresse aux objets inertes, aux forces brutes, et ce n'est plus la chair qui crie, le corps qui gémit, l'âme qui souffre. La compassion des êtres faibles s'introduit dans nos mœurs adoucies, la bienveillance générale s'acclimate et s'étend.
Le travail est confié aux machines. Elles broient, elles déchirent, elles tissent, elles cardent, elles blutent, elles tordent, elles roulent, elles soulèvent, elles transportent. Pour elles, ni sueurs, ni défaillances, un jeu sûr, une précision automatique. Nos sens, imparfaits encore, ne peuvent connaître si la machine éperonnee à toute vapeur souffre et halète aussi, si le piston rugit de révolte, si la chaudière, lasse d'être chauffée à blanc, n'a pas le dessein d'éclater.
Nous sommes aujourd'hui dans l'époque antédiluvienne de la machine. Comme toute création, elle est encore à l'état d'ébauche; elle revêt des formes monstrueuses que l'expérience et le progrès ennobliront. Avant d'arriver à la beauté absolue, il faut passer par des transformation^ multiples, des essais et des tâtonnements. Le mastodonte corrige devient l'éléphant, l'hippopotame produit le chevaL La beauté' n'est qu'une relation complète, une équipollence de forces. C'est pourquoi nous n'avons que la carcasse de la machine, son ostéologie; l'épidémie viendra plus tard. Avant de sortir de l'atelier, le Jupiter de Phidias a peut-être été table ou cuvette. L'art émonde et pare: dous n'en >ommes pas inquiets. Rentrez donc vos colères, o poètes à vue courte qui, sous la forme inculte ou repoussante, ii'- voyez pas l'idée! La machine grossière vous fera un avenir meilleur et un far mente plus doux : vos rêveries auront de pins longues siestes à se bercer. Qui saitï quelques jours d'attente, et la locomotive sera aussi belle que le quadrige d'Àgamemnon, i"i des rois. La merveilleuse
Wà LES FEERIES
Iliade de l'industrie cherche parmi vous son Homère.
Nous ne pouvons, à l'aspect d'une machine, nous défendre d'une certaine émotion involontaire, puérile peutêtre, mais sentie. Gomme l'homme, ses vastes poumons de bronze s'abaissent et soufflent, elle consomme l'air vital du charbon, le va-et-vient oscillant de la vie la soulève et l'anime ; les pistons mis en jeu font l'office de bras, elle a pour muscles des articulations d'acier, et la respiration bruyante de son corps, mis en branle, s'échappe en chaude vapeur par l'orifice de ses soupapes. Sa vie factice, muette, agissante, a je ne sais quoi de fantasmatique et d'inquiétant, et il nous semble qu'Hoffmann serait pris d'hallucination à la considérer. Rendons-lui grâce : elle travaille pour nous sans salaire, sans plaintes, sans repos. Et, pourvu qu'on lui donne sa ration de charbon à dévorer, elle marche.
Dans notre perpétuelle ascension vers le bien-être, nous avons arraché à la nature ses secrets ; nous nous sommes, pour nous les approprier, emparés de ses forces vives. La contribution levée sur la création par l'homme-roi est considérable. Les éléments soumis entrent dans notre domesticité. Pour combattre la faim et la soif, la terre nous a livré ses graines, ses fruits, le suc des plantes, le sang des animaux, l'huile et le vin ; pour combattre l'humidité et le froid, elle nous livre le lin, la laine, la soie, les gommes du caoutchouc, les matières textiles, les résines de l'arbre, la houille, la tourbe, le bois, le coke et le verre; et. pour que la fleur ne se fane pas en nous parant, nous l'avons éternisée en bouquets de pierreries, en lumineuses gerbes de diamants. L'eau si diffuse, si vague, si mobile, nous lui faisons porter des bateaux, nous la chargeons de fardeaux, nous l'occupons à charrier des marchandises, à tourner la roue des moulins, à monter dans les pompes de l'usine et à nettoyer le ménage de l'industrie. Bien plus, nous la re-
brûlons pour la décomposer, et nous en tirons une lumière. Une carafe servira de lampe. L'air nous fournil ses. gaz. ses fluides, son élasticité impondérable. Nous confisquons l'insaisissable et l'immatériel.
Les éléments, soumis, disciplinés, réglés, deviennent les serviteurs gratuits de nos besoins et de nos caprices. Nos plus exorbitantes folies peuvent s'accomplir. Xous réalisons l'impossible et le fou, laissant loin derrière nous la poétique chimère des eldorado-, les rêves crus insensés de Cyrano de Bergerac. S'il montait à l'Hippodrome la nacelle de Godard, Icare, fondu au soleil, n'aurait plus à tomber piteusement dans la mer Egée, aux acclamations dérisoires de la foule, la prétendue folie des hommes votant n'a rien que de fondé et de vrai, l'impraticable se pratique. Nous faisons plus qu'imiter l'oiseau, nous le dépassons en hauteur de vol, en force de résistance. Nous allons jusqu'à l'air irrespirable, par-dessus les Himalaya et les Cordillères, saluer les astres d'un bonjour amical, causer familièrement dans les nuages, comme les dieux de l'Olympe. Le ballon, équipé en course aérienne, méprise les talonnières et les ailes du caducée de Mercure. L'air, assoupli et docile, se laisse librement clievauiTicr.
[/aérostation, dans ses moyens actuels, n'a-t-elle passa poésie particulière 1 Lorsque le globe de gaz s'élance dans l'air, et qu'il s'élève sur ta bleu du firmament, ne semblet-il pas un immense oiseau planant sur l'atmosphère, et réfléchissant ses couleurs? Ce qui n'a été que l'amusement du badaud et la recherche du savant deviendra, par la suiti . alors que seront trouvées ta- lois précises de la direction, le véhicule habituel de nos relations et de nos rapports, la locomotion réalisable, facile, suh Jovc crudo.
L'air, I élémenl le plus fluide, écoi lise tout travail pré-
paratif; une bouteille de gai concentré, el vous pouvez.
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monter dans l'espace. Pas n'est besoin de montagnes à percer, de rochers à faire sauter par le jeu de la mine, pas de routes à creuser, d'inégalités à niveler, de courbes à suivre, de rivières à franchir, de viaducs à suspendre ■sur le vide. Les barrières morales des douanes tomberont d'elles-mêmes, renversées par leur propre inutilité; le perpétuel échange des peuples s'opérant sans fatigue, avec une foudroyante rapidité, une société nouvelle naîtra, plus générale, plus universellement humaine. La science agrandie fera le monde à son image. Les aéronautes effaceront d'an coup d'aile la carte territoriale de la terre aérienne. de la glèbe affranchie et volatilisée; l'air n'aura ni gouvernements, ni prisons, ni bagnes, ni police. Qui convertirait l'ange en garde-chiourme?
L'aérostation n'est plus l'antique bravade de Phaéton précipitant à toute volée le char du soleil, l'amoureuse et fanfaronne équitation de Roger sur le dos de l'hippogriffe. Le ballon est le premier marchepied de la navigation aérienne, le rudiment figuratif d'un navire atmosphérique.
Ce n'était pas assez cependant de confisquer l'air et de l'observer; d'avoir les jambes, l'aile et la nageoire, d'être créature hybride, à la fois le cheval, le poisson et l'oiseau ; nous avons demandé au soleil et à la foudre d'utiliser leur paresse. Nous appelons les éléments comme on sonne un domestique; les éléments accourent sans regimber, avec une docilité empressée et servile ; ils simplifient la vie matérielle, et travaillent pour nous économiser la fatigue et le temps ; ils obéissent mécaniquement, passifs, prêts au moindre appel, enchaînés et subjugués par notre puissant vouloir.
Les peintres peuvent se reposer et ne plus tenter de Jongs voyages, préparer la toile, charger la palette. La
vue tremble, la main s'égare. Le soleil n'a ni trouble, ni trépidations, ni intermittence de labeur; il .remplace la volonté la plus tenace, l'observation la plus rigide, l'habileté la plus sûre : dévorant l'iode des plaques daguerriennes, il reproduira les monuments dans leur ensemble et dans leurs plus fugitifs détails avec une précision arithmétique, une réalité infaillible et «'riante. Comme un c<. m mis voyageur dressé aux expéditions artistiques-, nous l'enverrons prendre la configuration ^(^ palais, des temple-, des tombeaux, des églises, la physionomie des contrées lointaines, l'aspect des fêtes et dc> paysages. Au lieu de lire dans les livres les fatigantes descriptions des Mungo- Park, des Marc-Paul, des Levaillant, nous les suivrons d'un regard, en un musée oculaire rapidement parcouru. Le globe nous sera démontré, détaillé, dépeint, parcelle à parcelle, pays à pays, monument à monument, dans une galerie successive. Nous avons déjà vu ainsi l'Egypte des pharaons en portefeuille, l'Inde rapportée en cartons.
La photographie est impuissante encore à rendre la physionomie humaine; l'expression d'un visage ne se fige pas au vol. Le procédé mécanique ne saurait traduire les subites rougeurs de la peau, les efflorescences de Pépiderme, l'étincelle humide du regard. Janet. Holbein. Porbus, Rembrandt. Van-Dyck, Vélasquez, ne seront pas détrônes de leur glorieuse place d'artistes. Eux seuls, supériorité intellectuelle impossible au moyen brut, transmettent à leurs toiles l'effluve de la vie. Pygmalion jette le souffle de flamme dans la froide poitrine du marbre, et la statue respire. Mais ce que la photographie peut traduire en dehors des monuments et <les aspects de la nature, avec une fidélité scrupuleuse de (ne simile, ce sont les œuvres mêmes des maître-. En appliquant la galvanoplastie au daguerréotype, vous obtiendrai des épreuves
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aussi fines que lès plus belles gravures; vous multipliez i m m en se meut le burin en respectant les relations de tons du tableau et la valeur de ses nuances. La photographie, ainsi répandue, deviendra à la gravure ce que le journal est au livre : elle l'accélérera de vitesse et sous une forme restreinte. Un prix modique enseignera aux générations à venir la tradition du beau. Pour le prix d'images d'Épinal, de lithographies ridicules ou grossières, de coloriages obscènes, vous aurez les madones de Raphaël. L'art ne s'abaisse pas en descendant ; il élève ce qu'il approche, il transfigure ce qu'il touche. L'éducation artistique, apprise par les yeux, remplacera l'éducation lettrée ; les musées portatifs se substitueront aux collèges ; la science, hérissée et rogue, se fera douce et charmante.
Salmonée n'était sans doute qu'un chimiste impuissant jaloux de Jupiter; quand il rentrait dans son palais, il faisait passer son char sur des arcades de bronze pour imiter le bruit du tonnerre. Était-ce le principe d'une découverte ou le régal d'un tyran? Nous ne savons. La foudre s'est-elle éteinte entre les mains de Jupiter précipité de son Olympe? le dernier bourgeois de Paris lui fait écrire ses lettres, et envoie le tonnerre à la porte. Oui, le tonnerre lui-même, cet élément si formidable par excellence, que les Grecs en ont armé le maître des dieux. Nous avions donné des ailes à la matière, nous avions le vaisseau, nous lui avons soufflé le feu de la vapeur; et nous avions le chemin de fer, jambes d'acier, poumons de bronze, ailes de soie ; nous avons voulu lui ajouter la parole et le geste : le geste, par la télégraphie, dont les bras s'agitent dans l'espace; la parole, par l'électricité, dont le fil va causer d'un continent à l'autre, et soude la distance et le temps. Nous ne doutons pas qu'on puisse établir un tuyau assez résistant et assez continu pour jeter à la mer.
de façon à entrer avec l'Amérique en communication directe et constante. En quelques secondes, la parole, portée par l'éclair, ira de l'ancien monde ou nouveau. A cinq heures, nous aurons le cours de la Bourse de Baltimore; les loways et les Ob-ji-be-was nous écriront, sur l'aiguille aimantée, les mercuriales des montagnes Rocheuses.
Mieux alimentés, mieux vêtus, mieux aménagés, nous sommes devenus plus rapides, plus étendus, moins circonscrits dans l'espace. Déjà nous pouvons entrevoir l'époque où le monde sera racheté, et où les forces naturelles, permettant à l'homme le tranquille perfectionnement de son intelligence et de sa beauté, seront seules mises en jeu.
L'architecture, l'art symbolique et décoratif, se modèlera sur les besoins nouveaux, et se pliera aux exigence? des nécessités futures. Une société autre amènera des monuments autres. L'abeille, immobilisée dans son instinct. construit la même ruche; le castor édifie la même hutte: l'homme, au contraire, taille la pierre à son image, et l'approprie à ses caprices, à ses aspirations ou à ses intérêts. La religion musulmane arrondit le dôme de la mosquée; le clocher chrétien monte en l'air à la rencontre de Dieu, avec l'élan passionné de la foi. L'Inde. l'Egypte, le Pérou, ont *\c> architectures cosmogoniques, lourdes, trapues, massives, rampantes; le génie romain donne au temple un aspect militaire et sacerdotal; le génie grec sourit, en élégance et en blancheur marmoréenne, sur les frises du Parthénon; le moyen âge féodal se crénelé de donjons. A chaque heure de l'histoire, à chaque étape de la civilisation, la pierre obédiente suit le mouvement imprimé'. Si l'architecture moderne n'a pas de caractère spécial, de physionomie originale et saisissante, la faute en esl aux architectes, trop occupés de l'étude du [tassé, dé-
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tournés par de stériles curiosités de la destination de la science. Les théâtres prendront sans doute des proportions considérables, pour que ces masses puissent assister aux spectacles oculaires, et revêtiront des formes de cirques et de colysées mieux distribués, plus complets et plus accessibles; les magasins, convertis en casinos, deviendront des hangars fermés, et serviront de dépôts aux marchandises amenées de toutes parts par une circulation plus abondante et plus active ; les embarcations, les gares, les viaducs, les salles d'attente, les cités ouvrières, donnent une idée approchante de ce que pourront être les constructions; elles indiqueront leur objet, leur utilité, leur but, sans ressembler à l'éternel portique de nos mairies, de nos bourses et de nos théâtres d'une architecture absurde, impossible, contraire à nos instincts, jurant avec notre climat.
Les mêmes progrès s'accompliront dans toutes les branches de l'activité humaine. La vie, plus générale et plus collective d'abord, tendra peu à peu à se localiser, à dégager les individualismes. La science, qui a besoin d'unité pour conquérir le monde et dompter la matière, se diversifiera en infinies variétés , entourant chaque créature d'une harmonieuse sphère de bien-être et de confort.
Le voile de mystère qui cache l'avenir se déchire peu à peu sous la main de l'artisan qui travaille, de l'artiste qui pense, du savant qui combine, regarde et calcule. Armés de l'outil du livre, du scalpel, de l'alambic, de l'instrument, de l'observation raisonnée, ils entament l'avenir, ils le harcèlent, ils le pressent, ils lui arrachent ses secrets, ses forces, ses ressources. Gomme des OEdipes investigateurs et obstinés, ils épèlent les énigmes scellées sur les lèvres closes du sphinx, ils dégagent lentement les impénétrables, les formidables équations posées par l'absolu.
L'homme n'a pas à se rehuter; sa vue plus longue plonge de jour en jour et plus avant dans des horizons visibles à ses regards ; la taie de l'ignorance tombe de ses yeux. Il est en pleine voie de conquête, en acheminement de trouvailles, en perpétuelle parturition de découvertes. Sous ses efforts. l'eau, la terre. l'atmosphère, se sont faites moins résistantes et plus souples; de lassitudes en lassitudes, elles sont arrivées à la sujétion la plus humble. Comme autour de lui il amoindrissait la création, il reculait les bornes de la vie en la multipliant, en accélérant le jeu des organes, en épargnant la fatigue et l'usure des membres par la création des machines. La commodité et la rapidité des transports, l'emploi protecteur de l'hygiène, la salubrité et l'aérificalion des logements, la pratique et la sécurité du bien-être, les garanties sociales de l'édilité, centuplent déjà l'existence. Les maisons ] » I u s spacieuses, la nourriture plus saine, les vêtements plus commodes, plus chauds et moins chers, l'observation de la médecine plus suivie, éloignent 1rs maladies, les difformités, les pestilences. Les hideux fléaux d'autrefois ont disparu; le choléra, plus bénin, recule devant une société plus instruite; la mort ne moissonne plus dans la misère.
Nous n'assistons présentement qu'au lever de rideau de l'industrie, dont nos enfants verront un jour les pompes et les gloires. Cachés dans la galerie de la mine, nous extrayons d'un sol avare le diamant brut encore qui brillera en lueurs de pierreries dans l'écrin des générations à venir. Nous agitons sur les fourneaux les alambics de la pierre philosophale. A cet occulte travail, nous donnons notre rie, nos sueurs, nos inquiétudes, comme autrefois, cherchant l'émail, Bernard de Palissj jetail à la fournaise ses instruments, ses meubles, plus que sa chair même,
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le pain de sa famille. Mais, nous le pressentons à nos frémissements et à nos émotions, un merveilleux aveni est réservé à l'iionime. La matière indulgente et soumise l'affranchira des dures nécessités. Sans doute, l'électricité, le principe de la vie universelle, sera l'agent réparateur de sa délivrance et le relèvera de l'anathème de malédiction.
Libre, affranchi, bonifié, rasséréné, l'homme, entouré d'une création plus élevée et plus tendre, ennoblira ses instincts, épurera ses passions, agrandira son intelligence. Un agent unique, puissant, continu, rapide, infatigable et perpétuel, fera à son tour le service de la matière, les minéraux absous et relayés se reposeront à la fin dans le paradis de Mahomet des machines. Que les poètes ne s'apitoient pas, ce n'est pas la décadence, c'est la renaissance ; ce n'est pas la nuit qui s'allonge en ténèbres, c'est l'aube qui se lève à l'horizon et déjà blanchit les sommets d'une civilisation plus parfaite. Immatériel, impondérable, l'homme relevé et complet ne luttera plus contre Dieu et se rapprochera de lui pour s'absorber dans son éternité. L'art, accru parles longs loisirs et la culture intellectuelle, effacera les grossièretés, corrigera le laid, émondera la nature.