‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 115 sur 339 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

de sa caravane étaient chargés d'immenses richesses, d'aromates, de lingots d'or et de pierres précieuses.

Quelles furent les fêtes que Salomon donna à là reine? Combien de temps demeura- 1- elle à la cour du roi d'Israël? Dans quelles circonstances avaient lieu les entrevues du monarque et de la princesse ? A ces questions nous ne pouvons répondre que par les textes de la Bible. Admise en présence de Salomon , elle lui proposa les énigmes ou paraboles qu'elle avait préparées dans son cœur * . Le langage allégorique, la parabole, l'énigme, la sentence, le grand sens et la finesse d'un mot placé à propos sont, on le sait, conformes aux habitudes et la méthode des philosophes arabes : c'était la manière de Job. Plutarque, par suite d'une vieille tradition biblique peut-être, parle des défis de sagesse que se faisaient les rois d'Ethiopie et d'Egypte ^

L'imagination orientale s'est emparée de Tépisode biblique, qui est devenu un thème de poésie. Il a donné lieu à des compositions charmantes. Un jour, disent les Arabes, Tétrangère présenta à son hôte royal deux roses qui semblaient deux sœurs écloses au même rayon de soleil ; l'une était naturelle , l'autre avait été artificiellement imitée, mais avec tant d'art, qu'il semblait impossible de les distinguer. Salomon fit apporter une abeille , qui , livrée à son infaillible instinct, ne tarda pas à se fixer sur la rose naturelle pour en extraire le suc embaumé^.

Aucune des demandes par lesquelles la reine de Saba exerça la sagacité de Salomon ne demeura

' III Reg. X, 2.

^ Plutarch., Convivium.

^ Ghoisy, Vie de Salomon, p. 16.

sans réponse, et son admiration fut au comble. Mais quand elle parcourut le palais que Salomon s'était fait construire, et les appartements des officiers et des serviteurs; quand elle vit Tordre qui présidait à l'approvisionnement de la demeure royale, le luxe des festins, la somptuosité des vêtements et des parures ; quand elle parcourut les galeries qui conduisaient à la maison du Seigneur*, elle demeura stupéfaite. « C'était bien la vérité, dit-elle à Salomon, que j'entendais dans mon royaume, quand on me parlait de votre sagesse et de votre gloire : j'avais peine à le croire. Mais je suis venue, j'ai vu de mes yeux ces merveilles , et je reconnais qu'on ne m'a pas dit la moitié de la réalité. Votre sagesse et vos œuvres sont encore au-dessus de toutes les louanges que j'en ai entendues. Heureux mille fois vos sujets, ô prince ! Heureux vos serviteurs qui ont le privilège d'être sans cesse à vos côtés et d'entendre les paroles de votre sagesse! Béni soit Jéhovah, votre Dieu, auquel vous êtes si cher ! Il vous a fait asseoir sur le trône d'Israël; son amour et sa grâce se sont reposés sur vous , et il vous a donné le sceptre pour faire régner la justice et l'équité sur son peuple. »

On a cru remarquer dans ces dernières paroles un mélancolique regret trahissant un sentiment plus vif que celui de l'admiration. On y a vu comme une preuve en faveur de la tradition arabe qui veut que la reine, en quittant Salomon, ait été sa femme et la mère d'un de ses enfants ^ Sa générosité à l'égard du monarque d'Israël en serait un nouvel

* La Vulgate porte : « les holocaustes qu'il offrait dans la maison du Seigneur. »

2 Clarisse Bader, la Femme biblique, p. 378.

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