CHAPITRE XVIIl
deau formé d ^écailles imbriquées et se joignant à la têtière par un double gland. Il n'était pas jusqu'aux courroies du mors qui ne fussent rehaussées de rosaces et de passementeries multicolores ^
Le char était ordinairement traîné par deux chevaux attelés de front. Monté sur deux roues assez basses, à jantes épaisses et à rayons minces, le char était fermé complètement par devant et n'était ouvert que par derrière ^ Le devant, en forme de demicirconférence, était le plus souvent sculpté avec art et même orné d'incrustations d^or et d^argent. Le timon dessinait une courbe gracieuse qui se terminait par un mufle de lion, une tête de cheval, un bec d'oiseau ou quelque figure fantastique ^.
Une hampe supportant un baldaquin richement travaillé était plantée au milieu du char. Des rideaux richement brodés, suspendus à Tarrière du baldaquin , contribuaient encore à préserver les personnages des rayons directs du soleil. Des esclaves armés de chasse-mouches au manche d'ivoire sculpté et aux plumes de paon suivaient ordinairement le char au pas de course. Les plus beaux équipages modernes sont loin de pouvoir soutenir la comparaison avec le luxe de ceux des anciens.
Comme les autres peuples de l'antiquité, tels que les Assyriens, les Egyptiens, les Grecs des temps homériques, comme plus tard les Gaulois contemporains de Jules César, Salomon vit de grands avantages, au double point de vue de la tactique et de
^ Description du char du palais de Sargon , d'après Botta , le Monument de Ninive, p. 91. Lenormant, op. cit., t. V, p. 109. Voir les figures dans ce même ouvrage, p. 55 et 109.
•^ Cf. Iliade, XI, 534-537.
3 V. Lenormant, op. cit., t. V, pp. 54^ 110, 111 et 112.
Farmement de son époque, à l'introduction des chars dans l'armée. Non seulement il estima que combattre avec la flèche, la lance, l'épée, du haut d\m char, était chose très noble et très digne du véritable guerrier; mais en outre il comprenait que le char lui-même, souvent hérissé de pointes acérées, armé de faux aiguisées, lancé dans les rangs d'hommes alignés ou massés, était à son époque un engin de guerre meurtrier et terrifiant.
Plus que jamais Israël devint donc une puissance militaire redoutable. Isaïe pourra dire de son peuple : « Israël est plein de chevaux; les chariots sont innombrables ^ » Achab marchant contre Salmanasar aura sous ses ordres 2 000 chars et 10 000 archers ^
Les cavaliers montaient des chevaux aussi superbement harnachés que ceux des chars. Le plus souvent ils étaient pieds nus, sans étriers et même sans selle. Quelques-uns cependant étaient tout caparaçonnés de fer , comme les chevaliers du moyen âge , ou presque entièrement couverts d^une cotte de
1 Is. II, 8.
'^ III Reg. XII et XX. — La description que nous avons donnée des chars de luxe s'applique en partie aux chars de guerre. Ces derniers, de construction plus légère, étaient, dit M. Lenormant, traînés par deux ou trois chevaux et montés par trois hommes , un conducteur et deux combattants. Tous trois se tenaient debout. L'un des combattants portait au bras un bouclier avec lequel il préservait ses compagnons contre les traits qu'on leur lançait; l'autre décochait sur les rangs ennemis les flèches qu'il puisait dans deux carquois en cuir ouvragé , qui se croisaient de chaque côté de la caisse du char. Ce n'est que lorsque le véhicule était menacé d'être escaladé par les ennemis, que les combattants qui s'y trouvaient comme assiégés mettaient l'épée à la main et luttaient contre les assaillants avec la supériorité que leur assuraient leur place élevée et le continuel déplacement du char.