LES DATES TYRIENNES
se trouvaient pas davantage dans des manuscrits de Josèpbe qui sont écrits indépendamment de celui que possédait Tévêque de Gésarée.
Notre hésitation trouvait également sa raison d'être d'un point de vue tout différent. Le nom d'Astartus ne peut que diffieilement être complet ; ce mot peut être tout au plus un élément d'un nom propre; mais jamais il ne saurait constituer un nom propre complet. Mais MeôouàçTapTo; est un nom phénicien existant et écrit n")ni:;2^ro.
U faut donc lire :
« Dont rainé régna, Metbuastartus fils de Déléastartus^ui régna douze ans et vécut cinquante-quatre ans. » •
Depuis que l'idée de cette émendation nous est venue, uous avons trouvé une version latine des livres .contre Apion, où OD lit :
Quorum senior Mœthujsastartus^ Leastrati fUiris, regna^ vit quum vixisset annis XLIV, regnavit annis XII .
Cette appréciation* change la question tout entière. Le prétendu anonyme n'est pas assassiné par un certain Astartus, car il est la même personne que celui-ci, et les autres fils de la nourrice, dont Toriginal ne parle pas, se réduîs.ent à deux; ils succèdent tout simplement au premier. Le frère de lait d'Astartus est également cet Astarymus, que son frère Phélès assassina. Le premier fils de la nourrice pouvait lui-même être une personnalité d'un rang très-élevé. Ainsi tombe tout le roman imaginé par Movers *.
Et maintenant qu'on combine les valeurs fournies par Josèpbe avec les corrections nécessaires, conservées par Eusèbe, 17 au lieu de 7, 29 au lieu de 9, et on aura :
Règoe. Age.
Hiram '34
Balézor, flls de Hiram 17 43
Abdastartug, lils de Balézor 9 29
Mettiuastartus, l'assassin de Abdastartus 12 .54
Asterjmus, frère de Methuastartas 9 54
1 losephus Naufer, Veronae, UtO.
Phélôs, frère des deax précédents
Ithobal
Balezor, fils de Ithobal
MuttOD, fils de Balézor
PygmalloD, fils de Matton
Soname :
Ce sont les vrais chiffres de Ménandre que nous a transmis Josèphe, qu'Ëusèbe avait devant lui et que le traducteur latin connaissait encore.
On comprend maintenant pourquoi les frères se succédèrent, quoique les rois n'aient pu être tous sans enfants. Chacun d'eux voulait jouir du fruit de sa sanglante action.
Avant que nous n'eussions arraché le texte de Josèphe à toutes les théories et à tous les romans possibles, nous ne pouvions pas utiliser sa tradition dans une discussion chronologique sérieuse. Cet examen fait sans préoccupation a mis fin à quelques-unes de nos vues antérieures sur l'âge de Salomon; et nous avons dû nous défaire de ces opinions après la restitution du texte« par les raisons qu'on verra.
CHAPITRi: ILIII.
Discussion sur l'époque de Salomon.
L'intervalle de 143 ans 2/3 qui, selon Ménandre^ s'étaient écoulés entre la construction du temple et la fondation de Carlhage, offre un synchronisme qui nous em[)êche absolument de remonter ou d'abaisser arbitrairement l'âge de Salomon. Ce synchronisme est offert parles rapports entre le roi Ithobal et son gendre Achab. Josèphe s'est déjà servi de cette donnée profane pour défendre l'authenticité des récits bibliques.
Ittiobal est nommé dans la Bible le père de Jézabel; il pourrait donc être mort avant l'avènement de son gendre. Mais déjà Josèphe a mentionné un accord entre les annales tyriens elles livres des Rois. Il y eut, sous Ithobal, une sécheresse d'un an d'un hyperbérètée (août) à l'autre et qui cessa à cause des prières d'ilhobal. Cette sécheresse est la même, dont les Rois (I, R. xvii) font mention^ et qui eut lieu du temps d' Achab. Il ressort desil, Rois xvu, 9; que ce manque de pluie
DI8CCSSI0N S€R l'ËPOQUB DE SALOMON. 8S
s'étendit aussi à la Phénicie, puisque c'est à Sarrepta,une ville Sidonienne, où se déroula Thisloire du prophète Elie, et dans celte contrée, que la calamité cessa plus tôt qu'en Israël.
Il faut donc compter à partir de la 12® année de Hiram, c'està-dire à partir de la construction du temple jusqu'à la fin d'Itbobal 101 ans. Mais la limite extrême^ ou la coniemporanéité d'Ithobal et d'Achab, c'est la coïncidence de la mort d'Ithobal et de l'avènement d'Acbab (920); il est clair, en conséquence, que la construction du temple ne peut pas dépasser en haut la limite de 920 + 101, c'est-à-dire 1021 av. J.-C. Le commencement du règne de Salomon ne peut donc, dans le cas e:^trême, remonter au-delà de 1025 av. J.-G.
D'après ce qui précède, Salomon est mort en 9,023, 978 av. J.-C. Donc Salomon n'a pu, en aucun cas, régner plus longtemps que 47 ans, quand même on prendrait pour la réalité la possibilité la plus rapprochée de l'impossible.
Nous voilà assez éloignés des 80 années de Josèphe; cet écrivain n'a pas pensé à cette contradiction résultant de faits pourla connaissance desquels nous lui sommes redevables.
Nous n'avons pas besoin d'insister sur ce que le cas allégué par nous constitue le cas extrême, et qu'il va par cela à la limite de l'impossible. 11 ne ressort nullement du texte biblique que la sécheresse suivit immédiatement l'avènement d'Achab, et il n'est écrit nulle part qu'elle fit ses ravages dans les jours qui précédèrent la mort d'Ithobal, qui l'avait conjurée par sa piété.
Nous concluons donc, même dans l'hypothèse la moins invraisemblable d'un règne de 47 ans, que Salomon aura dû s'unir à l'Ammonite déjà dans la 5« année de sa royauté. 11 aura donc transgressé, au surplus, lors de la construction du temple du Seigneur, la disposition de Moïse {Exod, xxxiv, 16. Deut. vn, 3^ relative aux femmes étrangères ; car, avant ce temps, il avait déjà épousé une égyptienne.
Nous voulons terminer ici cette démonstration, d'oii il ressort:
l"" Le chiffre de Josèphe de 80 ans pour la durée du règne de Salomon est impossible ;
* Nous trouvons une^ appréciatioD plus sévère à ce sujet dansNéhémie, xui,26.
2^ La durée la plus longue possible est de 46 ou 47 ans;
S"" Le mariage même avec une Ammonite n'était pas regardé comme impie lors de l'époque de la construction du temple; aussi, selon les textes cités, le mariage avecÂmmon n'est pas défendu.
Un second point, mais assez obscur, doit être pris en considération maintenant. C'est la question de Tâge de Salomon lors de son avènement, et celle de sa vieillesse lors de sa mort.
C'est une idée erronée que de se figurer Salomon hommç vieux ; on peut même conclure le contraire par un passage biblique très-connu. Salomon demande à Dieu ni vie longue^ ni richesse^ ni victoire sur ses ennemis^ mais la sagesse pour rendre la justice à son peuple. Dieu lui promet malgré cela, en dehors de la sagesse demandée, la richesse et la puissance; mais le Seigneur décide qu'une vie longue écherra en partage au fils de David, dans le seul cas où il n'abandonnera jamais le chemin de Dieu(l, R. m, 14).
Salomon fut infidèle à la promesse qu'il avait faite à Dieu, et, à cause de cette faute, la plus grande partie du royaume fut, selon la croyance de ses contemporains, enlevée à son fils. Cette prophétie n'aurait pas été écrite, si Ton ne Tavait pas vue accomplie ; et justement, si l'on en rencontre la mention, le bonheur conditionnellement promis n'a pas été accordé. Salomon ne mourut pas jeune, car l'Ecriture parle de sa vieillesse; mais il n'atteignit pas à un âge bien avancé. Dans I,Ch. XXII, 12, on n'attribue que de la sagesse et de la prudence à Salomon.;
D'autre part, il n'est nullement prouvé par la Bible que Salomon, lors de son avènement, eut un âge très-rap proche de l'enfance. Dans quelques passages des Chroniques (Cb. I, 22, 5, 29, 1), Salomon est nommé tendre (T)); mais cette expression a trait à un fait arrivé très-longtemps avant son règne. Salomon se nomme lui-même un petit garçon ( jap lyj R. I, 3, 7). Même ce passage ne démontre pas absolument la jeunesse de l'orateur ; car David lui-même s'appelle ainsi à une époque où il avait dépassé la trentaine (Sam. II, 3, 39). Aucun passage biblique ne nous force à admettre que Salomon fût un enfant lors de son avènement.