LA CHUTE — DERNIÈRES ANNÉES DU RÈGNE DE SALOMON
A quel moment de la vie de Salomon faut -il placer l'illustre visite de la reine de Saba? Tout fait croire qu'elle coïncida avec l'apogée de la gloire du monarque d'Israël. A ce moment, rien encore n'en ternissait l'éclat. Les paroles admiratrices qui s'échappent des lèvres de la reine ne comportent aucune restriction , aucune réserve : « Votre sagesse, lui dit- elle, et vos œuvres sont encore audessus de toutes les louanges que j'ai entendues. Heureux mille fois vos sujets, heureux vos serviteurs qui ont le privilège d'entendre sans cesse les paroles de votre sagesse ! »
Si la réputation de Salomon avait été compromise au moment de la visite de la reine de Saba, cette princesse aurait-elle pu venir, seule avec ses femmes, séjourner dans le palais de Salomon? Son peuple l'eût-il souffert, et n'aurait-elle pas couru à sa déchéance et à sa perte? C'est son peuple qui la poussa à cette visite, qu'elle n'eût pu faire autrement ^
Cependant ce soleil, si resplendissant dans son
* Les rois de Saba jouissaient d'un pouvoir tempéré par celui des grands vassaux. Rois et reines vivaient confinés dans leurs palais. D'après un voyageur grec , Agatharchide, ils ne pouvaient en sortir sans s'exposer à être lapidés. (Cf. Lenormant, op. cit., t. VI, p. 384 qt suiv.)
midi, allait se coucher au milieu des nuages sombres. Mais que le lecteur en prenne acte : jusqu'à présent, jusqu'au point du récit où nous avons conduit l'histoire de Salomon, son règne paraît sans tache. Où trouverait- on à reprendre? L'Écriture, dans les ,feits qu'elle raconte, paraît célébrer une gloire très pure, et chacun des chapitres de la Bible pourrait s'écrire sous ce titre : Témoignage de la sagesse de Salomon.
Le soin qu'il mit à enrichir son trésor rentrait dans le devoir d'un roi qui a l'obligation de travailler pour le bien-être de son peuple. S'il s'était créé de somptueux palais, c'est que la splendeur de son trône s'identifiait avec celle d'Israël , et à cet égard , vu la constitution de l'Etat , Salomon pouvait dire : « L'Etat, c'est moi. »
Ce n'est pas non plus le poids des impôts établis durant la première période de son règne que l'on peut lui reprocher. Ils furent très lourds^ à la vérité, car les entreprises multiples étaient coûteuses. David avait seulement commencé l'installation et la défense de la nation : il fallait les achever. Mais alors Israël était riche; l'agriculture et le commerce étaient florissants; l'or et l'argent abondaient. Les impôts, répartis comme ils l'étaient, avec sagesse , ne pouvaient arrêter ni empêcher le progrès d'une prospérité se développant au sein d'une paix profonde.
Peut-être remarquait- on cependant déjà chez le roi un penchant progressif à la mollesse , un amour croissant pour un luxe accepté en Orient , mais dangereux là même où il fut toléré : celui de la multiplicité des femmes. Toutefois rien ne pouvait faire présager des chutes comparables à celles que nous allons dire.