‹ Salmis de nouvellesChapitre 2 sur 23 · LES A1SSA0UA · texte numérisé non relu

LES A1SSA0UA

grec qu'à de vulgaires ménétriers : ce bas-relief nous donnait une sérénade.

L'instrument dont ils se servaient était une espèce de hautbois ou de flûte, avec une anche plate et cerclée d'une rondelle de bois où s'appuyaient les lèvres des musiciens : immobiles, les yeux baissés, ne faisant d'autres mouvements que ceux indispensables pour le placement des doigts sur les trous, ils nous jouèrent, sur une tonalité très-élevée, une cantilène qui rappelait beaucoup la danse des aimées deFélicien David. Les broderies des deux flûtes semblaient s'enlacer autour du motif principal comme les serpents autour du caducée de Mercure; qu'on nous passe cette comparaison mythologique, ou , si elle paraît trop surannée, comme deux de ces spirales laiteuses qui montent en sens inverse dans le pied des verres de Venise.

C'était étrange et charmant. La pose des musiciens, la forme de l'instrument, la nature de la mélodie, l'auditoire groupé dans ses draperies bibliques, tout reportait l'imagination aux temps de l'antiquité la plus reculée, aux souvenirs de ce monde primitif disparu à jamais. Apollon, condamné à garder les troupeaux d'Admète, devait charmer les ennuis de son exil en jouant un air analogue sur un pipeau absolument pareil, et sa tunique faisait, à coup sûr, les mômes plis.

Les compositeurs de profession trouvent la musique des Orientaux barbare, discordante, insupportable; ils n'y reconnaissent aucun dessin, aucun rhythme. et n'en font pas le moindre cas. Pourtant elle m'a souvent produit des effets d'incantation extraordinaires avec ses quarts de ton. ses tenues prolongées, ses soupirs, ses notes ramenées opiniâtrement ; ces mélodies frôles et chevrotantes sont comme les susurrements de la solitude, comme les voix du désert qui parlent à Pâme perdue dans la contempla-

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