CHAPITRE XIX
Loin donc de peser sur les finances d'Israël, la flotte lui apportait, comme nous l'avons vu, d'immenses profits.
Quant aux services administratifs , chaque institution s'entretenait et vivait à l'aide de ses propres ressources. Les administrateurs à tous les degrés trouvaient, comme cela se pratique encore chez les Arabes et en Turquie, leurs plus forts honoraires dans les redevances volontaires ou forcées.
Nous ne voyons nulle part que Salomon ait créé des canaux. Quant aux routes, sauf peut-être celle de Jérusalem à Asiongaber, et celle de l'ouest qui allait à Joppé et à la mer, Salomon les trouva créées depuis longtemps. Dès la plus haute antiquité, deux d'entre elles étaient parcourues par les tribus arabes, qui remplissaient le rôle d'entremetteurs et de commissionnaires entre les villes phéniciennes et l'Arabie méridionale *. La Genèse parle de la route qui du Jourdain conduisait en Egypte ; elle est encore suivie aujourd'hui -. Celle qui allait de la haute Syrie à l'Euphrate existait aussi. Salomon construisit Palmyre au milieu de cette route, à l'endroit où elle traverse le désert ^ ; les caravanes s'y arrêtaient forcément.
On comprend les bénéfices que le trésor recueillait des droits établis sur toutes ces voies, entretenues par le roi et appelées pour cette raison routes
* Lenormant, op. cit., t. VI, p. 367.
- Ritter, The comparative geography of Palestine, traduct. Grage, t. X, p. 89.
^ Cette route n'était que la continuation de la précédente. Celle de Jérusalem au golfe Élamitique s'embranchait sur elle à Hébron. La route d'Acco à Gaza et en Egypte, qui existait au temps de Salomon, avait sans doute été créée par les Phéniciens.
royales * : droits d'importation , d'exportation , de transit et d^entrée. Nous voyons, sous Salomon, la Palestine sillonnée en tous sens par les gros trafiquants aussi bien que par les petits marchands ou colporteurs, qui allaient de ville en ville vendre en détail leurs marchandises sur les marchés ^
Nonobstant, les grandes dépenses et les inévitables imprévus ouvrirent un déficit qu'il fallut couvrir, selon la pratique de tous les gouvernements, par les emprunts. Nous trouvons dans la Bible des documents suffisants pour nous donner ridée des frais immenses qu'entraîna le temple, avec ses soubassements gigantesques d'une moyenne de plus de cinquante mètres de hauteur, ses portiques, son ornementation, et les nombreux bâtiments de service qu'il comportait. Les réserves et les économies de David purent -elles suffire à toutes ces constructions? Les invitations faites par ce monarque mourant aux grands de sa nation à se cotiser ensemble pour l'œuvre projetée , montrent qu'il entretenait à cet égard des inquiétudes ^.
David n^avait prévu que les dépenses du temple : à Salomon seul incombait tout entières les charges
* Num. XX, 17 et xxi, 22. Movers, Phœnizier, t. II, 3« part. Du temps de Josèphe, il y avait en Palestine des chaussées très anciennes, pavées de basalte ou de pierres noires, dont on attribuait la construction à Salomon (Stapfer, op. cit., p. 226). L'entretien de ces routes aurait été , aussi suivant Josèphe , une des causes du mécontentement du peuple.
* III Reg-. x, 15. — Les colporteurs semblent désig-nés par le terme D'bDi, roc/ieh'm. Les Proverbes font allusion à l'existence, à l'époque de Salomon, des marchands en détails, et nous apprennent en même temps que les habitudes de l'acheteur étaient les mêmes qu'aujourd'hui : « Mauvais, mauvais! » dit l'acheteur. Il se retire et il dit : « La bonne affaire j'ai faite ! » (Prov. xx, 14.)
3 I Parai, xxix, 1-9.