‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 114 sur 339 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

(( La circonstance la plus ancienne qui s'offre à nous, dit M. Lenormant, dans les documents que le temple de Deïr-el-Bahari fournit sur l'expédition égyptienne du Yémen pendant la minorité de Thoutmès III (XYIIP dynastie), est celle-ci : que les Adites étaient alors gouvernés par une vieille reine qui vint en personne à Thèbes pour rendre , en qualité de vassale, hommage àHatasou. C'est également par une reine que la Bible nous montre le pays de Saba gouverné au temps de Salomon, quand les Israélites entrèrent en relations avec ce pays. Le temps de Salomon , comme celui de Thoutmès III , appartient , dans le Yémen , à la période de l'empire des seconds Adites. Ainsi les deux seuls renseignements positifs et contemporains que nous ayons sur cet empire montrent l'un et l'autre des reines placées à sa tête^ »

Mais comment la reine de Saba obtint- elle en Ethiopie la réputation que nous avons dite ?

Les découvertes modernes répondent encore à cette question : a La substitution des Sabéens aux noirs africains , comme formant la masse de la population de l'Abyssinie, démontre, continue M. Lenormant, qu'il y a eu à un moment donné une grande émigration d'un rameau de race blanche. Gomme l'a très judicieusement remarqué l'illustre Silvestre de Sacy, l'émigration des Sabéens en Abyssinie fut certainement postérieure au temps de Salomon. Cette émi gration eut lieu lorsque les rois adites, vaincus par les Arabes jectanades, furent chassés de leur antique royaume. Alors peut-être le fils de la reine et de Salomon , traversant la mer Rouge , serait allé fonder

* Lenormant, op. cit., t. VI, p. 363, et t. II, p. 485 et suiv.

avec ses sujets, sur la terre éthiopienne, une nouvelle monarchie*. »

On explique de la sorte aujourd'hui et on concilie à la fois dans leurs lignes générales les traditions arabe et éthiopienne. Mais, quel que soit le royaume de cette reine mystérieuse, le fait biblique de sa visite à Salomon demeure dans toute sa vérité.

Le Christ insinuera^ et les Pères écriront que cette princesse, quittant son royaume pour rendre hommage à Salomon et s'instruire auprès de lui, était la figure de l'Eglise, venant adorer et reconnaître le Messie, s'instruire à son école et embrasser la doctrine et les lois de son Evangile ^. Malheur aux Juifs qui ne voudront pas reconnaître et adorer ce Messie : « La reine de Saba s'élèvera au jour du jugement contre leur incrédulité et la condamnera, parce qu'elle est venue des extrémités de la terre pour entendre la sagesse de Salomon ; » et pourtant Celui qui a parlé dans le temple de Jérusalem et qui règne dans son Eglise sur toute la terre, (( est plus grand que Salomon *. «

L'entrée de la reine de Saba à Jérusalem se fit avec une pompe merveilleuse. Elle avait un nombreux cortège et les plus riches équipages. Les chameaux

,. * Lenormant, op. cit., t. VI, p. 375 et suiv.

* Regina austri venit a finibus terrae audire sapientiam Salomonis ; et ecce plus quam Salomon hic (Matth. xii, 42).

^ Eucher. Beda, Bernard. {Serm. xxii in Cantic.) Ambros. (lib. II de Ofjic, c. x) Gregor. {in Psalm. vu pœnit. v. 7). Prosper. (lib. II de Prsedest. c. xxvn); etc. — Les Juifs ont reconnu le rôle prophétique joué par la reine de Saba : ils pensent que cette reine, émue de la réputation de Salomon , croyait que c'était le Christ, le Messie; les paroles : venit in nomine Dei, du texte, auraient ce sens {Bereschit rabba, vers 7 du c. xxv, cité par Galatinus, 1. VIII, c. m).

4 Matth. XII, 42. Luc. xi, 31.

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