CHAPITRE
Simmaa , Sobal et Nathan , qu'elle nomme avant lui ^ ; ce qui a fait croire à des interprètes ^ qu'ils étaient fils d'Urie, le premier époux de Bethsabée.
Cependant les commentateurs les plus autorisés ^ croient que les trois frères de Salomon étaient fils puînés de Bethsabée et de David. Si Salomon est nommé le dernier, c'est qu'on devait continuer sa généalogie ; et ce prince se dit fils unique de sa mère^, parce que celle-ci lui portait une affection telle, qu'elle semblait oublier ses autres enfants. Nathan, en l'appelant Ididia, semble avoir justifié cette préférence.
Dieu donna Salomon à Bethsabée pour la consoler de la mort de son premier- né, et à David comme un gage de pardon ^ Il vint au monde la vingt et unième année du règne et la cinquante et unième de l'âge de son père , au temps oii , les Ammonites définitivement vaincus, la paix régnait enfin sur la terre d'Israël. Cette circonstance fit qu'on lui donna à sa naissance le nom de Salomon, qui signifie le Pacifique y nom prophétique que la paix de son règne devait légitimer encore davantage ^.
Salomon est le premier des rois d'Israël qui, dès l'enfance, ait reçu une éducation en vue du trône.
* II Re^. V, 14. I Parai, m, 5.
^ Abulensis, Lyranus, Vatablus, Torniellus, etc.
^ Theodoretus, Procopius, Cornélius a Lapide. Saint Luc, dans sa généalogie, fait naître le Christ de David par Nathan, ce qui serait faux si Nathan était fils d'Urie (Luc. m, 31).
'* Prov. IV, 3.
^ II Reg. XII, 24.
^ Ce nom est donné très souvent aux enfants chez les Juifs et même chez les musulmans, qui le changent en Soliman. Le féminin Salomé est donné fréquemment aux filles. Les Grecs ont le même prénom : Elpr^vaioç, Irénée, Irène (pacifique) ; les Allemands aussi : FWecf ric/i, Frédéric (riche en paix).
Samuel avait trouvé Saûl à la charrue et David à la garde des troupeaux. En dehors d'une Providence secrète disposant tout à ses fins, on ne voit rien dans la vie de Saûl qui pût l'initier au gouvernement difficile d'une nation. David, déjà adulte^ ne fut préparé au trône que par son passage à la cour : la grande école fut pour lui celle du malheur. Salomon eut sur eux l'avantage de recevoir les leçons du roi son père, et celles de deux illustres personnages : l'un , dont l'influence remplit le cœur et décide souvent de la vie, sa mère, femme d'un vaste esprit et d'une volonté qui s'imposait. L'autre fut un homme qui recevait des communications directes de Dieu , un saint prophète , un conseiller, un confident du roi, à qui n'échappait rien de ce qui intéressait la cour et le royaume, et, de plus, qui était conscient des destinées du jeune prince : ce fut Nathan.
DieU;, en promettant à David un fils qui construirait son temple et dont le règne serait éternel ^ , n'avait pas précisément désigné Salomon. Il sembla laisser à David la liberté de choisir son successeur ^
' IIReg. VII, 12 et 13.
^ Moïse n'avait rien réglé touchant la succession au trône : il avait seulement prévu la royauté. Samuel , en donnant un roi à Israël , s'était contenté de prendre des moyens sommaires pour que la royauté ne fût pas en opposition avec la théocratie. Dans ces prévisions, le trône de Saûl devait être conditionnellement héréditaire, c'est-à-dire que le roi devait se regarder comme représentant Jéhovah et soumis comme le dernier de ses sujets à la Loi. Dans le cas contraire, il perdait ses prérogatives, puisqu'il altérait l'essence même de la constitution (I Reg. xiii, 13-14. Deut. xvii, 20. IV Reg. i, 17. II Parai, xxi, 3. Cf. Hengstenberg , Kingdom of God, t. II, p. 75). David avait le devoir, quand Jéhovah lui eut permis la perpétuité du trône pour ses descendants, de prendre parmi ses enfants le plus propre à régner dans ces conditions. Salomon s'imposait à son choix.