CHAPITRE
Bethsabée fut Finstrument dont il se servit pour révéler qui serait Théritier du trône. Cette dernière pouvait croire , tant son intervention fut efficace , que Salomon lui devait la couronne. Dans les pays de polygamie, Tenfant est confié plus qu ^ailleurs encore aux soins de la mère*. Quand celle-ci tient le rang de sultane validé , son influence décide à peu près de tout. Or Bethsabée possédait le cœur du roi; David eut toujours pour elle un amour prédominant. Il semblait trouver dans cette affection , autant que dans les qualités de Bethsabée , une excuse à la faute qui les avait unis. Cette faute , ils l'avaient pleurée ensemble ; rien n'attache tant deux vies Tune à Tautre que les larmes communes. Et puis, il faut le dire, Tincroyable beauté de Bethsabée , qui lui avait été si funeste , était pour David un enchantement qui continuait.
La veuve d'Urie, aux yeux de M. Renan, était une « maîtresse femme ^ ». Il faut, selon nous, ajouter qu'elle eut la piété , les regrets et les tendresses de Madeleine. Ce qu'elle déploya de génie pour déjouer les intrigues les mieux ourdies et conduire au pouvoir son fils chéri est ce qui nous est le mieux connu de sa vie : le reste est dans l'ombre.
La première éducation des enfants était réservée à la mère. Dirons -nous, suivant des auteurs modernes, qu'elle s'est faite au harem? S'il faut comparer le gynécée de David aux harems des sultans,
* On ne sevrait et on ne sèvre encore, en Palestine, les enfants qu'à deux ou trois ans. C'est le meilleur moyen de les soustraire aux maladies résultant du climat, qui est très redoutable pour eux. Les grands personnages leur donnaient des nourrices {IV Reg. xi, 2. Cf. Conseils de Ani à son fils, dans VÉgyptologie de M. Chabas).
* Histoire du peuple d'Israël, t. II, p. 96.
on peut s'imaginer quelle pernicieuse influence put exercer un milieu si favorable aux jalousies et aux intrigues sur Tesprit et sur le cœur de Tenfant. (( Qu'on se figure, en effet, dit M. G. Perrot , le harem de quelque grand seigneur turc ou persan^ avec cette clôture rigoureuse du quartier des femmes , ces précautions inouïes prises pour en surveiller et en fermer les abords; dans Tintérieur^ c'est partout la même préoccupation de séparer les unes des autres les rivales qui se disputent les faveurs du maître. Ces créatures, oisives et passionnées, se jalousent et se détestent souvent au point de ne pas reculer devant le crime pour se débarrasser d'une ennemie, et elles trouvent aisément dans une nombreuse domesticité des complaisants prêts à servir leurs haines et leurs vengeances ^ » L'abrutissement dans le désœuvrement et la débauche, telle était, telle est encore la condition fatale de ce troupeau féminin. Faut -il admettre que cette triste condition des harems modernes était celle des épouses de David? On le croirait, d'après nos modernes. « En Orient, dit Stapfer*, les us et coutumes de chaque jour ne varient pas : c'est là un fait certain, sur lequel nous ne saurions trop revenir. L'Orient est immuable. En Palestine, les mœurs ont survécu non seulement aux plus effroyables bouleversements dont jamais pays de la terre ait été le théâtre, mais encore au renouvellement total de la population. Les Arabes d'aujourd'hui ont les mêmes usages que les Juifs d'autrefois. Plusieurs de leurs coutumes sont indiquées dans la
* Perrot et Chipiez, Histoire de Vart dans V antiquité, t. II, p. 440. Cf. Lenormant, Histoire ancienne de l'Orient, 1887, t. V, p. 31.
^ La Palestine au temps de Jésus-ChHst , p. 138.