‹ Salomon, son règne, ses écritsChapitre 120 sur 339 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

par une passion d'une extrême ardeur, ardentissimo amore \ passion que la sainte Ecriture ne caractérise pas autrement, peut-être l'amour tyrannique de quelque femme non moins séduisante que perverse, il n'entendit rien et viola hardiment la défense de la loi. Après avoir copié l'Egypte dans les arts, il l'imita dans ses excès. A l'exemple des Pharaons , il donna à son gynécée un développement effrénée

Les étrangères déshonorèrent ses cheveux blancs et pervertirent son cœur. On le vit, oubliant Jéhovah, honorer les idoles des faux dieux. La Bible ne dit point qu'il leur offrit lui-même des sacrifices. Les honneurs qu'il leur rendait consistaient, d'après le texte sacré, en ce qu'il leur faisait élever des autels sur lesquels ses femmes venaient offrir l'encens et brûler des plantes aromatiques ^. Mais l'acte de

1 III Reg. XI, 2.

'-^ Rames- sou II eut jusqu'à 70 enfants. Se considérant comme au-dessus de toutes les lois morales, ce roi-soleil de l'Egypte, dit M. Lenormant, en vint jusqu'à épouser une de ses propres filles. Gomme Salomon, ce prince irrita son peuple en lui imposant des travaux exorbitants, et la fin de son règne annonce une décadence complète (Lenormant, op. cit., t. II, p. 266). — Les chiffres de la Bible qui attribuent à Salomon un gynécée de 700 princesses et de 300 femmes de second ordre , sont ce qu'on appelle chiffres ronds. Les commentateurs admettent que les chiffres 7 et 1000, ainsi que leurs multiples, sont employés souvent dans la Bible pour exprimer des quantités vaguement déterminées. On a d'ailleurs soulevé la question de savoir si les copistes n'ont pas ajouté aux chiffres des premiers manuscrits. Au reste rien n'oblige à croire qu'il y ait eu. 1 000 princesses vivant habituellement auprès de Salomon. Beaucoup de commentateurs croient que ces chiffres expriment le nombre des femmes qui ont passé à la cour pendant tout le temps de son règne. Toutefois les princes orientaux poussaient partout les choses fort loin, ainsi qu'il est raconté de Darius, qui, dans sa campagne contre Alexandre, traînait après lui 360 concubines.

^ C'est le sens du v. 7 (III Reg. xi). D'après Bhor, dans l'Asie

construire des autels aux faux dieux était inconciliable avec la fidélité à Jéhovah. Le cœur de Salomon n'était point parfait devant le Seigneur, comme avait été le cœur de David son père, nous dit l'Ecriture. Il assistait au culte d'Astoreth, la déesse des Sidoniens ' ; de Moloch, le cruel dieu d'Ammon ^ Il ne rougit pas d'élever en face du temple, de l'autre côté du Cédron , sur le mont des Oliviers , un autel à Kamos , l'idole impure de Moab ^ Et chacune de

antérieure, l'offrande des végétaux était estimée plus excellente encore que celle des animaux.

* Astoreth ou Aschéra ( Astarté , chez les Grecs) était la déesse compagne inséparable de Baal, la divinité féminine de toutes les races chananéennes. Son culte fut apporté de Tyr à Carthage, où il devint très florissant. C'était une déesse lunaire, l'Aphrodite ou SeXava des Grecs, VUrania cœlestis ou Junon des Romains. Elle est le plus souvent représentée portant un croissant au-dessus de sa tête; de là son nom d'Astoreth Garnaim , «Astarté aux deux cornes.» Les orientalistes contemporains osent à peine décrire les pratiques religieuses inavouables et les débauches dont les Tyriens honoraient cette divinité. — V. Berger, art. Phénicie, dans V Encyclopédie des sciences religieuses; Graetz , Hist. des Juifs j t. I, pp. 160-161; Baudissin, lahve et Moloch, etc., p. 23; Études religieuses , années 1864, 1865 et 1866.

* Moloch ou Melcom (Jerem. xlix, 1, 3) était une des formes de Baal. C'était le Melkart des Tyriens, le dieu du Soleil, comme Baal, mais du soleil brûlant, du feu. D'après la tradition juive, il était représenté sous la forme d'un monstre à tête de taureau et au corps humain. Il étendait ses bras comme pour réclamer une victime. On chauffait l'idole à blanc, et on y introduisait comme offrande, un enfant qui était promptement consumé (IV Reg. xxiii, 10 et XVI, 3). Il n'est cependant nulle part question directement dans la Bible d'enfants immolés à Moloch par les Juifs eux-mêmes. Les textes invoqués (Ps. cv, 37 et seq. Jerem. xxxii, 35, etc.) permettent de croire que l'on se contentait de faire passer l'enfant par le feu (Deut. xviii, 10. Lev. xviii, 21), ou qu'on lui substituait un animal domestique. Cependant on ne peut guère mettre en doute l'existence , à une certaine époque , de sacrifices d'enfants (Ezech. XVI, 20, 21; xxiii, 39).

3 Kamos était aussi un dieu solaire, honoré par les Moabites

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