‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 119 sur 339 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

le bien , que dans ces deux forces contraires , que la religion catholique après l'Evangile nous représente en lutte incessante au fond du cœur humain : une force céleste et une force infernale, la Grâce et Satan, les anges et les mauvais esprits. Que les libres penseurs de toutes les époques rient et s'extasient devant nos explications qu'ils estimeront bien naïves, leurs sarcasmes et leur scepticisme ne changeront rien au fond des choses, et le mystère impénétrable se dressera devant eux, qu'ils le regardent au fond de leur propre cœur ou qu'ils l'admirent dans les autres. La sagesse et la vertu sont des biens que Dieu n'accorde qu'à la condition de la prière constante, de la prudence et de la défiance de soimême.

C'est là ce que laissent entendre les récits brefs et attristés de l'Ecriture. En deux mots, ainsi qu'il convient au sujet, elle raconte le fait.

« Le roi Salomon abandonna son cœur à l'amour des femmes étrangères. »

Il avait commencé par une Egyptienne. Si cette affection n'était pas formellement contraire à la loi, elle était du moins un premier pas vers les amours illégitimes. Il savait fort bien qu'il plaçait tout près de lui une difficulté pour le service de Dieu * ; David, qui fît ce mariage, l'en avait prévenu. Salomon prit des résolutions; il eut confiance qu'il triompherait par la sagesse divine qui était en lui. Il est toujours bien dangereux de s'établir volontairement dans l'occasion de mal faire; il est assez d'autres occasions qui s'imposent malgré nous. Mais enfin,

* Toutefois, nous le répétons, nulle part dans la Bible nous ne trouvons que la princesse ait favorisé l'idolâtrie égyptienne.

avec la grâce de Dieu, Salomon pouvait triompher. Il en fut ainsi longtemps, mais la vigilance ne dura pas toujours.

Dans cet âge dangereux, entre cinquante et soixante ans, alors que, suivant les naturalistes d'accord avec les physiologistes, le mal, dont on a vu tant de fois le spectacle, perd de son horreur, et la volonté de ses énergies, Salomon fit venir des femmes de Moab et d'Ammon, d'Idumée, de Sidon et de la terre des Héthéens. Alors sans doute les prophètes , les sages d'Israël , cherchèrent de toutes parts à l'arrêter, à le ramener en arrière. Il faut croire que leurs avertissements, leurs reproches, leurs sombres prévisions irritèrent le tout-puissant monarque, au lieu de l'amener à de salutaires réflexions. Gomme il est arrivé si souvent dans l'histoire , l'orgueil d'un roi s'exalte en présence du reproche et de ce qui de près ou de loin s'offre à lui comme une menace. Que de fois, sans doute, sous les formes les plus adoucies, les amis de Salomon s'efforcèrent-ils de rappeler au monarque oublieux les paroles de Jéhovah : « Vous ne contracterez point d'alliance avec les nations chananéennes, et vos fils ne prendront point d'épouses dans leur sein, car elles vous pervertiraient et vous entraîneraient au culte des idoles * . »

Tel fut sans doute le langage des sages ; mais , comme dit Bossuet, les sages sont-ils crus? Salomon, faut- il en douter? les éloigna, les disgracia, changea l'orientation de son gouvernements Aveuglé

* Exod. XXXIV, 16. Deut. vu, 3; xvii, 17.

* A la fin de sa vie, Salomon, aigri, aurait employé les Israélites aux ouvrages publics. (III Reg. xi, 28; xii, 14.)

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